‹ Mes souvenirsChapitre 64 sur 207 · DÉPART DE LA COMTESSE DE TALLEYRAND · texte numérisé non relu

DÉPART DE LA COMTESSE DE TALLEYRAND

conseilla de m'adresser à lui : je le fis par différents mémoires en forme de lettres. Je les lui remis; j'allai même le trouver, et j'en fus accueilli. Je prévins M. de Périgord de ces mémoires et de ces démarches; dans toutes ses réponses écrites, il me témoigna l'horreur et le mépris que son indigne neveu lui inspirait. Cette horreur et ce mépris, je les partageai bien sincèrement quand, de la meilleure foi du monde, il m'eut annoncé cette Convention nationale, alors projetée. Depuis, je n'ai pas voulu revoir ce monstre, et j'ai jeté au feu tout ce qui me restait de ma correspondance avec lui. J'avais trop de raisons de chérir et de plaindre sa mère, pour ne négliger aucune des occasions que j'avais encore de la consoler. Je me rendis plusieurs fois chez elle : elle me montrait, elle caressait, en ma présence, ses petitsenfants qui lui restaient, car ses enfants étaient, je crois, déjà mariés; mais je lisais, dans son cœur, l'affreux souvenir du parricide qui la faisait mourir de douleur. Enfin, elle prit son parti, comme tant d'autres, de sortir du royaume. Elle n'alla point à Coblentz, ni à Dusseldorf, où s'était retirée la duchesse de Laval, qui y était devenue un modèle de religion et de piété, et où se réfugièrent plus tard le cardinal de Montmorency et un grand nombre de ceux que le malheureux Louis XVI avait eu la faiblesse d'abandonner : elle eût rappelé dans ce pays des souvenirs trop amers ; elle était la mère du plus impie et du plus scélérat des apostats. Elle se dirigea sur Tournay, et l'on m'a dit qu'elle y était toujours.

Quant à la duchesse de Laval, lorsque la tourmente révolutionnaire fut passée, elle rentra à Paris. Réunie à sa famille, elle habite l'hôtel de Laval. Je vais quelquefois lui demander des nouvelles de son oncle, qui fut très peu de temps grand aumônier de France, et a survécu

au maréchal» son frère. Je m'amuse à lui rappeler, à elle aujourd'hui sainte à canoniser, certain souper de lundi gras, chez le maréchal, où après que je lui eus gagné beaucoup d'argent, elle s'avisa de vouloir me mener au bal de l'Opéra!

J'étais vaincu, livré, votre ordre était ma loi;

Tous trois dans un même équipage,

Et la folie, et vous, et moi, Nous allions faire ensemble un très plaisant voyage.

Je crus, au trouble de mes sens,

Qu'Armide, réchauffant ma cendre,

Par sa baguette allait me rendre

Une des nuits de mon printemps.

Je voyais voler sur vos traces

Les jeux, les plaisirs, la gaîté ;

Et les amours en liberté

Donnaient un air de volupté

A l'ingénuité des grâces.

Que ne voyais-je pas dans mon enchantement? Je croyais mon bonheur au-dessus de l'envie.

Vous disparûtes un moment :

Je ne vis plus que la Folie !

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