HUDSON LOWE EMBÊTÉ PAR NAPOLÉON
Rien n'était amusant comme de contempler, l'autre jour, l'attitude des ministres, quand M. Garnier-Pagès a demandé que, dans les moments de crise financière, on retînt dix pour cent sur les gros traitements. Vous comprenez ce qu'il y a de difficile pour des hommes qui veulent bien parler de leur
dévouement, de leur patriotisme et des sacrifiées qu'ils font pour le bien du pays, mais qui ne veulent pas donner les dix pour cent, à éluder une réclamation de cette nature.
Ils ont tous, comme par enchantement, pris un air affairé ; ils ont cherché de feints papiers sur de feints pupitres. Pas un n'a interrompu, personne ua eu l'air d'entendre, et dans les diverses réponses faites aux nombreux discours sur le budget, ce point n'a même pas été effleuré.
Je connais deux des raisons qui empêcheront toujours les fonctionnaires d'offrir à la patrie quoi que ce soit sur leurs traitements.
La première, c'est qu'ils préfèrent de beaucoup tout garder.
La seconde, c'est qu'ils ne pourraient donner dix pour cent de leurs appointements annuels sans déclarer le chiffre total de ces appointements, et que pas un peut-être n'oserait l'avouer sans rougir*
Nomination du jeune Milano comme prince régnant de Servie. Il a quatorze ans, ce qui ne veut pas dire qu'il fera plus de maladresses que les monarques âgés de soixante. L'élection, du reste, a eu lieu sans résistance, le conseil de régence ayant
eu la précaution de faire entourer par deux mille hommes de troupes la Chambre des représentants.
Cette attention délicate a permis à ceux-ci de voter avec l'indépendance qu'entraîne généralement avec elle la pression des baïonnettes.
Je me rappelle vaguement un pays où, lors de la nomination du souverain, les choses se sont passées identiquement de la même façon. On ne se doute pas des majorités qu'on obtient par ce procédé.
Connaissez-vous le sujet de la composition musicale proposé pour le concours du prix de Rouie ? Réellement, je ne sais si je dois... En tout cas, je me plais à croire que les audacieux professeurs qui l'ont proposé seront prochainement condamnés à quinze mois de Sainte-Pélagie, au quartier des politiques, pour excitation à la haine contre un gouvernement régulier. Ma foi, je me risque ; voici cet appel aux plus mauvaises passions :
« Daniel venant surprendre Balthazar au milieu de son repas impie. »
Vraiment, l'ironie est par trop sanglante ! Et, je le demande à tous les hommes d'ordre, est-il de
bien bon goût, dans une crise comme celle que nous traversons, de mettre ainsi en avant le fameux Ma ne, Theoel, Phares?
Je comprends qu'on se croie le droit de critiquer et même de combattre un gouvernement. Mais de là à l'insulter gratuitement par des allusions aussi perfides que transparentes, il y a un abîme que moi, réprouvé, je ne consentirais jamais à franchir.
Et quand on songe que les professeurs en question sont payés sur les fonds de l'État, on demeure stupéfait de tant d'ingratitude.
La reine d'Espagne, paraît-il, fait actuellement des démarches auprès du petit-fils de don Carlos afin qu'il la reconnaisse comme reine légitime de la Péninsule ibérique. A ce prix, la fortune entière de son grand-père lui serait rendue.
Il est fâcheux qu'après avoir pris Neuilly à la famille d'Orléans, le gouvernement français en ait vendu les trois quarts. Il aurait pu, à l'instar de la reine d'Espagne, proposer au comte de Paris de lui rendre ce domaine, à condition qu'il reconnaîtrait Napoléon III comme son souverain légitime, ce qui éviterait la peine de démonétiser les pièces de cinq francs à i' effigie de Louis-Philippe.
Peut-être y aurait-il un moyen de tout concilier ; ce serait de reprendre Neuilly à ceux qui l'ont acheté, comme on en a dépouillé les légitimes propriétaires. Et si ces bourgeois récalcitrants se récriaient devant un tel sans- gêne, il resterait toujours la ressource de leur répondre sévèrement :
— Eh quoi! des princes du sang se sont laissé exproprier sans rien dire, et vous vous permettez de réclamer! Il faut, en vérité, que vous ayez de vo -mêmes une idée bien avantageuse.
Au milieu d'un violent incendie qui a éclaté dernièrement à Gonstantinople, on a' trouvé dans une maison voisine du sinistre un vieux marabout enchaîné depuis trente ans à un mur, par suite d'un vœu fait à son retour de la Mecque.
Nous avons aussi dans nos contrées des marabouts qui font des vœux à leur retour de Rome. Mais, au lieu de se jurer à eux-mêmes de s'enchaîner pendant trente ans à un mur, ils font d'ordinaire le serment de ne reculer devant rien pour arriver à obtenir un chapeau d'une certaine couleur, de s'introduire dans les familles et d'y mettre tout sens dessus dessous, de pénétrer chez les
vieilles folles et de les entortiller jusqu'à ce qu'elles aient rédigé un testament en faveur de communautés déjà quatorze fois millionnaires.
Ils se font en outre la promesse de bien vivre et de se laisser offrir d'excellents repas, qu'ils s'adjugent après les avoir préalablement consacrés au Seigneur.
Tels sont les vœux de nos marabouts, et, chose étrange! il n'y a pas d'exemple qu'aucun d'eux ait jamais manqué à sa parole.
Le légitime héritier de Théodoros s'appelle Dejatch Aldmaico, nom qui signifie : ce II a vu le monde » et sa mère Terun Wark, ce qui se traduit en français par « Or pur. »
Cette habitude de donner une signification aux noms propres est absolument étrangère, et je regrette qu'elle ne soit pas européenne. On pourrait, par exemple, transformer le nom de Pinard en un autre qui voudrait dire : ce Petit, mais rageur; » M. de Persigny s'appellerait : ce Manger et ne rien faire ; »
M. Magne: ce Après moi la fin du monde; » Et M.Rouher: L'Empire, c'est l'emprunt. >> Bien des gens sauraient ainsi à quoi s'en tenir
sur les hommes qui nous gouvernent, et quand ils verraient « l'Empire, c'est l'emprunt » monter à la tribune, ils devineraient tout de suite qu'il valeur demander de l'argent.