‹ Mes voyages en AmériqueChapitre 2 sur 10 · SUR LA MARINE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

SUR LA MARINE AMÉRICAINE

— On rîmagine aisément.

— Je passe sur les détails pour arriver au dénoûment du.drame.

Après un engagement de quarantercinq minutes, le capitaine Dacrés, de la frégate anglaise la Guerrière^ fit baisser son pavillon.

. Ce fut un moment de joie ineffable. Nos blessés, oubliant leurs douleurs, se redressaient sur eux-mêmes pour saluer de leurs acclamations l'Amérique victorieuse.

Vous le voyez, continua Pofficier, la victoire remportée par nos marins fut aussi prompte et aussi complète que possible.

Tel était le triste état de la frégate anglaise, qu'on fut obligé de la couler bas. Il aurait été impossible de la conduire au port.

Quant à la Constitution^ elle n'avait souffert que fort peu, et se trouva prête, immédiatement après ce combat, pour de nouveaux engagements.

— C'était un beau début. Et quel fut le résultat de la campagne tout entière ?

— Le voici : dans deux occasions seule-

ment le pavillon des Etats-Unis fut ctbattu p^r y ne forçQ à.pfu près égale, Nçuf de nos vaisseaux qui fqrçnt. pris par l^s An-»

glftis ne m rendirent qu'à des vaisseaux de ligne ou à de^ escadres', tandis que dans quatorze occasions notre pavillon triompha de forces supérieures. Après les combat»

de vaisseau è vaisseau vinrent les engagements d'escadre à escadre. Les brillantes victoires de Perry 3ur le lac Éric et de Macdonough sur le laç Champlain prouvèrent d'une façon définitive la supériorité de nos marins sur nos ennemis. Noua nous emparâmes dans ces batailles navales de tous les vaisseaux anglais qui prirent part à la lutte, bien que nos forces fussent trè3«^inférieure8 aux leurs,

Nos triomphes si souvent répétés eurent pour effet d'obliger ramirauté et le parler ment de la Grande-Bretagne à créer, pour nous combattre, une nouvelle classe de vaisseaux. On voit qu'il y a loin de ce résultat à la méprisante appréciation de lord Brougham au parlement.

^V^ LA MAÇINE AMERICAINE 79

=r^ Votre organisation maritime présentaitreUe de notables différences ftveç c^Ue des Anglais ?

— Non. Dans ce temps, et plusi t^rd encore, tpus les vaisseaux au service des États- Uniçi qui portaient plus dç vingt canons étaient commandés par de§ capitaines; ceux qui portaient jusqu'à dix'-huit pièces d'artillerie étaient commandés p^r des maî^ très ou par des lieutenant^, selon la grandeur du navire et selon les' règlenient§ éta^ blis par le président de la république. Le3 vaisseaux de ligne avaient un équipage de 666 honunes, les frégates en avaient yn de 43o hommes; celui des bric£s de prçniière classe était de 1 84 hommes.

— Quel était, demandai- je encpr^ à mpn ■ interlocuteur, la part des marins américains sur les prises ?

— Si le vaisseau pris était de fprçe égale ou supérieure au vaisseau qui s'en était emparé, la prise tout entière appartenait aux marins victorieux; dans Ip cas contraire, ç'estr-à»4ire si le vaisseau pris était mpin^

fort.quele vaisseau qui s'en était emparé, une moitié seulement de la prise appartenait aux marins. L'autre moitié revenait à la république.

Depuis le jour pourtant encore peu éloigné où j'eus cette.conversation avec le jeune officier de la marine américaine^ il s'est passé dans le Nouveau Monde des événements qui ont transformé radicalement les conditions de la marine de guerre de tous les pays. C'est avec des navires bardés de fer comme nos anciens preux et des boulets de cent que les hommes, obéissant aux lois du progrès, se détruisent sur mer aujourd'hui. A mesure que les cuirasses ont offert plus de résistance, on a augmenté la force des projectiles, et rien ne résiste au canon tout récemment inventé par M. James Mackay, le chef-d'œuvre du genre.

Ah ! le charmant bijou !

C'est d'après un principe nouveau que cet engin de guerre véritablement exterminateur a été construit. De tout temps on

Page 1