‹ Mes vers [microforme]Chapitre 51 sur 155 · UN HAUT FAIT DU SOMMEIL · texte numérisé non relu

UN HAUT FAIT DU SOMMEIL

(CONTE

Un voyageur fort las, presque perdant haleine, Se coucha sous un arbre et s'endormit sans peine. Pendant qu'il reposait, un autre voyageur, Comme lui fatigué, tout trempé de sueur,

Au même endroit s'arrête et lui tient ce langage : — Il est en cet endroit un célèbre ermitage, Connu dans le pays sous le non de Cadis,

Du nom du grand Nabab qui le bâtit jadis,

Pour y cacher son or et sa conduite infâme.

On dit que ce Seigneur y fit mourir sa femme, Na suivante, un ami, quatre de ses enfants;

Qu'il sv pendit lui-même, après quelques dix ans D'une vie employée aux plaisirs et aux crimes. Bref, depuis quelque temps, on dit que ses victimes Y gémissent, le jour; la nuit, trainent des fers, Comme autant de démons échappés des enfers.

Un ancien serviteur de ce château rapporte Qu'un homme qui pourrait s’en faire ouvrir la porte, Etant bien sur qu'il peut y passer une nuit Nans mourir effrayé d'entendre un si grand bruit, Deviendrait possesseur d’une immense richesse,

Par le fait seulement de sa grande prouesse.

À ce point du récit, le premier voyageur

Cherche des yeux partout son interlocuteur.

Il avait disparu, sans lui faire connaitre Le chemin du château! Mais prompt à reparaitre :

—Ce château, reprit-il, le voici sous vos yeux, Et si vous êtes brave, entrons-y tous les deux. Une seconde après, nos hommes sont à table, Dans le château maudit que, disait-on, le diable Avait pris pour demeure. Après un bon repas, Où les vins les plus fins ne leur manquèrent pas, Le premier voyageur s'endormit sur sa chaise. C'est le moins que peut faire ##... qui boit comme seize.

Ici son narrateur, reprenant de nouveau,

Lui dit: mon brave ami, c’est à toi ce château,

C’est à toi tous ces biens ; à toi seul je les donne ;

Car j'en suis bien le maitre. Hélas! cela t’étonne…

Oui ! je suis ce seigneur, ce fou qui s’est pendu !

Ce seigneur de Cadis, qu’une femme a perdu.

Je l'aimais.…. et pour elle, une épouse charmante,

Un ami, des enfants, une pauvre servante,

Périrent par ma main! Malgré tout mon amour

Pour ma belle maitresse, elle s'enfuit un jour.

Je restai seul ici. Le désespoir dans l’âme,

Je me donnai la mort en maudissant l’infàâme ! Aujourd’hui, j'ai besoin qu’un homme courageux,

Pour punir son mépris, me remplace en ces lieux.

Tu n'y seras troublé par aucuns bruits étranges ;

On y dort mieux qu'ailleurs ; mes victimes, des anges,

N'y viennent point gémir... sois ici maitre et rol.

Mais, l'ami, sur ton âme, avant tout, jure moi

D'assouvir ma vengeance …

Avant que le jour vienne, Descendons au jardin ; il faut que je t'apprenne Où je cachais mon or...Tiens, dit le revenant,

C’est ici, sous ce tertre..….au revoir maintenant. Ce fut son dernier mot. Il disparut dans l'ombre De la nuit la plus noire et des arbres sans nombre. Notre homme, resté seul, se dit : Je vais marquer Le place du trésor qu’on vient de m'indiquer ; J'y reviendrai demain.

À ce moment notre homme

Se réveille et se lève. Ayant fait un bon somme, Il se sent tout dispos. Mais, dès qu'il veut marcher, Un obstacle imprévu semble l'en empêcher.

Il s'aperçoit alors qu’il a fait un long rêve.

Bref, se félicitant d’être près d’une grève, Vers elle sans tarder dirigeant son essor, I] laisse dans ses flots la marque du trésor.

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