‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 39 sur 74 · AH! LA PAUVRE PETITE FEMME I · texte numérisé non relu

AH! LA PAUVRE PETITE FEMME I

Ah ! la panyre petite femme I

Mon Dieu, qu'elle est malheureuseï la pauvre petite femme !

Allez ! elle est bien... ennuyée^ la chère créature!

y raimenty elle n'a pas de chance ; non, elle n'a paa de chance, positivement I

— Mais voyons, pourquoi cela? Qu'est-ce qu'il y a donc? Que lui arrive-t-il à c cette pauvre petite £eimne >?

Ce qu'il y a !... Ah I enfin I... ces exclamations répétées sur le ton d'une pitié excessivement tendre éveillent en vous ime curiosité sympathique. Je m'y attendais. Monsieur. Je comptais vous intriguer. Monsieur. Et maintenant, Monsieur, peut-être donneriez-vous deux sous pour savoir ce dont il s'agit?

Eh bien, mon bon monsieur, n'apprêtez pas votre boorse ; ne fouillez pas avec un geste élégant dans la poche droite de votre gilet. (Un joli gilet, du reste ; mes compliments, MonsieurI) En t^jois mots, et pour rien, je vais vous dire, tout bas, entre nous (entre hommes, vous entendez?) ce qui cause la grande peine de cette c pauvre petite femme ]>. Oui, vous

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allez savoir ce qui fait froncer en ce moment le fin Bonrcil de ce joli petit être, et donne à toute sa. mignonne personne un air presque comique d'embarras et de détresse.

C'est € une pauvre petite femme i>, c'est convenu ; mais ne nous laissons point trop attendrir, monsieur et cher leoteur. Souvenons-nous à temps de la Bible^ qui l'eût appelée, cette Parisienne, <c un sépulcre blanchi ]^. (On ne connaissait point la poudre de riz, pourtant.) Souvenons-noufl encore de Shakespeare, qui qualifiait la compagne de l'homme de c perfide comme Fonde » /

Cela posé, revenons à notre adorable mouton.

Figurez-vous, Monsieur.... que cette ravissante dame.,. *-— diable I cela est plus difficile à dire que jo ne pensais — que cette dame {la pauvre petite femme f) est obligée ce matin, non pas sur un ordre, mais d'après le conseil de son docteur, un ami do dix-huit ans, — le docteur l'a vue naître, -^ d'aller chez son pharmacien, le jovial M. X...

C'est un simple conseil à suivre (pas en secret,, ni on voyage), non, un simple conseil d'ami, vu les plaisanteries barométriques et thermométriques de la température.

Il s'agit tout simplement d'acheter pour quatre ou cinq sous de... un astringent anodin, la moindre des choses, et puis une boite de poudre de lyoopode, je crois. YouB savez, cette poudre qui, répandue aveo

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intelligence enr les chairs délicates^ empêche les frot* tements trop rades et réitérési si désagréables quand 091 est un peu c forte ]>«

Vous voyez, cher Monsieur, qu'il n'y a P^ U^ d^ quoi foaetter un chat 1

Eh bien, quel que soit l'aplomb immense des dames dans la plupart des circoustances les plus scabreuses de la Tie, aplomb qu'elles puisent dans le sentiment de leor &iblesse et de leur innooence, voilà^t-il pas qu'aujourd'hui n la pauvre petite femme p de qui naos parbns (une damo comme les autres, et dont rassuranoe n'est pas mincQ) est très, très,., ennuyée; et depuis dix minutes elle tournaille dans I4 rue à TÎngt pas de Ig pharmacie du jovial M. X.

Déjà elle est venue deux fois jusqu'à la porte redoutable, et deux fois sa petite main gantée n'a pas trouvé le oourage de tourner le bouton, (T, L. B, S. V. PO

C'est bien pîngulîer î — Je sais bien, — et je dois vous en informer — que les comptoirs de la pharmacie sont occupés par trois grands gaillards d'é» lèves, aux yeux pervers, qui ricanent entre eux ; mais la pauvre petite femme^ autrefois, ne se laissaiit pas intimider par la vue de ces trois grands gail lards. Elle se disait : C C'est leur métier. Que m'importe ce qu'ils peuvent penser et se dire entre eux à voix basse? »

Sapristi I quelle cause inconnue et nuissante re*

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tient donc cette t pauvre petite femme > snr le seuil du jovial M. X, et la rend si confnse ce matin ?

