‹ Mes vers [microforme]Chapitre 146 sur 155 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

C’est une sainte et piense pen sée de prier pour les morts, afin qu'ils puissent être délivrés de tous leurs péchés.

(Æïtrait des Saintes L'eritures.)

Le froid, depuis longtemps, nous fait clore üos portes, Le vallon est partout jonché de feuilles mortes Aux diverses couleurs ; Il n’a plus de feuillage ; il n’a plus de mystères, Plus d'ombre, de buissons, de bosquets solitaires, De gazons ni de fleurs !

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Les oiseaux sont partis ! [ls ont fui nos rivages,

Où leurs chants, confondus dans les clameurs sauvages Des terribles autans,

Ne devancçaient plus l'heure où l’aurore s’éveille,

Ne trouvaient plus d'échos, ne charmaient plus l'oreille Qu'à de rares instants.

Tout ce dont la nature, en été, nous enchante

Est flétri, saccagé ! tout gémit... rien ne chante Notre grande forêt, =

Où les vents furieux font rage, tout entière,

A l'aspect et le bruit d’un vaste cimetière Où les morts gémiraient !

Le ciel est gris, la terre est humide et rouillée, L'air est rempli de brume enfumée et mouillée, Pleine de désespoirs !

Borée, entrant en scène avec ses satellites, Commence à transformer la brume en stalactites Et les eaux en miroirs,

Il fait froid ! Le soleil, dont le disque se borne

À ne donner qu’un jour mélancolique et morne, À perdu ses rayons ;

On dirait qu'il combat les vapeurs et les ombres ;

Il perse, par moments, de grands nuages sombres Roulant en tourbillons.

Ce jour, où chacun tremble et de froid et de crainte :

Où chacun de nous pieure ou formule une plainte, Un regret, un remords " Ce jour, où la nature, enfin, n’a plus rien d'elle, C’est le jour où l'Eglise ordonne à tout fidèle De prier pour les morts.

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La foule passe. passe … et, S'empressant, s'écoule ; L'airain, depuis l'aurore, appelle cette foule De son chant douloureux … Et la foule s’en va. recueillie et discrète : Elle sait que les morts aiment qu'on les regrette Et qu'on pleure pour eux.

Allons où va la foule, —Un saint devoir l'appelle Sous les lambris en deuil d’une auguste chapelle. — Et tombons à genoux Au pied du Sanctuaire, où le prêtre commence Le renouvellement de l'accès de démence Dont Dieu fut pris pour nous.

Prions avec ferveur durant le saint office, Où Jésus veut encor s'offrir en sacrifice Pour nos frères défants.

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Prions : car la prière, encens expiatoire, Peut seule anéantir les feux du purgatoire Sous ses flots de parfums.

Prions. Abreuvons-uous à la source féconde

En bonheur ici-bas : l'Eglise nous seconde, Aujourd'hui le saint lieu

Porte au recüeillement plus que jamais peut-être ;

On y sent l'âme, aimante et recherchant son maitre, Se rapprocher de Dieu.

Le chœur chante : il entonne un chant de funérailles Qui fait lugubrement retentir les murailles De sons trainants et lourds!

L'orgue, qui lentement accompagne l’antienne, Semble caché sous terre en quelque crypte ancienne, Tant ses accords sont sourds !

L'autel a revétu ses ortiements funèbres ; Les fresques, les tableaux sont, au sein des ténèbres, Sous des voiles cachés.

Hélas! c'est qu'aujourd'hui l'Eglise, notre mère, Porte, frères défunts, dans sa douleur, amère, Le deuil de nos péchés !

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Suivons encor la foule. Allons, à son exemple,

Dans la cité des morts, donner un cours plus ample À nos amers regrets ;

La mort ne parle bien, à l'âme la plus sainte

Comme à l'âme sans foi, dans aucune autre enceinte Que celle des cyprès.

Ecoutons ce que dit le sépulere où repose Une mère,—héroine ayant apothéose Dans chaque âme de fils !— Ecoutons.… notre cœur est l'écho de la tombe : “ O pour ta mère, enfant, tombe plus souvent, tombe “ Au pied du Crucifix !”

“Tu ne sais plus prier Pour ton généreux père, “O0 jeune homme ! et tu tiens de Ini ton sort prospère, “ Tes honneurs, tes emplois ; ” Dit un autre tombeau : “tn n’as donc plus dans l’âme “ L'amour du saint devoir que l'Eglise réclame e ‘ Dans ses divines lois ? ”

“Je fus de ton bonheur antieuse et jalouse …” Entend l'ingrat époux, au tombeau d’une épouse

Manquant de soins pieux :

“ Et toi, maigré l'amour dont je fus pénétrée ? [ee] !

“ Tu n'as jamais, depuis qu'ici je suis entrée,

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