‹ Mes souvenirsChapitre 72 sur 207 · LETTRE SUR LA PAIX · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LA PAIX

qui eût pu former deux volumes in-douze. Il était intitulé : Parallèle du physique et du moral de la France et de l'Angleterre, et avait pour but de ranimer la confiance dont nous avions plus besoin que jamais, et de remonter le courage en relevant l'empire des mœurs. J'essayai d'y mettre toute la force et tout l'agrément possibles ; mais nous n'osâmes le faire paraître, parce qu'il y entrait une peinture trop vraie des désordres auxquels nous cherchions à remédier.

On crut, cependant, qu'en donnant un extrait de cet ouvrage, contenant seulement un précis du parallèle des ressources physiques, qui étaient toutes pour nous par comparaison avec celles de l'Angleterre, on pourrait raviver un peu la confiance de la nation; mais nous n'étions plus au temps de l'Observateur hollandais, où le Français n'envisageait que ses espérances ; nous étions abattus par des revers, épuisés par les impôts, fatigués par les divisions intestines, et découragés, de plus en plus, par l'effrayant tableau que présentaient aux étrangers toutes les remontrances des cours, que les Anglais faisaient traduire et répandre dans leurs cafés. Mon Parallèle du physique fut imprimé par ordre du Roi ; il était même sur le point d'être distribué, quand MM. de Choiseul acceptèrent la paix. M. de Praslin pria alors M. Bertin de supprimer cet ouvrage qui , effectivement, eût fait murmurer contre les sacrifices auxquels nous consentîmes.

Lorsque la paix eut été signée (le 3 novembre 1762), je ne voulus pas perdre en entier ce que j'avais composé sur le moral : de concert avec le ministre, je publiai un petit ouvrage intitulé : Lettre sur la paix, et ayant pour épigraphe ce demi- vers de Virgile : « Spes discite vestras » — apprenez les espérances qui vous restent; — j'y exhortais la nation à reprendre les mœurs, le courage et les vertus

de ses ancêtres; je lui indiquais ses véritables ressources. Cet opuscule est écrit avec feu; j'y ai mis plus d'énergie et plus d'agrément de style que dans aucune des Lettres de l'Observateur hollandais ; il fut accueilli et loué; mais comme je prêchais la soumission aux lois et le respect de l'autorité, les Encyclopédistes et les Parlementaires firent ce qu'ils purent pour le décrier. Les Anglais en portèrent un jugement plus favorable : on le traduisit et on l'imprima en entier dans leurs papiers publics.

Je ne parlerai point d'un très grand nombre d'autres ouvrages particuliers que j'écrivis sous le ministère de M. Bertin, et qui sont restés dans mon cabinet pour l'usage des ministres; mais je dois dire quelque chose d'un nouveau travail dont il me chargea en 1763, et qui est devenu la base d'un établissement de la plus grande utilité.

On sait que le cabinet que l'on m'avait formé en' 1759 contenait une collection de toutes les lois auxquelles le ministre pouvait être obligé de recourir : c'était un cabinet de droit public. M. Bertin désira qu'il fût encore un dépôt de monuments historiques. Il conçut et fit approuver par le Roi, le projet de réunir dans un dépôt qui me serait confié, des copies exactes de tous ces monuments inconnus, ensevelis dans la poussière des archives publiques ou particulières, et des inventaires de ces dépôts facilitant, à ceux qui voudraient étudier l'histoire et le droit public de France, les recherches qui leur seraient nécessaires. On donna ce labeur à une multitude de gens de lettres, dont je découvris une partie. La congrégation de Saint- Maur offrit ses membres, accoutumés à ce genre de travail, et le Roi destina une somme modique à payer leurs frais. Le ministre s'efforça d'exciter l'émulation des savants : il y réussit. Je fus mis à la tête de ce dépôt, nommé dépôt

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