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DONIZETTI EN FRANCE

De tous les opéras de Donizetti, exécutés en France, Don Pasqmle est le seul dont le succès, durant les premières représentations, n’ait pas été contesté.

Poliuto, écrit primitivement pour la scène de San -Carlo, à Naples, et dont le rôle principal était destiné à Adolphe Nourrit, fut représenté à l’Opéra de Paris, avec quelques modifications dans le livret et dans la musique, sous le titre des Martyrs. Malgré une exécution des plus remarquables, l’œuvre du maître italien ne put résister à l’indifférence du public. Après un nombre très-limité de représentations, les Martyrs disparurent du répertoire.

La Fille du Régiment, spécialement écrite par

GAETANO DOMZETTl.

Donizetti, pour l’ Opéra-Comique, et dont le rôle principal fut créé par une artiste que le maître avait désignée, M"* Borghèse, fut jugée très-sévèrement. On reprocha à Donizetti la vulgarité de ses formes, la vulgarité de ses idées. Mais l’Italie vengea son compositeur favori. La Fig lia del Begimento fut accueillie sur toutes les scènes italiennes avec la plus chaleureuse sympathie ; les principales cantatrices s’emparèrent du rôle de la Fille du régiment, et rendirent populaire la musique de cet opéra. Plus tard, deux cantatrices renommées, M“" Jenny Lind et Sontag, revêtirent le costume de la vivandière, et firent de ce rôle original l’une de leurs plus belles créations. Ce ne fut qu’après quelques années de popularité acquise à l’étranger que la Fille du Bégimenl reprit faveur à l’ Opéra-Comique, et que le public français, réformant son premier jugement, rendit hommage aux beautés de la partition.

Lucia di Lammermoor, représentée pour la première fois sur la scène des Italiens, dont le personnel, par suite de l’incendie de la salle du boulevard, s’était momentanément réfugié à l’Odéon, fut chantée par quatre grands artistes : M“* Persiani, .MM. Rubini, Tamburini et Lablache. Quoique

GAETANO DONIZETTI

applaudi chaleureusement dans certaines parties, ce chef-d’œuvre n’obtint pas chez nous, à son apparition, le succès qu’il méritait. On fit l’éloge de quelques mélodies; on vanta le fameux septuor; mais cette fois encore la nouvelle partition, dans son ensemble, fut classée au second plan par la critique et par le public. Lucia di Lammermoor, traduite en français par MM. Alphonse Royer et Gustave Vaez, fut représentée au théâtre de la Renaissance, dont M. Anténor Joly était le directeur. M“' Anna Thillon chanta le rôle de Lucie, et le ténor Ricciardi celui d’Edgard. La foule se porta aux représentations du chef-d’œuvre; ce fut un enthousiasme général. Plus tard, Duprez qui avait créé le rôle d’Edgard, à Naples, et qui avait fait de ce rôle une création à la hauteur de son talent, reti’ouva, à l’Opéra, l’éclat de ses. plus grands triomphes. Il chantait cette musique avec un art si parfait, avec un sentiment dramatique si profond, si émouvant; sa voix trouvait des accents si vrais, si pathétiques, qu’il vous serrait le cœur et vous arrachait les larmes.

La Favorite, à son origine, fut jugée une œuvre des plus médiocres ; aux premières représentations

OAETANO DOmZETTI.

elle avait été condamnée; la partition ne trouva pas même d’éditeur. Ce ne fut qu’ après s’être assuré d’une vente à l’étranger, qui équivalait au prix d’achat, que M. Maurice Schlesinger acquit, au prix de 12,000 fr., la musique de la Favorite. Cette fois, le jugement de la capitale fut cassé par la province. Tous les théâtres s’emparèrent du nouvel opéra; partout il fut applaudi; partout on le proclama digne de figurer au rang des plus beaux ouvrages du répertoire. On peut assurer que la province imposa la Favorite au public parisien. Si le maître n’avait pas eu ce moyen de cassation, son opéra aurait eu le même sort que les Martyrs.

Toutes ces vicissitudes, toutes ces hésitations, toutes ces chances diverses, en un mot, la bonne et la mauvaise fortune, ne troublaient point la muse féconde du maître italien; il était infatigable au travail; s’il se reposait un jour, c’était pour se recueillir et pour puiser de nouvelles forces dans son recueillement. Dès les premières lueurs du jour, on le trouvait à son piano, cherchant l’inspiration qui lui venait avec une telle facilité que les copistes avaient de la peine à le suivre. Cx)mme toutes les fortes natures qui s’imprègnent de l’air où elles

GAETANO DONIZETTI

respirent, de l’esprit du pays où elles abordent, Donizetti avait senti ses idées s’élargir au contact de la France : il avait compris que c’était du centre de notre civilisation que le génie étendait au loin ses lumières, et que si parfois la justice était longue à venir dans un pays qui a vu naître tant de grands hommes, lorsqu’elle arrivait pour les génies méconnus, elle incrustait à tout jamais leurs noms sur le Livre d’or des immortels.

Donizetti, plein d’énergie, jeune et fort de corps et d’esprit portait dans sa physionomie les traces de la rêverie et de l’insouciance. D’un caractère très-sérieux en apparence, il était plein d’humour avec ses amis. Il était fin, spirituel, railleur lorsqu’il se livrait à la causerie familière; jamais nous n’oublierons les heures charmantes que nous avons passées en compagnie du maître pendant qu’il écrivait sa brillante partition de Don Pasquale. Il habitait alors dans la rue Grammont, hôtel Manchester. Durant les premiers jours son salon était encombré de visiteurs ; il dut couper court à toutes ces obsessions : il ferma sa porte, et, à part cinq ou six amis qui étaient admis dans son intimité, il ne voulut voir personne et ne s’occupa que de sa

GAETAXO nOXIZETTI.

partition. Tous les matins, il livrait aux copistes un fragment de son opéra. Après treize jours de travail, la partition était terminée, et les rôles distribués. Huit jours lui suffirent pour l’orchestrer.

Les répétitions n’étaient point favorables au succès de l’ouvrage ; les musiciens' de l’orchestre jouèrent la partition en entier à trois reprises, sans donner le moindre signe d’approbation. Pour tout autre compositeur que pour Donizetti, cet accueil glacial eût été décourageant; mais le maestro qui avait déjà passé par tant d’épreuves ne se laissa pas un moment émouvoir par l’indilférence des artistes de l’orchestre. Cette indifférence se changea bientôt en moquerie. Leur position ne leur permettant pas d’exprimer à haute voix leur opinion sur la musique de Don Pasquaie, quelques-uns des musiciens couviirent de facéties leurs cahiers de musique. Entre autres caricatures que l’on pourrait au besoin retrouver dans les archives du Théâtre-Italien, l’un de ces messieurs avait représenté Donizetti ayant à la main un instrument tout autre que mélodieux, et au-dessous de la caricature on lisadt ces mots :

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