‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 30 sur 74 · LES SUITES D'UNE SAINT-CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

LES SUITES D'UNE SAINT-CHARLEMAGNE

C'est à vous, 6 Madame..., qui fûtes jadis ma

tarrespandanie,B,n temps du collège (cela ne date pas

dliier), quej 'adresse ces lignes, totalement dépouiHées

de la gravité mélancolique qui siérait si bien à nos âges.

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A nos âges, je répète. — Cela n'est guère poli^ je le sais. Mais il &at enfin que je me renge, d'une façon ou d'une autre, 6 ma correspondante I — Ah I pourquoi vous montrfttes-vous si oruelle autrefois pour un pauvre petit garçon, emprisonné dans une tunique bleu-de-roi, et qui jusqu'alors n'avait jamais eu d'autre tort envers vous que de porter des cols démesurés, et d'émettre en vôtre-honneur de nombreux soupirs comparables, par leur violence et leur périodicité, au mistralàe la Provence t

Je vous aimais, ô ma correspondante, épouse résignée d'un mari atrabilaire, blanchi sous des harnais divers, et que l'inclémence de la goutte poussait fréquenmient à l'oubli des plus simples devoirs.

Je vous aimais, et, comme dit Toppfer : c Ceux qui croient qu'un amour d'écolier, pour être sans espoir et tans but, n'est pas vif et dévoué, ceux-là se trompent. i> Oui, je vous adorais I Le visage charmant de l'honnête jeune femme d'un époux viQux a de ces pâleurs et de ces mélancolies révélatrices qui vous prennent au cœur. Le veuvage d'une ftme ne peut se cacher. Et, chaque dimanche, passant des exercices du bahut aux problèmes de la vie, observateur naissant, je traduisais, mot à mot, votre tristesse, cette version féminine. Et puis, je faisais des vers. Oui I des vers I j'avais un pied dans le crime, comme vous rojez I

Je fiiisais des vers, des longs et des courts,

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6 ma correspondante! et qui rimaient an petit bonheur I

Et la preuve, chère madame^ c'est qne Tannée où... (mais n'anticipons pas sur les événements), c'est qne, dis-je, l'année qni me fit de vons nne ennemie, je fhs choisi par le provisenr pour composer nn disoonrs rimé an banquet de la Saint-Charlemagne*

La Saint-Charlemagne I — < Ah I nous y voilà donc t > comme s'écrient, à des siëdes d'intervallei Bamlet et Prank^ de la Coupe et les Lèvres»

Om, nons y voilà. Je fis des vers exqnis pour cette solennité. Parmi ces vers, il s'en trouve nn si beau, à expressif, si imagé, qne je ne pnis résister à l'ar^ dent désir de le répéter ici.

n s'agissait d'nn haricot, sujet classique, n'estce pas... Et pour le peindre dignement je m'écriais i

Ce légume charmant, oà s'emprisonne Éolel

Le trait est parfait 1 — ah I ne rougissez point, 6 ma correspondante. Tiens I c'est un autre vers. Tant pis !

Ma pièce de vers eut un supcès fou. Le proviseur, essuyant les restes de dinde qui erraient sur ses lèvres glahres, déclara que je ne partirais pas sans Tembrasser. C'était à peu près la situation d'EsTHEB:

De mes faiUes attraits le roi pamt touché. RAcmB.

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J*obéîs. Je me rendis en chancelant près de f5oti| fanteoil. J'étais iyre-mort d'orgueil et de champagne« Je subis l'accolade. Ah !

Enfin^ on nous lâcha. Un peu dégrisé, quelques heures après mon triomphe, je vins chez vous, madame.

Votre mari était allé entendre le concert dans le Parc. Vous étiez seule. Tenez, je pourrais encore vous décrire exactement la disposition des feuteuîls et des chaises dérangés par une récente visite, dans votre salon, ce jour-là.

Mais rassurez-vous, madame, et vous, lecteurs, je n'exécuterai point cette menace.

0 ma correspondante ! au coin de votre feu qui s'éteignait et fumait piteusement, sur une causeuse, vous vous teniez, la robe un peu levée au nez des chenets, et me tournant à peu près le dos (je regardais dans im stéréoscope depuis vingt minutes, en vous lorgnant du coin de l'œil néanmoins), vous rêviez, une main sur vos beaux yeux.

