‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 33 sur 74 · UN CERTAIN SOIR · texte numérisé non relu

UN CERTAIN SOIR

Ce soir-là, un bouquet de chrysanthèmes, cueilli la veille, se desséchait sur la cheminée, dans un vase gagné à une fête quelconque.

Ce soir-là, le feu brûlait cooune il voulait ; plus de pincettes empressées, c'était à qui des charbons pâlots dégringolerait le plus vite.

Ce soir-là, la lampe filait bien certainement.

Ce soir-là| une victime sauvée du fleuve Jaune pa-

rîaeDj un petit chien adopté antrefois, allait pleurant Bt Ssdmnt par tonte la chambre.

Ce soir-là, la chambre n'était pas rangée, le lit était Ubii, et les convertores^ dans nn très -pittoresque i^rdre, causaient ayecle tapis.

Ce soir-là, les deux oreillers, éloignés Tmi de l'antre, » regardaient liîomme denx époux de vingt-cinfifane année, et encore...

Ce soir-là, la pipe était au râtelier et s'incli- ■ait avec mélancolie : les allumettes avaient perbleur singulière habitude de traîner sur tous les heobles.

Ce soir-là, le cahier de papier à cigarettes gî- Kt éventré sur la table, son caoutchouc pendait «rec désespoir.

Ce soir-là,* lemarylandet le caporal goûtaient dans fers pots d'argile le calme de la régie natale.

Ce soir-là, enfin, on avait les mains dans les poches t étendu dans son &uteuil, on tâchait de ne penser à rien, tout en lorgnant du coin de l'œil une petite IJK>tographie appendue au mur.

C'est que ce soir-là on était triste, triste jusqu'à la Biort, et l'on voulait aller sur les montagnes pleurer eonime la fille de Jephté.

Âhl c'est que ce soir-là avait eu un vilain matin I

C'est que ce matin-là on s'était fâohé pour m bêtise.

£//(?avaitclit: — Si!

On avait dit z — Non I

Elle avait accentué un second : — Sîl

Et Ton avait répondu par : — Va te promener i ' Alors gentille Annette n'avait pas vonla « su] porter une vie. pareille. > On la rendait trop^ trQ malheureuse...

Et gentille Annette était partie.

Et on lui avait souhaité — un bon voyage !

Et Ton était resté seul.

Voilà pourquoi Ton ne fumait pas, pourquoi le (e brûlait à sa &ntaisie, pourquoi la lampe filait, pou] quoi le petit chien cherchait quelqu'un, poorquc le lit n'était pas fidt^ pourquoi les chrysanthème avaient soif.

Et l'on s'^était écrié : — Oh 1 les femmes, le femmes I

Puis l'on s'était mis à raisonner : — « Va t promener, est-ce bien gentil ? — là, franchement... ^

Et comme on était seul, on s'était trouvé stupide.

Mais... on avait réfléchi à la rapidité de oette rup ture, et l'on avait trouvé :

1^ Qu'un départ aussi prompt ;

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? Qu'une sortie aussi résolue ; 3* Que des jeux aussi secs ; 4*QQe... etc., etc.., étaient choses lonches, et p0 tout cela méritait un grand point d'interroga-

Et ron se rappelait, tout en se reprochant ses wotes affreux, les aventures d'Horace, de Lydie et de Calais, ce qui amenait à la confection de ce p3tRÛn classique :

Idéal, Idéal, la oire de tes ailes S*est fondne au soleil de la Réalité : 0 mes rêves dleare, illtisions trop belles , Tombes à TÉridan qu'on nomme Vérité.

Que l'on brûlait séance tenante.

Ptds Ton se replongeait dans le marasme, et Ton * souvenait qu'un soir, devant Crétaine, elle avait •cceplé un pain chaud trempé dans plusieurs ver- ^de lait^ et qu^au moyen de ce repas àrcadien ^^t devenu les meilleurs amis du monde. Cujas et Barthole avaient bien dit : Tu quoque I Mais on avait ri comme un glbbeux. ' Cuisants souvenirs I — On était seul, bien seul, paz ^&ute, sa très^grande &nte«

St Ton avait crié comme un fou, avec un acceiit ''^âespéré : — Annette, ma mie Annette, gentille ^tte, où étes-vous ? que faited-vous P

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C'est alors^ mais alors seulement, qu'on avait tendu frapper trois petits coups à la porte.

Et le dialogue suivant s'est établi :

Voix irritée. — Entrez I

Voix incroyablement douce. — C'est moi...

Voix rude. — C'est vous ?

Voix céleste. — J'ai oublié mes peignes à Ix deaux.

Voix qui désire conserver son autonomie. — Vc avez été bien longtemps à vous apercevoir de < oubli... inqualifiable...

Voix malicieuse et repentante. — C'est que... j été me promener...

Voix touchée au cœur. — Où ?

Voix qui échappe à la définition. — Devo Crétaine.

(7ct, de bien agréables onomatopée

— Tu as dû avoir bien froid, pauvre petite ?

— Je ne* sais pas... je n'ai pas pensé à ça... -^ Viens donc te chaufier.

— Veux-tu m'embrasser, dis ?

(/ci\ les vieux messieurs sont invités à se moucha

— Moïse, Moïse ! venez dire bonsoir à cette vilaine maîtresse...

— A-t-il mange, hein ?

— Je ne sais pas... je n'ai pas pensé à ça... [Voir plus haut.)

Ce soir-là, le feu fat ramené dans le droit chemin, la lampe remontée, le chien alla dormir sor son coussin, le tabac envoya an plafond ses spirales intermittentes et les oreillers se rapprochèrent pour causer da livre de M. Stendhal.

Le bouquet seul se &na.

Hélas I c'est que toujours quelqu'un pfttit de ces sortes de réconciliations, si sincèrement qu'elles soient faites.

Et après la bataille, malgré < les soins éclairés i de l'habile chirurgien Cupido, ce Larrej des âmes, il reste au cœur guéri, toujours prête à se rouvrir, ime ineffiiçable cicatrice.

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