LE CHANT
Le chant, c'est le baume de l’âme :
Dit l'exergue du chansonnier ;
Ce baume, on ne peut le nier,
De nos jours, n’est plus un dictame.
Rarement on chante au salon,
On chante encor moins sous le chaume :
On néglige le plus doux baume
Que nous ait transmis Apollon.
Dans maints salons, où l’on s'amuse, Est-il besoin d'entrer souvent,
Pour dire comme est décevant
Le plaisir qui bannit la muse ?
On y fait des jeux—Quel effort !—- Ou, recourant à l’avanie,
On médit, même on calomnie,
On perd au jeu puis...on boit fort !
Que ne chante-t-on plus demande Le dieu protecteur du foyer—
Car chanter, c'est presque prier,
Par l’un et l’autre l’on s'amende.…
Épouse, vous avez raison :
Des réunions de familles,
Dans nos salons, sous les charmilles, Pourquoi bannit-on la chanson ?
Nos mères chantaient à l'ouvrage,
Nos pères chantaient dans les champs :
Tout le long du jour, par des chants, Chacun égayait son courage.
Nos pères, défendant leurs crüs, Chantaient des airs patriotiques ;
Nos mères chantaient des cantiques
Et les enfants faisaient chorus.
Mais, de nos jours, la fantaisie De ne chanter qu’un seul couplet Est de mode, tant on se plait
À se donner de la phthisie…
Et pour un accompagnement Faut-il une musique immense … On fait d’un couplet de romance Un cri dans un bombardement
Les poètes chantent encore ;
Mais leurs écrits sont bien peu lus.
De là vient qu'on ne chante plus, De là le mal que je déplore!
Aujourd'hui n’est-on plus français, Que l’on dédaigne l’ambroisie !
On ne lit plus la poésie,
Le roman seul a des succès !
Lisons les poëetes ;: ils donnent
Pour nous naissance au chant. Témoins Que lorsqu'on chante on faiblit moins, Partout et sur tout ils fredonnent.
Chantons, nous disent-ils tout bas, Chantons nos espoirs et nos peines ; Chantons libres, chargés de chaines,
A l'ouvrage comme aux ébats…
Car le chani, ce baume de l'âme,
Qui rend des noirs chagrins vainqueur, C’est l’apanage d’un bon cœur...
Bref, c’est celui d’un cœur de femme !
Chante, ton accent triomphant, Femme, de l’homme est la chimère ;
I porte la voix d’une mère
Au souvenir du grand enfant.