‹ Mes vers [microforme]Chapitre 142 sur 155 · SUR DEUX TOMBES · texte numérisé non relu

SUR DEUX TOMBES

L'angoisse à rétréci toutes les joies de mon âme, et la douleur a dévasté ma vie, ...

(CHARLES SAINTE-Fo1.)

Je vous vois encor, chaque nuit... en songe, Enfants ; ce mensonge

M'entretient de vous tout le Jour qui suit Cette douce nuit.

Il me semble à l'ouvrage, auprès de votre mère, : Vous voir vous employer.

Etudiant ainsi votre rôle éphémère

# D'archanges du foyer.

Je vous vois partout, mes tendres amies, Si tôt endormies

Pour l'éternité! Partout je vous vois Ainsi qu’autrefois.

Je revois cet instant—au retour de vos classes— Où, vous livrant à moi,

Vous me faisiez jouir de vos chants pleins de grâces Et d'amour et de foi !

Je crois vous tenir, parfois plus d’une heure, Dans mes bras... je pleure ;

La réalité, dessillant mes yeux, Me montre les cieux.

Et je vous vois alors sur cet affreux rivage, Où mon âme toujours

Me disait bas. trop bas, mes enfants, qu’en bas âge Vous finiriez vos jours !

O pressentiment pénible à l'extrême, Fatigant problême.… La mort t'a résous par trop brusquement Pour un cœur aimant !.…

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Je ne vous verrai plus, 6 colombes chéries, Dont le ciel fut jaloux !

Je ne vous verrai plus. que dans mes rêveries Et mes songes si doux !

Enfants, pl@ignez-moi : mon sort est horrible ! O qu'elle est terrible

La main qui me force à ne vous voir plus Qu'au sein des élus!

À présent. qui viendra rappeler l'espérance Dans mon cœur par des chants ?

Et parfois de mon âme enlever la souffrance Par quelques soins touchants ?

Je n’entendrai plus vos fervents cantiques, Echos magnifiques

Des sacrés concerts des anges ravis, Aux divins parvis!

O je n’entendrai plus vos voix, si veloutées Dans le double ‘ au revoir,” Que vous disiez si bien … quand, au sommeil portées,

Vous me quittiez, le soir!

Je ne verrai plus, aux saisons nouvelles, Des fleurs les plus belles

Vos fronts couronnés; vos habits couverts De feuillages verts !

Je ne vous verrai plus, —à rire toujours prâges— Prenant un air vainqueur,

Placer une pensée, ou quelques pâquerettes, De vos fronts sur mon cœur.

Je ne pourrai plus revoir mon enfance ; Aux eaux de Jouvence

Retremper mon cœur, en prenant, joyeux, Part à tous vos jeux.

Tout est fini !! La mort, mes douces téméraires, En fourvoyant vos pas,

À jeté sur mes jours des voiles funéraires Qu'on ne soulève pas !

Oui, tout est fini. Mes tendres colombes, Je quitte vos tombes

Sentant le besoin de mourir ; la mort Corrige le sort.

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O Mort! tes exploits donnent à ma lyre Le ton du délire,

Tant ils ont changé ma joie en regrets, Mes fleurs en cyprès !

Puissance inexorable, en creusant un abime Immense en mon chemin,

Voyais:tu donc en moi la troisième victime D'un seul coup de ta main ?

Pensais-tu mon Cœur, foujours gros de larmes, Contre toi sans armes ?

Pensais-tu mon cœur capable de choir Jusqu'au désespoir ?

Croyais-tu donc, enfin, m’enlever tout courage Et me voir du Léthé

Préférer l'onde trouble et le sombre rivag- À des jours sans gaité ?

Va, mieux vaut encor l'existence amère, —$Sans elles, sans mère,

Sans famiile, enfin,—souffrir tous les maux, Qu'un coup de ta faux.

Va, j'ai compris cela. Puis j'ai dit: le supplice Que je viens de souffrir,

C'est, Jésus, près du tien, l'ombre d’un sacrifice Que tu m'as fait t'offrir !

Seigneur, tu le sais, le sort qui m'afflige Donna le vertige

A mon faible cœur... Hélas! j'ai pleuré Et j'ai murmuré !

J'ai murmuré souvent et j'ai versé des larmes Sur mon double malheur ;

Sans songer qu’un chagrin, supporté sans alarmes, Au ciel a sa valeur.

Je me suis ému jusqu'au fond de l'âme ; Enfin je proclame

Que, venant du ciel, la peine est un don Gage de pardon.

Je dis cela, mon Dieu, ta bonté me l'inspire ; Je le dis tout confus.

Car, malgré moi, toujours et partout, je soupire : O je ne /es ai plus !!

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