VICES DE L'ÉDUCATION DES PRINCES
prince de tout ce qui s'était passé depuis les trois audiences qu'il avait bien voulu m'accorder à Fontainebleau ; je ne lui dissimulai ni les nouvelles instances, ni le mécontentement de M. le duc de la Vauguyon, ni mes raisons pour ne point changer d'avis. Je lui fis remettre un Mémoire cacheté, par M. l'archevêque de Paris qui ignora ce qu'il contenait. Les assurances générales que le prélat me rapporta des bontés de M. le Dauphin, et ce qui se passa dans la suite, m'ont prouvé que ce prince avait été bien éloigné de me savoir mauvais gré de ce qui était arrivé. En effet, non seulement je n'eus point l'ordre annoncé, non seulement je n'écrivis point ce fameux Mémoire, mais nul ne l'écrivit à ma place. M. le Dauphin ne le signa point, et le Roi n'en reçut aucun. Il me semble, dans cette occasion, avoir rendu un service dont personne ne m'a été reconnaissant, parce que personne ne l'a connu, et dont le témoignage de ma conscience a été l'unique récompense.
Je me figurai donc être brouillé avec M. de la Vauguyon, et je cessai d'aller chez lui. Je ne le revis qu'au premierjourdel'an 1765, en présence de vingt personnes; je n'eus de lui qu'une révérence froide. Je l'évitais et j'étais très embarrassé en sa présence.
Ce fut pour me dépiquer de toutes ces aventures, mais pourtant après la mort de Mgr le Dauphin, que, n'espérant plus être chargé du grand ouvrage sur l'histoire dont j'avais exécuté le plan, j'en composai un autre qui mériterait peut-être que j'y misse, un jour, la dernière main (1). Il est divisé en deux parties : dans la première, j'examine les causes du caractère timide et indécis des princes élevés en princes, et j'indique tous les vices de l'éducation qu'ils reçoivent. Je crois prouver qu'elle est essentielle-
(1) Premier et second Entretien sur la condition et sur l'éducation des princes.
ment mauvaise ; non qu'elle puisse en faire des caractères méchants, mais parce qu'elle tend à en faire des gens sans caractère. Je montrai cet ouvrage à M. Bertin ; il m'exhorta à le continuer; plusieurs personnes qui l'ont vu depuis en ont été fort contentes. J'ai entrepris ensuite et extrêmement avancé la seconde partie; elle doit être beaucoup plus longue que la première : j'y donne le plan de l'éducation que l'on pourrait substituer à celle qui me paraît défectueuse, et je commence par un raisonnement auquel il n'y a point de réplique : j'ai démontré (et tout le monde en convient) que le système d'éducation en usage pour les princes est mauvais ; il est donc évident qu'il faut le changer, et il est fou de dire qu'il ne peut pas y en avoir d'autre.
Dans le courant de l'année 1765, j'avais écrit, par ordre du ministre des finances, un ouvrage sur le droit public qui fut trouvé assez remarquable pour qu'il y mît son nom. Il avait pour objet de faire connaître les véritables titres de la souveraineté du Roi sur la Bretagne. Il renferme l'historique le plus exact de la révolution qui a réuni ce grand fief à la couronne de France, et écarte irrévocablement les prétentions émises par le parlement de Bretagne dans ses remontrances. Cette dissertation est écrite en forme de lettres ; le contrôleur général les signa et les publia avec son nom.
M. le Dauphin devint malade, et M. de la Vauguyon ne me parla plus des vues de ce prince sur moi; mais l'évéque de Verdun m'assura, sans que je le lui demandasse, que son intention était de me faire travailler sur le droit public avec les princes, ses enfants; qu'il l'avait dit, en sa présence, à Madame la Dauphine.
Fontainebleau me procura encore, cette année-là, une aventure beaucoup moins embarrassante que celle de