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TRAITÉ DE LA FERMETÉ

réussi, que M. de Laverdy me savait mauvais gré de l'engagement que j'avais pris, et que lui, Cromot, me conseillait d'y renoncer, si je ne voulais pas m'attirer la disgrâce de ce ministre, qui était en état de me tout ôter.

M. le duc de Choiseul ne me répondit pas, mais me fit recommander par la Ponce de Venir le trouver. J'y allai. Le ministre me laissa attendre trois heures, et me reçut enfin. Il me dit que j'avais eu raison de lui écrire, qu'il ne saurait blâmer ma résolution, qu'il me donnait son agrément ; mais, en même temps, il me débita tant de sarcasmes sur l'éducation des princes et sur ceux qui y étaient attachés, que je vis bien que rien n'était moins propre à lui faire sa cour que la commission dont j'étais chargé. Je feignis de ne pas entendre tout cela ; je le remerciai, et j'affirmai hautement à M. de Cambrai que j'avais l'assentiment de son frère, dont, à cette occasion, il admira l'heureux caractère et la rare condescendance.

Le contrôleur général était celui qui m'embarrassait le plus ; mais, pendant que je me rendais à Versailles, près M. de Choiseul, ma femme écrivait une lettre très sage et très pressante à notre ami Cromot, en le priant de la mettre sous les yeux de M. de Laverdy. Cromot lui-même jugeait le procédé de son ministre aussi injuste que déraisonnable : il retourna à l'abordage. Il sut si bien le tourner et le retourner, qu'il lui arracha un consentement qu'il m'apprit en faisant l'éloge de l'éloquence de ma moitié; toutefois, il ajoutait que le contrôleur général, en me donnant son acquiescement, avait répété à plusieurs reprises que c'était à mes risques, périls et fortune, et que si plus tard mes liaisons avec M. le duc de la Vauguyon me procuraient quelques désagréments, je ne devrais les imputer qu'à moi-même. Je ne souhaitais pas autre chose, car je ne prévoyais pas ces désagréments

dont pourtant, dans la suite, je n'ai pas été exempt. A mon Traité de la Justice succéda celui de la Fermeté : il est le complément de mon plan sur la morale des rots. J'y déployai la même chaleur de style que dans le premier. Ceux qui l'ont lu en ont été au moins aussi contents ; quelques-uns même en ont paru encore plus satisfaits, peut-être pour le motif qui les portait à me dire que cet ouvrage ne pourrait jamais voir le jour pendant le règne sous lequel il était écrit.

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