LE VOYAGEUR
Écoute, Esprit pur I il t’est donné de pénétrer en des lieux qui doivent me rester fermés. Le palais de Madrid est de ce nombre ; il faut, en bon compagnon, que tu montes à ma place sur le faite.
l’esprit du LECTEUR.
Entrer en ton nom dans le palais I et si je rencontre notre chargé d’affaires ! tu vas compromettre ma position politique ; je suis peut-être en train, là-bas, de devenir ministre.
LE VUYAGEl'R.
Il n’importe. Nous atteudrons.
l’esprit dü lecteur.
Cruel! tu as proféré la formule toute-puissante; je ne m’appartiens plus, il faut t’obéir. Je passe la grande salle, je traverse deux ou trois intrigues; me voici sur le faîte.
LE >OYA(JEl’R.
Que vois-tu ?
l’esprit m: lecteur.
D’ici, je domine toute cette société où tu te perds obscurément dans la foule, sans apercevoir aucun principe. De Séville à Bayonne, de la Huerla de Valence aux montagnes des Asturies, l’âme de l’Espagne m’apparaît distinctement au clair de lune. O supplice de l’enfer! je vois un grand peuple, lié, plein de vie, à une religion morte.