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TENTATIVES MATRIMONIALES

en îa devenant elle-même. J'eus une grande explication avec elle sur ce projet, qui ne m'avait été annoncé que par la profonde mélancolie où je la voyais depuis un certain temps : elle me dit énormément de mal de sa pauvre amie, voulut me persuader que j'avais beaucoup gagné à la perdre; cela me déplut horriblement et gâta toutes les affaires. Elle comprit que je ne l'épouserais jamais et repartit pour Rouen. Cependant, nous nous quittâmes en bons termes.

Une autre personne que je refusai fut Mlle de Lenfant, fille d'un homme d'affaires de la princesse de Garignan. Son père, qui avait peu de principes, avait cherché à s'en débarrasser en la mettant au couvent de Notre-Dame de Meaux. L'abbesse, Mme de Bouille, fit ce qu'elle put pour m'en engouer, et me garda chez elle trois ou quatre jours. La petite personne me parut la plus mauvaise tète du monde; elle commença par me dire du mal de son père et de sa bienfaitrice, Mme de Carignan. Au fond, pourtant, tout cela n'était que vice d'éducation; je l'ai retrouvée depuis, en Provence, une femme très sensée et très raisonnable. Je serais riche si je l'avais épousée, mais la Providence m'a mieux servi que toute la bonne volonté de mes meilleurs amis.

Quelque temps auparavant, quand j'étais allé me faire recevoir, à Aix, dans ma charge de conseiller à la Cour des aides, M. d'Albertas, notre premier président, m'avait proposé une demoiselle qu'il connaissait un peu trop. Le pauvre homme a bien cruellement payé ce projet resté sans exécution (1).

(1) Moreau avait, dans cette même année, songé à un autre mariage. En effet, il écrit dans son Journal, à la date du 1er avril 1764 : « Je suis venu voir Mme de Sauvigny sur le midi. Elle est chargée de faire, de ma part, une proposition de mariage à Mlle de Quesnon, Anglaise de vingt-huit ans, fille très sensée et très rai-

En 1765 et 1766, Mme de Boulainvilliers, femme du prévôt de Paris, m'offrit une Mlle de Boulainvilliers, qui n'avait pas un sol, et qu'elle désirait établir après l'avoir gardée longtemps chez elle, à Passy.

Mme de Boulainvilliers n'avait épousé son mari que parce qu'elle n'avait rien elle-même, mais elle ne lui a donné que des filles; ses deux aînées ont été Mme de Grussol et Mme de Faudoas ; la troisième, la plus belle, la plus aimable de toutes, et dont la mort a causé celle de sa malheureuse mère, a été la marquise de Tonnerre.

J'ai prouvé ma vanité par les mariages que j'ai faits, et j'ai prouvé, en même temps, mon désintéressement : ce ne fut donc pas parce que Mlle de Boulainvilliers était entièrement sans dot que je n'en voulus point; j'expliquai bonnement mes raisons à madame sa parente qui les approuva (1) : le séjour de cette jeune personne dans la plus grande et la plus riche compagnie m'effrayait. J'habitais alors, neuf mois de l'année, ma petite maison de Ville d'Avray, d'où je pouvais remplir, à Versailles, tout ce qui m'était prescrit par mes places. Quelle différence entre mon ménage et les plaisirs du magnifique château de Passy 1 Gela sautait aux yeux. Mme de Boulainvilliers me sut gré de mes motifs et de ma franchise; elle n'en resta

sonnable, mais qui parait avoir pris depuis longtemps le parti de vivre fille.

(1) Un des événements de mon mois d'octobre avait été la proposition faite par M. de Boulainvilliers, dans une lettre qu'il m'écrivait, d'épouser Mlle de Boulainvilliers, sa parente. On m'avait donné à dîner à Passy. On était revenu plusieurs fois à la charge et par visites et par billets. Le jour même du mariage de Mme de Galliffet, j'avais été passer une heure, le matin, avec Mme de Boulainvilliers, avec qui je me tirai très honnêtement d'affaire, en lui exposant mes doutes, mes craintes et les inconvénients de cette alliance pour sa cousine même. (Journal de Moreau, 3 novembre 1766.)

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