‹ Mes souvenirsChapitre 68 sur 207 · L'ARCHEVÊQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

L'ARCHEVÊQUE DE PARIS

qu'il se conduisît, avec elles, selon toutes les formes prescrites par les canons, et j'aurais défié le Parlement d'y mordre. Mais, quand même cette compagnie aurait essayé de le barrer, l'archevêque de Lyon, du moins, n'eût eu aucun prétexte d'intervenir, et le prélat de la capitale aurait eu pour lui tous les partisans des règles* Je ne fus donc point d'avis qu'il répondît au primat : il aurait fallu tout expliquer, et il aurait été prouvé que lui, pasteur et juge, n'avait point fait assez. Ne voulant pas le décider seul, je lui conseillai d'assembler beaucoup d'avocats sages et impartiaux; il y consentit. Nous eûmes de nombreuses conférences auxquelles il assista, et une entre autres, à Conflans, où il se passa quelque chose de très plaisant : l'abbé de Lacôme de Launay nous faisait le rapport de la lettre de l'archevêque de Lyon, et ce qu'il y a de très singulier, c'est que M. l'archevêque de Paris m'apprit alors qu'il ne l'avait pas encore lue. Un avocat du clergé, le bon M. Le Maire, ne cessait de crier : a Monseigneur, cause perdue; vous n'avez rien de bon à répondre à cela. » — « Et pourquoi ? » répliquait M. l'archevêque. « C'est que votre réponse à la sommation des religieuses ne vaut rien du tout; vous donnez un prétexte à votre refus, vous n'en dites pas la vraie raison; il fallait parler clair et énoncer les faits. » L'archevêque se lève, et le dos au feu, il reprend en regardant cet avocat : « Eh! mon cher monsieur Le Maire, vous ne vous souvenez donc pas que cette réponse, c'est vous-même qui me l'avez dictée à Con* flans, à telle heure, en présence de tel. » Le pauvre homme fut déferré ; il ne pouvait nier la chose, et cessa d'interrompre. Dans toutes ces conférences, nous conclûmes, comme M. Le Maire, que M. l'archevêque n'avait rien de bon à répondre, mais nous ne le convainquîmes pas : il fit composer des volumes et eut assez de confiance en moi

pour me les remettre; je les gardai très longtemps, et je jugeai, par un sérieux examen, qu'ils donneraient trop d'avantages à ses ennemis. A force de patience, je vins à bout de le persuader de laisser là cette réponse; je lui suggérai les moyens de finir très juridiquement l'affaire, en procédant en règle contre les Hospitalières, et d'une manière qui lui aurait assuré une victoire entière sur le primat. Il convenait avec moi de la régularité du plan, mais il ajoutait ; « Le Parlement m'arrêtera dès le premier pas. » Je lui répondais : « Vous le laisserez faire et irez votre chemin. Êtes-vous moins arrêté, lorsque vous en prenez un qui ne peut vous mener à rien de bien? Il vaut beaucoup mieux, Monseigneur, qu'on vous arrête dans une grande route, que dans un sentier détourné; car, dans le premier cas, vous aurez tout le public pour vous, et on n'aura rien à dire au Roi sur votre conduite. »

En général, j'ai toujours trouvé à M. l'archevêque de Paris, la fermeté de l'enclume qui ne sait que recevoir les coups, et qui n'en pare aucun. S'il avait su profiter de toutes les fautes que le Parlement a commises, de toutes les irrégularités qu'il s'est permises contre lui, il aurait souvent triomphé de sa mauvaise volonté. Je lui disais quelquefois : « Vous ne faites la guerre que comme les Russes, qui sont immobiles; vous n'aurez que le mérite de la constance, jamais celui de la victoire. Vous n'évitez aucun des pièges que l'on vous tend, et souvent on vous met à la main des ^armes dont vous ne vous servez pas. » Cette âme, si droite et si ferme, était toujours retenue par de petites considérations, indiquant une conscience timorée et beaucoup de charité, mais non des vues longues et le talent d'un grand général. En voici un exemple :

Dans le mois d'octobre 1765, il parut une petite brochure qui était un tocsin furieux contre la lâcheté des

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