‹ Mes vers [microforme]Chapitre 83 sur 155 · LE CHANT · texte numérisé non relu

LE CHANT

Le chant, c'est le baume de l’âme :

Dit l'exergue du chansonnier ;

Ce baume, on ne peut le nier,

De nos jours, n’est plus un dictame.

Rarement on chante au salon,

On chante encor moins sous le chaume :

On néglige le plus doux baume

Que nous ait transmis Apollon.

Dans maints salons, où l’on s'amuse, Est-il besoin d'entrer souvent,

Pour dire comme est décevant

Le plaisir qui bannit la muse ?

On y fait des jeux—Quel effort !—- Ou, recourant à l’avanie,

On médit, même on calomnie,

On perd au jeu puis...on boit fort !

Que ne chante-t-on plus demande Le dieu protecteur du foyer—

Car chanter, c'est presque prier,

Par l’un et l’autre l’on s'amende.…

Épouse, vous avez raison :

Des réunions de familles,

Dans nos salons, sous les charmilles, Pourquoi bannit-on la chanson ?

Nos mères chantaient à l'ouvrage,

Nos pères chantaient dans les champs :

Tout le long du jour, par des chants, Chacun égayait son courage.

Nos pères, défendant leurs crüs, Chantaient des airs patriotiques ;

Nos mères chantaient des cantiques

Et les enfants faisaient chorus.

Mais, de nos jours, la fantaisie De ne chanter qu’un seul couplet Est de mode, tant on se plait

À se donner de la phthisie…

Et pour un accompagnement Faut-il une musique immense … On fait d’un couplet de romance Un cri dans un bombardement

Les poètes chantent encore ;

Mais leurs écrits sont bien peu lus.

De là vient qu'on ne chante plus, De là le mal que je déplore!

Aujourd'hui n’est-on plus français, Que l’on dédaigne l’ambroisie !

On ne lit plus la poésie,

Le roman seul a des succès !

Lisons les poëetes ;: ils donnent

Pour nous naissance au chant. Témoins Que lorsqu'on chante on faiblit moins, Partout et sur tout ils fredonnent.

Chantons, nous disent-ils tout bas, Chantons nos espoirs et nos peines ; Chantons libres, chargés de chaines,

A l'ouvrage comme aux ébats…

Car le chani, ce baume de l'âme,

Qui rend des noirs chagrins vainqueur, C’est l’apanage d’un bon cœur...

Bref, c’est celui d’un cœur de femme !

Chante, ton accent triomphant, Femme, de l’homme est la chimère ;

I porte la voix d’une mère

Au souvenir du grand enfant.

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