Ahl voilà. — C*est qu'en sortant de chez elle, juste au moment où^ fringante et fraîche comme tme fleur nouvellement épanouie, elle s'élançait d'un pied léger sur le trottoir, un brillant officier de cavalerie {Cuirassier, que tu r affliges!)^ tout couvert d*or et de chamarres, l'avait croisée.

Ce brillant soldat, en grande tenue, oubliant son» dain le service, l'appel, le rapport.., je ne sais quoi de très-important, avait Êdt volte-&ce, et, retournant sa moustache, s'était mis à emboîter le pas avec ardeur, derrière la pauvre petite femme t

C'est alors que des tristesses et des dépits sans nombre avaient germé dans son cœur de pctuvre petite femme très-honnête, très-dévouée à son mari, mais qui ne trouve rien d'offensant, non, rien du tout, à ce qu'un officier en tenue glorieuse, tout couvert d'or et de chamarres, et dont le casque à tous crins étonne et fiût rêver, la remarque, et, dois-je le dire, la suive avec obstination.

Certes, pour un tendre cœur pur et charmant, il est doux de se savoir suivie — en tout bien tout honneur — par un bel homme de fière mine. H y a toujours de l'Omphale dans les filles d'Eve. Donc il est doux, en regardant à la dérobée dans les glaces dos magasins, de voir Hercule (grande tenue, casque à tous crins, or et chamarres) marcher sur vos traces.

Cela coûte si pen de ne pas se f&cher| et cela lui £dt tant de plaisir à cet Hercule (même quand il est àms la cavalerie) de suivre nne pauvre petite femme en mptore de gynécée I

Oui, sans donte, quand on est nne « pauvre petite femme > (l*,53)y il est agréable de mener en laisse on guerrier de belle prestance (1°^^94). Mais, quand on se rend chez son pharmacien, le plaisir n'est pas dn tont le même, et la saveur change singulièrement : aie devient amère.

On se moque pas mal, j'y consens^ de ce qu'un cuirassier peut penser. On se dit : « Ah bien I après c tont, ne suis-je pas libre d'aller chercher de ce que c le docteur me conseille d'employer matin et soir c (décoction)? > On se raisonne de la sorte, et pourtant on est très... ennuyée d'être suivie justement le jour où l'on se rend chez le jovial M. X...

Ces choses-là ne s'expliquent pas, Monsieur. H &ut les deviner.

Les militaires n'ignorent rien . des' vanités humaines. En voyant la dame que l'on suit, mx poëme dans le cœur, entrer tout à coup chez un apothicaire, que voulez^ous qu'on pense? Comme on ne peut pas aller tout de suite au fond des choses, on base sa conviction sur les apparences. Et, remarquez -le, l'esprit dme toujours à chercher midi à quatorze heures en pareille matière ; oui, c'est toujours le mal qu'on suppose d'abord.

Telles sont, sommairement, les réflexions navrantes que foit, ayec un dépit wJ dissimulé, la € pauvre petite femme 2> que nous avons laissée, hésitant, devant la porte de la pharmacie X«»t

Enfin elle se décide, entre précipitamment, le rouge de la pudeur sur la joue, et, tournant le dos h la vitrine, confia tout bas i, Tun des trois grands gaillards le sujet do sa visite*

Fendant qu'on exécute se9 ordres, h « pauvre petite dame i> réfléchit :

« — Peut-être ce monsieur est-il parti? Quel n bonheur I Et que je suis bêt© de m'affecter h ce a point. Et puis, qu'est-ce que celft roe feit, en réc sumé? K'ai-je pas l'amour de mon mari pour me a consoler d'un instant de vanité froissée ? Bah ! n'y c pensons plus I 9

Et, bravement| elle tourne la tète et regarde dans la rue.

Le cavalier tout couvert de chamarres est là. H vient à son tour de se planter devant la pharmacie X... 3a main caresse dubiiiLtivement sa moustache rousse. Le guerrier se consulte, Fuis,,. &isant un geste qui signifie clairement ,* *- € Chez le pharmacien I ah ! bien non^ par exemple 1 1» il s'éloigne avec terreur, balançant son casque & tous crins où la brise passe ses doigts frais, -— sans l'appeler Arthur cependant.

Oh I... la € pauvre petite demie » ne comprend

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pas certainement tout ce que ce geste vent dire^ — efpénm0*k, -^ mais eUe est... irès^ennuyéê et &it mie moue gigantesque.

Ah I la pauvre petite femme/

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