M** DE MONTMORENCY
Castellane, elle est morte en excellente chrétienne. Elle a toujours eu pour moi une grande amitié; je lui confiai la première copie de celle de mes productions qui a peutêtre le mieux servi la religion, cet Essai sur les bornes des connaissances humaines dont j'ai déjà parlé. Elle ne me Ta jamais rendu, mais elle en a profité.
J'avais rencontré chez Mlle de Thil la comtesse de Montmorency, veuve Saujon (1); cette femme,plus hardie encore dans ses opinions irréligieuses que Mme du Châtelet et Mlle de Thil, me témoignait beaucoup d'affection ; elle avait, comme tant d'autres, raffolé de ma Lettre du Chevalier, plus encore de mon Observateur hollandais, et faisait fort peu de cas du Montesquiou-Fézensac, le futur inventeur de ce bel arbre généalogique que l'on a vu si bien provigner pendant la Révolution.
Mme de Montmorency était très adroite pour faire sa cour, et ne pas laisser oublier sa fortune aux ministres qui chantaient alors mes louanges; aussi prit-elle mon parti contre les philosophes, et me défendit-elle lorsque mon mémoire sur les Cacouacs ajouta à la célébrité qui était le seul objet de mon ambition. Elle se disait l'amie de cette famille des Talleyrand que j'ai toujours préférée à toutes les autres maisons de la Cour, et avait obtenu de Mme de Périgord l'appartement dont celle-ci avait droit de jouir, dans le château de Saint-Germain, comme étant celui de Monsieur le Dauphin; elle y trônait en reine et augmentait le nombre de ses créanciers. Elle ne fut pas fâchée qu'on la crût pour quelque chose dans le mariage de Mlle d'Antigny avec le comte de Talleyrand.
(1) Marie-Louise-Angélique de Barberin, veuve de Charles-François de Campet, comte de Saujon, avait épousé, en 1747, Joseph- Auguste de Laval-Montmorency, comte de Montmorency-Laval, né en avril
Le comte de Vienne avait un fils unique (1) qui mourut en 1758; il ne s'est point remarié; en lui a donc fini cette maison, Tune des plus illustres et des plus anciennes de Bourgogne. Je sais qu'il regardait Mme de Talleyrand, sa cousine, comme devant être, après lui, la tige d'une nouvelle maison de Vienne; et je crois que ce fut dans ce dessein qu'il destina sa fille, Claude-Louise de Vienne (2), à former une alliance qui pût lui donner des petits-fils héritiers d'une des plus riches familles roturières, mais déjà illustre par quelques alliances. J'ai parlé des Sénozan, dont l'aîné était marié à la seconde des sœurs de M. de Malesherbes et qui avait un frère cadet, fort sot enfant, nommé Tholignan; celui-ci/ glorieux de ce que sa sœur avait épousé un Montmorency et avait été la première femme du prince de Tingry (3), se dit : « Je veux épouser une plie de qualité et avoir le droit de me croire aussi un seigneur. » Cette idée allait à merveille aux vues que s'était proposées M. de Vienne pour l'établissement de sa fille ; et, si celle-ci donnait un enfant à son benêt de mari, Mme de Talleyrand comptait bien lui faire épouser l'aîné de ses fils ou l'une de ses filles ; car, par suite de la mort de mon ami, le fils du père Sénozan, l'héritier ou l'héritière du Tholignan pouvait, un jour, réunir les immenses domaines des Sénozan : Rosny,
(4) Louis-Ursule de Vienne, né le 17 octobre 4734, tué en 4758, en Westphalie.
(2) Claude-Louise de Vienne, née le 43 octobre 4744, morte le 5 novembre 4769, mariée le 49 avril 4764 à Jean Olivier de Sénozan, comte de Viriville, qui mourut le 26 novembre 4769.
(3) Charles-François-Christian de Montmorency -Luxembourg, prince de Tingry, né le 30 novembre 4743, marié le 9 octobre 4730 à Anne-Sabine Olivier de Sénozan, fille de François Olivier de Sénozan, marquis de Rosny, sœur de Jean-Antoine Olivier de Sénozan, premier président de la 4e chambre des enquêtes, et de Tholignan. Elle mourut le 27 septembre 4741.