CHOIX D UNE SALLE DE CONCER T
tout le monde en Amérique, et plus que partout ailleurs, certainement.
— Que savez- vous faire? demandai-je au jeune Ulmann, qui m^avait été chaudement recommandé.
— Rien, me répondit franchement le futur imprésario; mais, par cela même que je ne sais rien faire, je suis apte à tout faire. Essayez-moi. Je m'occuperai de Taffichage des concerts, je ferai imprimer vos programmes, je veillerai à ce que tout soit en ordre dans la salle où vous devrez donner concert, j'irai vous rappeler au bienveillant souvenir des rédacteurs de journaux. Le journal est le nerf du succès artistique comme l'argent est le nerf de la guerre. Si vous le voulez bien, je vous donnerai mon avis sur quelques mesures que je crois utile de prendre, car il ne suffit pas toujours d'avoir du talent pour réussir ; enfin j'agirai dans vos intérêts, qui devront être les miens, en faisant ce quô vous ne pouvez pas faire vous-même et que pourtant il serait urgent de faire.
Il y avait chéis le jêUne^homnlé qui me parlait ainsi tftifit dlntèlligêftCe dans U fégàfd et tant dé coîivietiôfi^ que je n'hé- Sitâî pâS à Têâsâye^ ^ Comme il me Tâvâit demandé.
L^âppfeiiti devint biemôt un maîtfê, et j'âUfâi plus d*une fois rdecâslôil, dafiè le eoUfâttt de ce rédt, de fendre hommage â l'hâbtteté, â k vive imâgîftûtiôn et au tàet de cet enti^eprèneur*
Quelques jouta lui sUÔifefit poixt Se lier âvee les prineipaux rédaeteufs de jour^ Mut : il allait les voir et ne laissait pa^ refroidir leur ^2!èlê â mon égard. Il sa* Vâit profiter des moîudreâ eircoustanees pour fixer rattention publique sur l'artiste , qu41 comparait poétiquemêht à un brillant météore que tout le monde doit admirer pendant son trop, court passage. De tout 11 tirait. bon parti, et, dans ses heureuses mains ^ le cuivre et mime les billets de banque faux devenaient or. •
Un soir, en effet, en encaissant la re-^
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cette de moi\ troisième ou qucttrième concert, Ulmann constata qu'il s'était glissé trois cents dollars en billeta faux.
Il prit les trois cents dollars, les jeta au feu et courut aux journaux rédiger une note dans laquelle il était dit que, pour éviter le renouvellement d'un semblable scandale , il serait établi dorénavant deux bureaux de location pendant le jour. On s'indigna de la mauvaise foi dont j'avais été victime, et la petite note d'Ulmann, avec les deux bureaux de location, eut pour effet de stimuler la curiosité publique et' d'entretenir l'ardeur des dilettanti.
Dans ce temps-là, le plus illustre des entrepreneurs de plaisirs publics,. Bar" num, qui avait déjà fait un peu sa fortune en montrant, comme la nourrice de Washington , une vieille négresse esclave aux trois quarts folle, rêvait pour sa bourse et pour sa considération des destinées meilleures. Il vint me voir à mon hôtel.
— Connaissez-vous Jenoy Lind ? me demanda-t-il.
— De réputation, oui, lui répondis-je, mais je ne l'ai jamais entendue.
— Mon intention, reprit Barnum, est de la faire venir en Amérique, où elle ne peut manquer de produire un immense effet.
— Je le crois, car elle joint à une voix admirable un véritable talent d'artiste.
— Il a autre chose. Je compte la faire passer pour un ange descendu des deux, et la présenter comme le symbole pur et radieux de la jeune Amérique.
— Et vous croyez que vous parviendrez à faire croire que cette exellente cantatrice a pris des leçons dans un conservatoire céleste ?
— On ne le croira pas d'abord, mais je le dirai et je le ferai répéter partout tant de fois, et si bien, qu'on finira par le croire.
— Vous m'étonnez.
^- Quoi qu'il en soit, je viens vous proposer une association avec Jenny Lind.
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— Est-ce que vous me feriez aussi passer pour un chérubin ? ' .-•; •'
— Non, me dit-il, j'aurai assez d^tthange dans ma troupe. Acceptez -vous?
— Je refuse.
— Monsieur Herz, vous avez tort, fit Barnum d'un air sentencieux.
— Monsieur Herz, vous avez tort, répéta du même air Ulmann. *
— Soit, messieurs, repris-je; mais je préfère avoir tort en n'acceptant pas que d'avoir raison en acceptant.
Je l'ai dit plus haut, je voulais être entièrement libre de moi-même, et c'est toujours une sorte d'esclavage qu'un engagement.
Puisque le nom de Barnum est tombé sous ma plume, un mot encore sur ce personnage curieux.
Cet homme étrange, qui a gagné plu-, sieurs millions en montrant la vieille négresse dont nous venons de parler; en faisant passer Jenny Lind pour un être surnaturel ; en exhibant dans son musée
m -.iH^fr VOYAGER f:N AMÉI^î(^yp
^WWrè'Re empaillé? qu'il disait venir des îlé^.'Sejée ; en promenant le géRer^l TOPI .jyuce sur les ^eux continents; en prêchait la teippér^necj gt ep Iquant ses in^sons à des marchands de vin gt de liqueur, Qarpum çjevait écrire §es nriçi^pires. Barnum a donc puhUê sa propre hi§tpirg, qui n'a pas été uue 4es plus mjiuv^ise^ spéculations de ce gran^ spéculateur:
Dans ce livris^ curieux ^ plus ^'u^^ titre, ce faiseur d'^rg^nt a laissé en dix commandements Tgrt de faire fortune ei^ Aipérique.