L'ARGENT FAIT LE BONHEUR
Floribel est un grand sculpteur, et Lucien***, son ami, est un grand poëte ; chacun sait cela.
L'année dernière, par un beau soir de février, Floribel, le grand sculpteur, offrit un rtwut étonnant à ses nombreux amis, en ses ateliers de la rue de l'Ouest. (Au fond de la cour, crier trois fois: c o'xst us PETIT Bnnoul 3> onvotis ouvrira.)
Le souvenir de cette soirée est resté gravé dans toutes les mémoires qui se respectent un peu. Il j eut de tout, chez Floribel, le grand sculpteur. On eut même de quoi s'asseoir.
Vers minuit, Lucien***, le grand poëte, récita quelques vers d'une richesse de rime inouïe jusqu'alors. Plusieurs dames de la plus haute distinction assistèrent aux jeux, rafraîchissements et exercices lyriques accordés aux hôtes de Floribel, le grand
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sculpteur. Elles daignèrent donner à plnidears reprises le signal des applaudissements.
L'une d'elles, Bva Morbihan, venne da côté droit de la Seine, malgré les instances d'tm homme d'âge ^ la comblait d'attentions et de palissandre parfinnë, félicita tout particulièrement Lucien***, h grand poëte, et lui donna gentiment le glorieux baiser que reçut Alain Chartier des lèvres d'une reine.
Eya Morbihan n'était pas une rrine. Mais son cœur comprenait la poésie, y compris ceDe de la € femme à barbe. »
A deux heures du matin, hélas I sa voiture vint la piendre* L'homme d'âge mûr l'attendait en bas, réréla le domestique, en demandant : < Madame Era Korbihan de Trépignadec ? »
Triste, après avoir serré la main de Lucien***, le grand poëte, navré jusqu'à l'âme, Eva Morbihan qoitta l'atelier de Floribel, le grand sculpteur.
Après le départ delà charmante enfant, les danses, rafraîchissements et exercices lyriques se prolongèrent jusqu'à une heure très-avancée de la matinée.
Le lendemain, sur la rive droite du fleuve, l'homme d'âge eut beau Êdre, il ne parvint pas à dérider la blonde Eva Morbihan. Eva Morbihan, non-seulement ne se dérida pas, mais encore refusa toute nourriture. L^homme d'âge, désespéré, courut au Palais-
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Boyal acheter quelques brimborions à la mode p< la distraire.
Quand il reyint, son domestique raccueillit par mots qui n'ont pas besoin de commentaires :
— Madame Era Morbihan de Trépignadec partie en fiacre^ il 7 a cinq ou six minutes.
L'homme d'âge^ ému, se retira dans ses appar ments.
Pendant qu'il se livre à son désespoir, la tête da ses mains, et qu'il s'arrache de temps en temps faux cheven, transportons-nous dans la chambre à p près garnie de M. Lucien***, le grand poëte.
On 7 rit beaucoup, chez M. Lucien***, le gnu poëte.
Mademoiselle Eva Morbihan, qui vient d'arrivc comblantdestupé&ctionle grand poëte, retourderH< licon, est en train d'ôter son pardessus et son chapea
— - Ne dis rien I pas de question I s'écrie Eva, roi gissant comme une fiancée. C'est moL Je t'aiin Voilà tout. Et j'ai bien fiûm, maintenant.
— Maintenant?
— Oui, ce matin j'avais le cœur trop gros.
— Eh bien, partagoons-le.
— Comme tu voudras. Tiens.
— Demain, — reprit — Lucien***, le grand poët^ demain, ma divine petite, nous irons à la campn jrn< Bendons à la nature ce qui appartient à la ;iatun
Pas de fiafoOles aux arbres. Mais de Fairl de grands harizons I la solitude ! le ciel I un oiseau par ci^ par là, 'et... ane omelette an lard^ également par ci^ par là.
— Bravo ! — Laisse-moi descendre un instant; je Tais m'acheter de grosses bottines, mon Lucien.
