CHOIX I) UNE SALLE DE CONCERT
interprète mirent très-heureusement un terme à mon supplice apothéosiaque. Je pus enfin me dérober à la vue du public.
J'ai dit plus, haut que les speech dans les concerts, en Amérique, sont une physionomie du caractère national ; j'ai, en effet, entendu beaucoup de discours à propos de beaucoup de cavatines et de fantaisies brillantes. Il en est deux, entre tous, qui méritaient d'être recueillis et qui Tont été.
C'était au bénéfice d'un pianiste habile, qui, de plus, est un compositeur de beaucoup de talent. Après la première partie, un monsieur en habit noir se présente tenant le bénéficiaire par la main. Il fait signe au public, qui s'agite sur les banquettes, qu'il veut parler. Le silence s'établit, et, après les saluts d'usage,. l'orateur s'exprime à peu près en ces termes :
« Mesdames et messieurs » (la galanterie américaine veut qu'on nomme les femmes avant les hommes quand on s'adresse au public, et que les noms des femmes soient inscrits avant ceux des hommes sur
lés pfdgtàittiilès et Sur les affiches)^ « ce ti^est pas i3ârce que je §uis avocat et pour profiter avec adresse de tous les moyens qui înê sont offerts de Mbntt-êr au public la facilité de ttla parole, là force de mon ârgumehtation et le charme de ma diction, (\\iQ je prends aujourd'hui la parole devant Ufl auditoire nombreuse et bien disposé; ftôn, Messieurs : j'ai, Dîeu merci! autant . dé clients que je puis th désirer, et je nVi quê Tembarrâs du choi?c sur tbus les procès qui me sont offerts au erimlnel comttie âU tivii. Môri office ne désemplit pas de rtiaris trornpés qui dernànâêtit le divôfcé, de femmes trompeuses qUi vièhhêht en appeler, dé dupés et de fripons ; c'est un beau doUp d'œil. Si donc je prends là parole à cette iiéure devant vous, c'est uniquement pour obéir au sentiment qui m'anime, et pour, VOUS faire partager l'enthousiasmé qu "'excité eii moi de grand Compositeur que je tiens par la mâîn. (Applaudissements.) Que de moments heureux et salutaires he m'avez-vous pas fait passer^ ô grand
CHOIX d'une salle de concert y5
homme ! après les longs débats à la cour.
Oh ! la musique ! oh ! mon ami ! oh ! la procédure, si vous n'existiez pas, il faudrait vous inventer pour là gloire et lé bonheur de Thunlanité. » (Applaudissements prolongés.)
C'est au milieu du bruit confus des bravos du publié et dé l'ofchestre que le bénéficiaire ptend à son tôUr la pafolê î
« Mesdames et messieurs,
« Qu'il me soit permis de retourner à mon ami, le grand orateur ici présent (l'avocat s'incline), quelques-uns des compliments trop flatteurs qu'il lui a plu de donner à mon faible mérite. Que vous diraije, messieurs? J'aime les avocats; et, après le piano, la clarinette, le cornet à piston et le bugle, l'instrument le plus doux à mon oreille aussi bien qu'à mon cœur, c'est la voix d'un avocat dilettante mêlée aux suffrages du public. »
Ce derrtlef spèé^h eât ôeeueillî pftr des
applaudissements unanimes, et chacun trouve fort naturel que ces messieurs se débitent ainsi en public des compliments sur leur talent respectif d'avocat et de musicien, à la face Tun de l'autre, et pour varier les plaisirs de la séance.
Rien, speech à part, ne ressemble à un concert comme un concert. Aussi fèraije grâce au lecteur de l'histoire des six ou huit soirées musicales que je donnai à New-York avant de me rendre à Philadelphie.
Toutefois, avant de quitter la cité impériale, il me faut raconter l'entrevue que j'eus avec un homme inconnu alors, et devenu célèbre comme directeur de théâtre et entrepreneur de concerts. Je veux parler de M. Ulmann, qui voyage en ce moment en Europe avec mademoiselle Carlotta Patti, une des sœurs mélodieuses de la très-mélodieuse Adelina, notre diva du Théâtre-Italien.
M. Ulmann était alors un tout jeune homme qui courait après la fortune comme