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RANCUNE DE M. DE CHOISEUL

même, à l'archevêque de Cambrai (i) avec qui, dans ce voyage, je soupais, quatre fois la semaine, chez la comtesse de Gramont.

Dès le lendemain, je me présente chez M. de Ghoiseul; porte fermée; le surlendemain, la même chose; j'y retournai cinq ou six jours de suite, et à toutes les heures, sans être plus heureux. Je m'en plaignis à l'archevêque de Cambrai, qui se chargea d'en parler à son frère et de lui dire : « Pourquoi ave z-vous paru V inviter à vous voir, si vous lui faites fermer votre porte? » Le ministre répondit : « Oh! c'est que je voulais lui faire entendre que je savais qu'il en fréquentait d'autres. » Ces autres-là, c'étaient Mme de Villars et le duc de la Vauguyon. J'ai eu, plus d'une fois, occasion de remarquer cet esprit exclusif de quelques ministres, et cela seul eût suffi à me dégoûter de leur intimité, car je n'ai jamais pu être l'âme damnée de personne. Ce caractère de domination est celui de tous ceux qui désirent être ou se croient chefs de parti. Un homme en qui je n'ai jamais aperçu l'ombre de ce travers, est M. Bertin; aussi, nul ne peut l'accuser d'avoir épousé, encore moins d'avoir cherché à conduire aucun parti.

M. de Choiseul et surtout Mme la duchesse de Gramont s'imaginèrent donc, ou du moins commencèrent à prétendre, que j'étais un intrigant parce que je voyais M. de la Vauguyon et Mme de Villars; mais je voyais bien plus souvent et plus familièrement l'archevêque de Cam-

(4) Claude-Antoine de Ghoiseul, né le 1er novembre 1697, fut évêque de Châlons en 4733, puis archevêque de Cambrai, pair de France en 4737 et mourut en 4774. — 14 septembre 4774. — Tout le monde parle de la mort de l'archevêque de Cambrai. Le duc de Praslin n'a appris cette mort que par le valet de chambre qui est venu lui dire que les Économats avaient fait mettre les scellés à l'Arsenal. — La comtesse de Gramont est arrivée à Paris, après avoir vu mourir à Moulins son ami, l'archevêque de Cambrai, qui revenait avec elle des eaux de Vichy. (Journal de Moreav, 46 septembre 4774.)

brai, Mme la comtesse de Gramont, Mmes de Périgord et de Talleyrand, Mme de Chabannes et Mmes du Ghàtelet et de Damas, pour qui, toutes, j'avais composé des chansons, et avec qui je passais des soirées très gaies. Ces gens-là, qui me connaissaient mieux que M. de Choiseul, loin de me croire un intrigant, me reprochaient perpétuellement mes gaucheries, et m'annonçaient que je m'amuserais toute ma vie, mais que je ne ferais jamais fortune. Ils ne se sont trompés que sur la moitié de leur prédiction.

Ce voyage de Compiègne a été l'un des plus agréables dont j'aie gardé le souvenir. Il me lia plus intimement avec l'archevêque de Cambrai, qui recherchait l'amusement et tous les arts qui y conduisent. Il y avait déjà longtemps que je le rencontrais chez la comtesse de Gramont, mais sans avoir eu encore l'occasion de vivre de suite avec lui. Je l'ai toujours trouvé très aimable, un peu léger, comme le sont tous les Choiseul, jugeant quelquefois très mal lorsqu'il s'agissait des intérêts de son frère, auquel pourtant il rapportait tout; mais franc, droit et honnête. Il m'a marqué, pendant six ans, la plus grande amitié; il ne m'a quitté que lorsque la chaleur et l'effervescence des partis ont divisé les sociétés les plus unies. Je l'ai beaucoup aimé et l'aime encore, quoique je ne le voie plus. Une chose contribuait alors à m'attacher à lui, c'est que la duchesse de Gramont, qui ne m'affectionnait pas, ne pouvait non plus le souffrir. Au mois de novembre 1766, je l'accompagnai dans un fort divertissant voyage à Cambrai (1).

J'avais retrouvé, à Compiègne, mon ami Cromot. Il s'était emparé de M. de Laverdy, se moquait de son jan-

(1) Lire, à la fin du volume, p. 398, le récit détaillé et très intéressant de ce voyage à Cambrai, qui eut lieu du 6 au 24 novembre 4766. •

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