Nul autre bruit dans le salon que le battement de la pendule et les coups de bec aux barreaux de leur joKe cage de vos deux ihséparables.

J'avais les nerfs très-émus, madame, très-émus, et laissant tout à fait de côté les vues photographiées qui ont toutes Taîr d'être prises en temps de neige, je me mis à vous contempler silencieusement. Vous ne vous en doutiez guère, ô ma correspondante.

Vm^ aviez, cette après-diner-là, madame, une robe nwntante, grise et luisante, couleur acier en un mot ; une Traie cuirasse, heureusement souple, et rappelant,

!par le galbe, Tarmure de Jeanne d'Arc. Le chaste Wiem^it de Totre cœur la fidsait onduler gracieusement* Hais moi je regardais plutôt... (dame, jadis)... h ligne infiniment adorable qui descendait de votre craDe délicate à votre menton exquis. Un profil perdu, divin^ comme presque tous les profils perdus de femme. Sur votre cou plein et blanc, de p^ts cheveux châtains formaient de folles bou- ^ où la lumière joyeuse passait en j laissant de * gaîté.

0 ma correspondante, je vous dévorais ainsi des jeux bien innocemment, je vous le jure.

Tout à coup, au bord du petit doigt de la mam qui Toîhit vos admirables prunelles — oh t les troublantes pnmelles ! — je vis comme des perles de cristal se for^ iDer. Yoiis pleuriez, madame, et bien amèrement, ans bruit, comme toutes les véritables douleurs, et e étaient vos chères larmes qui, de votre petit doigt o& elles tremblaient, traversées d'un rayon, tombaient bitement sur votre robe ; et votre robe les buvait immédiatement, complice jalouse ; elle semblait sentir que votre désespoir était ignoré de tous^ et que les traces en devaient être efiacées sur l'heure.

Msos j'étais là, moi, grand benêt de collégien aux longs cheveux coupés à la quatre six deux^ avec

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mon col taillé par la main de Yarbitraire (voir le« joumaux politiques)^ et chacmi de yob plenrs tombait sur mon cœnr comme mie goutte de plomb fondu. Oh I que j'ai sou£[ert I

J'eus Taudace — et cela valait le passage da Ru* bicon, allez^ ô ma correspondante — de venir, sans qu'aucun bruit vous avertit de mon changement do place, m'asseoir à côté de vous, sur la causeuse. Et, les larmes aux yeux moi-même, par sympathie, fou de votre chagrin, je me penchai sur votre autre main étalée, et comme abandonnée — pauvre petite — sur votre robe, et je l'embrassai vigoureusement.

— Pan I — Comme je me relevais, disant de ma voix la plus attendrie : — Ohl que vous étesmalheureuse^ madame 1 vous me flanquâtes, ô ma correspondante, un vigoureux soufflet en pleine figure qui me fit voir trente-six mille étoiles en plein midi, ce que je ne croyais permis qu'à M. Le Verrier jusqu'alors*

Et vous sonnâtes votre domestique I

Ah t madame I — ^ (pardonnez*moi le fréquent emploi que je fais du prétérii) — en quittant la causeuse, avec un mouvement très-digne. Je no vous en voulais pas de la claque, croyez-le bien, mais j'étais profondément blessé de votre méprise ridicule.

Ainsi, pendant que devant vous, ange exilé sur la terre, à qui je croyais au cœur les regrets du ciel,

jt* m'agenotiillaisrespectoeiisementy vous, vous n*éiiez qn'ime simple mortelle et votre première pensée fut one pensée bmnaine I Vous eûtes penr...

Oh I je n'anraîs pas € coapë les cordons de son*i2€tte , » ô ma correspondante I... et c'était £siire beanconp trop dlionnenr à on collégien que de !Qppoaer...

Laissons tout cela, madame.

En sortant de votre maison ce jonMà, pour n'y Jamais revenir ; ce qni étonna énormément votre mari ! — et ma £sunille, j'allai dîner dans mi restaurant, le cœnr bien gros, et regrettant une seule ehose : vous avoir crue si longtemps une dme^ tandis qne vous n'étiez que simple ehaify à ma correspondante.

Enfimt que j'étais 1 1

P. S* — Je fids encore des vers, madame, ils riment trèsrridiementé

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