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MARIAGE DELA COMTESSE DE GHOISEUL

à la Cour et le titre de duchesse. Il jeta les yeux sur le duc de Gramont, et s'en ouvrit à M. de Silhouette, qui en parla au maréchal de Noailles. Celui-ci ne repoussa point la proposition ; il fut question de conclure le mariage, et un beau jour du mois de juillet, M. de Silhouette me mande, m'explique le projet, m'annonce le consentement du maréchal de Noailles, et m'envoie à Paris pour consommer l'affaire avec lui comme ayant sa confiance et étant, de plus, l'un des conseils à l'interdiction. Il s'agissait de la lever : cela fut fait. Quant au contrat de mariage, on m'en dit les conditions; mais je ne fus point chargé de sa rédaction : M. Bastard tint à avoir cet honneur, et quelques jours après, M. le duc de Ghoiseul me le lut lui-même dans son cabinet, à Versailles. Il ajouta gaiement : « Nous mettons ma sœur à la loterie. »

Alors, le premier; je lui démontrai qu'au moins il était honnête que madame sa sœur ne se trouvât jamais réduite à attendre son entretien de la main d'un mari dissipateur. La seule chose que je l'engageai à joindre aux conventions, fut que la future toucherait, par ses mains et sur ses simples quittances, dix mille francs par an pour sa pension. M. de Ghoiseul me remercia de cette attention : elle lui avait échappé. Le contrat fut signé : le duc de Gramont y reconnaissait avoir reçu de la chanoinesse cent mille francs, dont elle n'avait pas le premier sou. Grâce à Dieu, ce n'est pas moi qui suggérai cette belle idée : cette stipulation était dans le contrat, lorsque M. de Ghoiseul m'en a fait la seule lecture que j'en aie entendue.

avait aspiré, sans succès, à l'héritage de Mme de Pompadour, ou plutôt de Mme de Châteauroux, à qui elle ressemblait davantage (Henri Martin, Histoire de France, t. XVI, p. 273), et aurait causé en partie la chute de son frère, tant elle s'y prit gauchement pour le venger, en excitant les Parlements à la résistance. (Histoire privée de Louis XV, t. IV, p. 145.)

Ce mariage causa la plus grande peine au comte (1) et à la comtesse de Gramont. La duchesse même s'empara bientôt d'une pension de six mille francs que les États de Béarn payaient tous les ans à la comtesse, comme femme du commandant qui remplissait les fonctions de gouverneur; le comte perdit aussi la portion d'appointements qu'on avait distraits, en sa faveur, sur ceux du gouvernement; peut-être marquèrent-ils l'un et l'autre quelque mécontentement, car la duchesse était furieuse contre ceux qu'elle dépouillait; elle m'en dit tout le mal possible. Je les justifiai avec courage : ils étaient mes amis, et, de plus, ils étaient vexés.

Si j'avais été homme à capter la confiance des ministres puissants, j'en avais la plus belle occasion : M. le duc de Choiseul m'avait fait beaucoup de caresses. Deux jours avant le mariage, j'étais allé chez lui, à Paris; il m'avait pris par les épaules et poussé jusqu'à l'appartement de sa femme (2), où était sa sœur, en s'écriant : « Au moins, allez donc voir la future. » J'aime à m'égayer en rapportant mes bêtises : je vis une grande femme qui n'avait plus l'air fort jeune, qui parlait beaucoup et avait la voix rauque; j'aperçus, d'un autre côté, une figure en miniature qui ne disait presque rien, mais qui paraissait «très jeune et très douce : je pris Mme la duchesse de Choiseul pour la future; je lui adressai mon compliment, et je dis : Madame la duchesse , à la grande chanoinesse. Celle-ci, quoique devant être fort aise, avait une petite mine renfrognée d'humeur et de dédain. On rit beaucoup de ma méprise; elle ne me nuisit pas. Néanmoins j'en eus une honte

(1) Antoine-Adrien-Charles, comte de Gramont, né le 22 juillet 1726, nommé menin du Dauphin en 1752.

(2) Louise-Honorine Crozat, fille du riche financier Louis-François Grozat du Châtel. Elle avait épousé le duc de Choiseul le 12 décembre 1750 •■•■■•••■■•

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