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LE CONCILE D'EMBRUN

pas moins mon amie, et a été plus tard celle de Mlle O'Neill, ma seconde femme.

Pour ceux qui voudraient savoir l'origine dé cette Mlle de Boulainvilliers, je dirai qu'elle était Boulainvilliers de père et de mère, d'une famille très pauvre et très nombreuse. La mère de celle qu'alors on nommait en riant ma future avait été élevée , dès son bas âge, par des princesses. Elle avait eu, non le tort, car ce n'était pas elle qui dirigeait sa conduite, mais le malheur d'être attachée à la duchesse d'Orléans (1), fille du prince de Gonti, dont on a connu les mœurs déréglées, les principes scandaleux et l'esprit libertin. Cette pauvre petite était devenue nubile à cette école; on ne lui a jamais reproché le moindre écart, mais certainement on ne pouvait la soupçonner d'ignorer ce que savait et ce que faisait la duchesse d'Orléans, dans la garde-robe de laquelle elle avait couché plusieurs années.

Enfin, on voulut l'établir : on trouva un homme de son nom, à qui on donna quelque argent et à qui on promit le reste en protections : celle de la maison d'Orléans suffisait pour faire sa fortune. Le mariage eut lieu; ce fut l'évêque de Valence, Milon, qui se chargea de les unir dans une chapelle du Palais-Royal. Ce prélat avait de l'esprit, entendait la raillerie surtout : passant quinze jours à Toulon, en compagnie des officiers de la marine, il avait gaiement accepté de jouer avec eux, au piquet, un hasard qu'ils nommaient le concile d'Embrun (2). Il avait été l'un

(1) Louise-Henriette de Bourbon, née le 20 juin 1726, mariée le 17 décembre 1743 et morte en 1759.

(2) Pour comprendre cette plaisanterie, il faut savoir que, sur la demande du cardinal de Fleury, le Roi avait permis, en 1727, à l'archevêque d'Embrun, M. Guérin de Tencin, de réunir un concile provincial dans son palais. Quatorze prélats y furent convoqués. Parmi eux se trouvait M. de Soanen, évêque de Senez, dont une

des pères de cette assemblée, et lorsqu'il demanda ce que c'était que ce hasard : a Quatorze de valets, monseigneur, lui répondit-on ; deux fiches à celui qui les a dans son jeu. » Le bon prélat se mit à rire et topa à la proposition.

Au mariage des deux Boulainvilliers, mâle et femelle, il ne fut pas si plaisant; je tiens ceci de l'évêque de Metz. Montmorency, à qui il le conta. Il avait préparé un petit discours qu'il adressa aux jeunes époux. Faisant l'éloge de la demoiselle, il rappela l'excellente éducation qu'elle avait reçue d'une princesse... A ce mot de princesse, la duchesse d'Orléans part d'un éclat de rire que le prélat n'arrête point ; mais dès qu'il a cessé, il ôte respectueusement son bonnet, et regardant la duchesse : « Je demande, dit-il, très humblement pardon à votre Altesse; ce n'est point d'elle que j'ai parlé, c'est de Mme l'abbesse de Beaumont- Lestours, qui a inspiré et donné à mademoiselle des principes et des exemples qu'elle n'a point sans doute oubliés. »

Cela dit, l'évêquc remet son bonnet, continue son compliment et achève très gravement la cérémonie, qui ne fut plus interrompue par la princesse.

J'avais donc jusqu'alors refusé toute nouvelle alliance ; à la fin, la raison me décida, et je dis à Mme d'Andlau : « Si vous me trouvez une compagne que vous jugiez propre à rendre mes vieux jours heureux, je la recevrai de votre main. » Celle qu'elle me proposa appartenait à une très illustre famille, mais étrangère, sans biens et sans parents en France. On appelait ses ancêtres les O'Neill à la main sanglante, parce que l'un d'eux, dans une expédition lointaine, ayant fait le serment de toucher le premier au

instruction pastorale entachée de jansénisme fut condamnée par les quatorze autres membres de rassemblée. Les jansénistes, mécontents de cette juste sentence, prétendirent que le concile n'avait pas été inspiré par le Saint-Esprit, mais guidé par le gouvernement.

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