LE PRÉCIS DES FAITS
ensuite. On en distribua, tant en France qu'en pays étranger, environ quatre mille exemplaires que le directeur de l'imprimerie royale vendait six livres. Le succès en fut assez grand pour que le ministre songeât, de lui-même, à me donner quelque marque de la satisfaction du Roi. M. Rouillé me manda^ environ un mois après, que Sa Majesté avait augmenté de cent pistoles ma gratification annuelle : elle se monta ainsi à mille écus.
Telle était ma situation en 1756. Libre et maître de moi, un peu nigaud par caractère et par inexpérience des hommes, mais vrai jusqu'à la moelle des os , et joignant à une âme très franche une imagination très gaie, j'étais répandu dans tout ce que la cour et la ville avaient de meilleures sociétés; j'y étais avec d'autant plus d'agréments que je n'avais besoin de personne et que je ne demandais rien. Si je nommais aujourd'hui tous ces amis, qui m'ont ensuite abandonné, on reconnaîtrait que c'étaient non seulement les personnes les plus élevées par leur naissance et leurs dignités, mais encore les gens les plus respectables par leurs mœurs, par leur intégrité, par leur vertu; car j'ose me vanter de n'avoir jamais vu mauvaise compagnie ni parmi les petits ni parmi les grands.
Il ne faut pas s'étonner si un homme qui avait l'hon-
de pièces très importantes. < J'ai gardé, écrit M or eau, le sac qui contient les pièces de ce procès célèbre. » Ce sac, nous l'avons entre les mains, il est des plus curieux à compulser. Les principaux papiers qu'il renferme sont : des exposés, tant anglais que français, de la situation en Amérique dès 1745; des pièces relatives aux ordres envoyés aux colonies de 1750 à 1754; le Journal du colonel Washington; le Journal de la capitulation de M. de Villiers; des lettres des chefs anglais et français; des extraits de journaux et d'écrits anglais; la relation du combat de VAlcide et du Lys; celle de la bataille du fort Duquesne , les papiers trouvés dans le portefeuille du général Braddock, etc., etc.
neur d'être chargé de la défense du Roi et de la France était recherché par tous ceux qui avaient à défendre euxmêmes ou leur honneur ou leur fortune. Je ne plaidais plus guère, mais je me livrais au travail du cabinet : il me valait environ 15,000 livres de revenu. Il m'eût peutêtre produit davantage, si j'avais voulu être plus renfermé; mais ma vanité tenait à mes liaisons : assez heureux pour n'avoir aucune passion bien vive, j'aimais par-dessus tout l'amusement et le plaisir de la société. Le Parlement me délaissait alors : il me regardait comme un homme livré à la cour; les philosophes me détestaient : j'avais tourné leurs systèmes en ridicule, et le ridicule était resté; mais l'Observateur hollandais me donnait la vogue ; mes amis me protégeaient, leur société me suffisait. Je ne pouvais pas croire les hommes méchants» et le mot d'intrigue ne présentait encore, à mon esprit, aucune idée fixe.
La Providence dispense avec sagesse les biens et les maux, les avantages et les inconvénients. Si j'étais resté dans cet état, j'aurais sans doute conservé plus d'agréments et de ressources dans le monde; mais ma vieillesse ne se trouverait point à l'abri du besoin; la révolution qui a culbuté la magistrature m'eût atterré comme tant d'autres. Il faut rendre grâce à Dieu de tout, et le remercier de n'avoir rien à se reprocher.
A une époque où le Parlement était toujours en opposition et même en querelle avec la Cour, on ne doit pas être surpris si tous les Corps qui avaient à soutenir des droits disputés par cetle compagnie s'adressaient à moi pour les défendre. J'avais un genre d'audace que je ne conseillerai jamais à quiconque voudra faire sa fortune : lorsque j'étais bien persuadé que la cause dont je m'occupais était souverainement juste, plus j'avais devant moi