‹ Mes souvenirsChapitre 80 sur 207 · QUESTION DE PRÉSÉANCE · texte numérisé non relu

QUESTION DE PRÉSÉANCE

projet, mais il m'en parla, m'exposa ses idées et ses moyens ; il voulut même que j'écrivisse un mémoire où ils seraient déduits, et qu'il présenterait au Roi. Je l'arrêtai : « Non, monsieur le duc , je ne prendrai point, dans cette cause, aucune couleur pour vous; je suis leur ami, et, quand je ne le serais pas, vous venez trop tard : M. de Périgord m3 a déjà entretenu de son affaire ; et j'avoue que je la crois bonne pour lui; j'ai même fait un mémoire afin de le prouver. »

M. de la Vauguyon parut se retourner ; il ne pouvait blâmerl'honnêtetédemon procédé ; il me dit : « Vous connaissez donc beaucoup M. et Mme de Périgord? — Oui, monsieur le duc, et cela dès ma plus tendre jeunesse. Ils m'ont chargé, en 1758, de liquider toutes les affaires de leur maison; et j'ai été nommé, par arrêt du onseil, Commissaire du Roi pour fixer le montant de la substitution de Chalais, dont Mme de Périgord était débitrice. Depuis ce temps-là, je suis toujours demeuré très lié avec cette maison; je vais dîner aujourd'hui chez eux. » Alors, M. de la Vauguyon reprit : « fen suis fort aise, car vous pourrez les prévenir de tout ce que je vous ai confié. Vous direz à Mme de Périgord que c'est ici une affaire de corps, dont je suis obligé de me mêler, et que je suis leur partie adverse, sans être moins leur serviteur. »

Je ne cherchai point à examiner s'il parlait bien sincèrement, mais je lui promis d'informer Mme de Périgord de ses dispositions ; je lui tins parole dans le jour. M. et Mme de Périgord me surent gré de ma conduite, et je n'en travaillai qu'avec plus de zèle à la défense de leur droit, sur lequel, cependant, il y eut quelques tempéraments pris par la décision du Roi, qui ne fut pas entièrement conforme à ce que nous pensions. Tout cela se passa dès les premiers jours de Fontainebleau. M. de la Vauguyon ne me souffla plus mot de cette affaire, et ne m'en fit pas plus mauvaise mine.

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