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NOUVELLES PROPOSITIONS DE M. DE LA VAUGUYON

homme d'affaires de M. l'évêque d'Orléans, et qui avait des systèmes assez faux sur notre ancienne histoire, avait reçu publiquement les compliments de ce qu'il était nommé pour s'occuper à donner à nos princes des institutions de droit public. Je savais que cet homme avait vu plusieurs fois M. le duc de la Vâuguyon, qui l'avait chargé d'écrire* J'avais, sur cela, consulté mon ami, le président Hénault (1) ; celui-ci, persuadé comme moi que M. de la Vâuguyon l'avait choisi pour exécuter mon plan, m'avait conseillé de le faire imprimer.

La lettre de M. de la Vâuguyon me parut donc une preuve certaine qu'il ne revenait à moi que parce qu'il n'avait pas trouvé mieux, et était mécontent des essais que, d'après son ordre, on avait tentés : la Bonneterie et Bouquet avaient été, en effet, successivement employés et éconduits. Mon amour-propre fut flatté de cette sorte de triomphe, et j'adressai au duc de la Vâuguyon une lettre dont j'ai gardé copie ; elle peignait assez bien les dispositions de mon âme, irritée des efforts que l'on avait faits pour se passer de moi, mais très satisfaite de ce que l'on était forcé d'y revenir. J'annonçai que j'irais à Compiègne.

Je m'y rendis au bout de quatre jours. M. le duc de la Vâuguyon me fit ses propositions ; je lui parlai très honnêtement de mon mécontement, mais je ne le lui dissimulai point ; j'ajoutai que, n'ayant plus Mgr le Dauphin, je ne pouvais me mettre à travailler pour l'éducation des princes que d'après un ordre du Roi. Il m'affirma qu'il l'avait, et qu'il me nommerait à Sa Majesté dès qu'il aurait mon consentement. Il m'offrit et j'acceptai 4,000 livres de gratification annuelle devant m'être payées sur la cas-

(1) Charles-Jean-François Hénault, né en 1685, mort en 1770, magistrat et historien; membre de l'Académie française en 1763.

sette de Mgr le Dauphin. Je consentis à tout, mais j'exigeai qu'il prît le bon du Roi et qu'il m'écrivît, de la part de Sa Majesté, une lettre qui me servît de titre. Tout me fut promis. Je ne dis rien de cette mission; je voulais avoir, avant tout, ma lettre, que M. le duc de la Vauguyon trouva, pendant quelque temps, des prétextes de différer. Je ne fis pas un long séjour à Compiègne ; j'en partis comptant sur la parole du gouverneur des princes, et je revins joindre ma femme et mes amis à Verderonne.

Ce fut là que je commençai et que je finis presque en entier un de mes meilleurs ouvrages : c'est mon Traité de la Justice , adressé à Mgr le Dauphin (1). Je me rappelai la fameuse devise de notre roi Charles le Sage, qui avait écrit sur ses armes : Justice et fermeté, recte et fortiter9 et je me proposai de réduire à ces deux qualités tous les devoirs des rois. Mon Traité sur la Justice est un développement complet, non seulement des engagements généraux que contracte un souverain vis-à-vis de ses peuples, mais encore de tous les devoirs d'un roi de France, fondés sur la constitution de notre monarchie. J'y passe en revue toutes les grandes parties de l'administration, et il n'y a point d'objet intéressant pour le gouvernement, sur lequel je ne promène l'attention du prince. J'ai mis dans cet ouvrage toute l'énergie, toute la chaleur, toute la pompe du style même, qui convient aux grandes matières que j'y expose.

Lorsque je fus de retour à Paris, je reçus la lettre que M. de la Vauguyon m'avait si formellement promise, mais il avait fallu que Mme la duchesse de Noailles la demandât plus d'une fois. Elle n'était pas tout à fait dans les termes que j'avais espéré ; néanmoins, elle mentionnait

(1) Petit-fils de Louis XV et son successeur, sous le nom de Louis XVI.

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