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MES FONCTIONS AUPRÈS DU MINISTÈRE

Pour donner une juste idée de mes fonctions auprès du ministère, il me suffit de dire, en général, que Ton avait recours à moi, soit quand il s'agissait d'éclaircir et de traiter une question épineuse, sur laquelle les ministres du Roi désiraient avoir des lumières sûres, puisées dans les monuments que j'étais chargé de consulter, soit quand il était nécessaire d'enlever au public quelque préjugé faux ou dangereux; je devais alors diriger l'opinion afin de préparer les voies à la législation. C'est ainsi qu'en 1759, et sous M. de Silhouette, lorsqu'on exila cette moitié du parlement de Besançon qui avait voulu forcer l'autre à abandonner le service, je reçus du ministère l'ordre de faire connaître les causes de cette querelle, et les intrigues par lesquelles on avait essayé de perdre le premier président (1).

M. de Malesherbes était, en ce moment, un des amis les plus zélés de M. de Boynes, et l'un de ceux qui blâmaient le plus hautement le complot formé dans sa compagnie pour le chasser. L'un et l'autre vinrent plusieurs fois chez moi à cette occasion, me remirent toutes les pièces justificatives des faits que le ministère tenait à rendre publics, et je dois ajouter que M. de Boynes, dont mes écrits prouvèrent la droiture et la conduite sage et régulière, crut m'avoir de véritables obligations ; il me promit de ne jamais les oublier. Quant à M. de Malesherbes, qui était alors mon intime et me parlait avec la plus grande confiance des folles prétentions des Parlements, je montrerai, plus tard, en quelle circonstance et par quel malentendu il s'est éloigné de moi. Je rends justice à l'honnêteté de son âme; il est un des amis que j'ai plaints et regrettés.

(1) Relation des troubles actuels du parlement de Franche-Comté, etc., et Lettres demandées par M. de Malesherbes et M. de Silhouette. Ouvrages imprimés.

Je fus encore employé, sous M. de Silhouette, à composer différents ouvrages sur le commerce, dont l'un a été imprimé (i); mais son ministère ne dura pas longtemps, de sorte que je ne pus lui être fort utile.

Je continuai, sous M. Bertin, le même genre de travail et les fonctions auxquelles on m'avait destiné. Je m'attachai à sa personne parce que j'eus très vite discerné la bonté de son cœur, son désintéressement pour lui-même, pour sa famille, et aussi pour tous ceux qui dépendaient de lui. Le duc de Choiseul ne l'aimait point; M. Bertin était bien loin de se livrer, dans le gouvernement des finances, à tous les goûts de M. de Choiseul; de là beaucoup de niches et de tracasseries dans lesquelles M. Bertin était toujours le patient et jamais l'agent. Je puis dire avec sincérité qu'en un très grand nombre d'occasions, M. de Choiseul, par légèreté, lui donna des armes contre lui et les plus sûrs moyens de le desservir, sans que jamais M. Bertin en ait profité.

Ce fut sous ce ministère, et au mois de septembre 1760, que j'éprouvai le plus grand 'de tous les malheurs, celui qui altéra pendant longtemps et faillit abattre pour toujours mon courage. Je veux parler de la perte de ma première femme, qui me fut enlevée après deux jours d'une maladie de nerfs cruelle et imprévue.

Quand je la vis à ses derniers moments, dans cet appartement de la rue de Richelieu où nous étions entrés depuis l'hiver, je pensai mourir de désespoir. Ou m'arracha de sa chambre. Le pauvre maréchal de Noailles, dont l'affection n'avait d'égale que la reconnaissance que je lui en ai, s'en empara et, sans que je le susse, mit une

(1) Examen des effets que doivent produire dans le commerce de la France à l'usage et la fabrication des toiles peintes. Paris, chez la veuve Delaguette, imprimeur-libraire.

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