LES PENDULES
DU
VICOMTE D'ARLIXCOURT
Chaque expert, à l'hôtel Drouot, aseshabitu- "des, ses tics, pour donner de l'importance aux ventes qu'il dirige. J'ai en vue l'expert F..., en parlant ainsi. Toutes les fois, par exemple, que F... mettait sur table une pendule en albâtre représentant un troubadour pinçant du luth ou une bergeronnette cueillant des fleurs, spécimen grotesque de l'art sous la Restauration, il ne manquait pas d'ajouter: ayant appartenu au vicomte d'Arlincourt.
Ces mots lui semblaient devoir être irrésistibles. Mais la plupart du temps, le public res-
tait froid comme le bloc qu'on lui offrait, car, excepté quelques vieilles gens à tabatière, — qui est-ce qui se souvenait du vicomte d'Arlincourt et de ses œuvres? Et cependant personne, à un certain moment, n'avait été plus célèbre que lui ; il l'avait été autant que Chateaubriand, cet autre vicomte, et que Paul de Kock, cet autre romancier. Excusez l'irrévérence du rapprochement.
Le romantisme a eu ses fantoches ; le vicomte d'Arlincourt est de ceux-ci. Et d'abord, de par l'euphonie de sou nom, ne semble-t-il pas, au premier aspect, prédestiné à prendre place parmi la troupe gazouillante et prétentieuse des Célimare, des Valincourt, des Floricourt, des Dorival et autres paladins du siècle de Charles X? Bienheureux fut l'auteur du Solitaire d'être né riche et titré, les cheveux bouclés comme lord Byron ! Sans cet accompagnement indispensable aux yeux de la postérité, sans blason, sans fortune, sans hôtels, il esl à supposer que le prolétaire Arlincourt aurait fait piètre mine dans l'arène littéraire. Quoi qu'il en soit, il m'a paru intéressant d'esquisser la physionomie de ce dernier troubadour et de