UNE INCANTATION
Oaie beore* dn Mir.
La pièce est jouée, les acteurs se déshabillent. Pendant que la nuit s’avance avec le séréno, la lune d’Espagne verse à flots ses enchantements. Lecteur, je t’ai amené en te berçant jusqu’au seuil du palais de Madrid. Ici, j’ai besoin d’exalter ton Esprit et de l’évoquer à mon aide. Souffre donc que je profère à la clarté des étoiles la formule cabalistique de l’incantation.
Par tous les mots sacrés qui ravissent aujourd’hui ton âme, par le Disque d’argent, par le jeu de la Bourse, par la Hausse, par la Baisse, par les
Dividendes elles Coupons de la Rente, par les Aclions, par les Primes des chemins de fer, par les Bonis de la Banque, par l’Agiolage, Espril immatériel, je te supplie! je t’évoque! obéis! lève-toi!
l’esprit du lecteur.
Puissance enchanteresse ! écho du ciel! tu as prononcé les paroles magiques dont s’enivre l’oreille; elles liquéfient les métaux, elles entraînent après elles les forêts, elles ressusciteraient les morts. Me voici prosterné en toute hâte! que me veux-tu?