Ah I la journée à Meudon fut exquise l
H y avait bien xm peu de neige, même beaucoup de neige ; mais c'est égal, la promenade fut agréable, et de celles qu^on aime à se rappeler plus tard.
Et puis, surprise merveiUeuse 1 voilà- t-il pas qu'aux arvÎTons de Vermitctge de ViUebon^ tout le long du petit sentier qui mène à ce restaurant si joyeux l'été, on trouva, devinez quoi ? des violettes, toutes pàlés et toutes frissonnantes, dans leur bain glacé.
Ce fut Lucien***, le grand poëte, qui les découvrit le premier.
Quelle ivresse ! Des violettes, en hiver, dans les bois, le jour même des fiançailles I Comme un gamin, sous les yeux attendris d'Eva, Lucien, à genoux sur Vaubusson blanc que déroule sur la terre le bon Dieu, cueillait avec ardeur les fleurs charmantes — et parfumées.
— Tiens, Eva, encore I encore une I criait-il. Oh I
que je suis heureux! Vois-tu! on savait bien, dans
le monde des Faunes et deis Dryades, que tu devais
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venir aujourdlmi. On a &it des frais. Begarde mon gros booqnet : c'est pour toi, petite. Des violettes I Je t'aime, petite Eva.
Et le grand poëte Laden***, ému an dernier point, allait, venait, se baissait comme on fou, déchirant son paletot, nn chef-d'œnvre de Bonne, aux ronces desséchées dn chemin. H avait la larme aux yenx.
Eva, — un ange à gros chignon, — voltigeait autonr de Ini, et riait doucement.
On sonpa gaiement, dans un cabinet tendu de nattes, dont la fenôtre donne sur de grandes plaines calmes.
Puis on revint à Paris, crottés comme des chiens mis à la porte, mais l'âme légère et les doigts parfumés par le gros bouquet de violettes.
Le reste de cette histoire d'amour, très-banalo tKxmme vous voyez, m'a été conté par Floribel, le grand sculpteur, en ses ateliers de la rue de l'Ouest (au fond delà cour; crier trais fois: C'est le pe^it Bouon ; on vous ou/orird).
Au bout de trois mois, — me dit Floribel, toujours le grand sculpteur — un beau matin, Lucien***, le grand poëte, se retrouva seul. Eva, son caprice satisfiuit, avait regagné la rive droite de la Beine, où son
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homme d'âge, inconBolable comme Caljpso, Tattendah — dans sa grotte — mi- fort agréable entresol, ma foi!
Ce matin-là, Lucien***, le grand poëte, rêvetlr, tira de son secrétaire le pauvre bouquet, hélasl bien desséché maintenant, et son cœur palpita bêtement de tontes ses forced, pendant qn'il le regardait, Tœil hmnide.
— An moins, pnr souvenir, tu me restes, toi I Cher souvenir d'une heureuse journée, merci I
Comme il baisait dévotement les petites fleurs qui sentaient le foin à plaisir, on frappa à la porte.
— Entrez I
C'était un garçon, orné d'un tablier bleu à bavette et à poche. H tenait un papier à la main.
— Pour M. Lucien***, de la part de madame Pré* vost, du Palaîs-Boyal, dit-îL
— Comment, pour moi? je n'ai jamais eu affaire k cette célèbre fleuriste.
— Voyez plutôt.
Et Lucien***, le grand poëte, vit ceci : qu'il était débiteur envers madame Prévost d'une somme de soixante-dix francs, pour achat de pots de tioleiteà^ transport et repiquage desdites, à Vilkbon.
— C'est bien. Je passerai demain chez votre patronne.
Le garçon obéit, ' — plein de respect «— et de défiance.
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— L'argent feit le bonheur I mormura Lncien^ ton* jours grand poëte, mais atterré par cette révélatioiiy en tombant sur son divan qui rendit un bruit de ressorts en peine. C'est Eva qui &Lsait Colore les yiolettes à mon compte I ajouta-t-il. 0 mes illusions t