‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 41 sur 74 · LE BAIN DE LA CHASTE SUZANNE · texte numérisé non relu

LE BAIN DE LA CHASTE SUZANNE

Le jour dont nons parlons est on samedi.

B est trois heures de Taprès-déjenner,

Et l'excellent thermomètre de l'ingéniénr Chevalier, opticien I marqno ppini&trëment SOf centigrades à l'ombre 1

Anjourd'hni, par cette chaleur, et pendant que son mari, un Joakim parisien, est à se9 affiâres, quel prqjet plua agréable pouvait najtro en l'esprit de la chaste Suzanne qui nous oçonpOi «inon d'aller an bain?

La chaste Sojsanne -^ vingt<-cinq ans, blonde, appétissante, et trètnnodeste «-* est donc allée au bain, teut doucement, en suivant dans les rues le oôt4 de Tombre, son <mbrelle microscopique sur l'épaule,

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un petit panier élégant au bras, un petit panier rompK de mystérieux objets féminins.

Et la Yoilà qui iranchit le seuil garni de fleurs, du bureau de l'établissement c balnéaire >, comme disent les journaux.

— Un bain garni — très-frais, dit-elle en s'assejant, à peine en tiédeur, sur le divan de velours.

Et tandis que, sur son ordre, la dame du comptoir, aux vastes appas, difficilement dissimulés sous un large canezou blanc, s'empresse à lui rendre de la monnaie accompagnée d'un cachet, le chat de la maison assoupi ouvre ses yeux fendus comme des tètes de vis.

Bientôt la chaste Suzanne est introduite dans sa cellule.

— Madame sonnera pour le peignoir, murmure la bonne, tournant la tête de côté — selon l'habitude constante de ces femmes — comme si elle parlait à quelqu'un dans le corridor.

Le premier soin de la chaste Suzanne, avant d'ôter son chapeau et sa robe, est d'examiner la porte. A-telle des trous? Grave question I Dame, le frotteur est encore dans le couloir I

Puis elle abaisse soigneusement les lames de la jalousie, et tire les rideaux de calicot.

Voici maintenant la robe accrochée à la patëre. Le premier jupon est suspendu devant le trou de la serrure* Vite un coup d'œil au vasistas qui fait com-

mnniquer, si Ton veut, deux cellules. Boni le verrou est tiré.

Otons nos bottines I

Cette opération, que les femmes exécutent de tant de fiiçons différentes, tantôt assises, une jambe repliée snr l'autre, tantôt debout, à bout de bras, à cloche-' pied^ la chaste Suzanne l'accomplit très-pudiquement. Vlan I voilà qui est fait. Oh I les beaux petits pieds I

Le reste des vêtements tombe. Mais, avant de se plonger dans l'onde, la chaste Suzanne range sur la planchette, devant la glace couverte de buée, ses petites affaires : — éponges, peignes, poudre de riz, pommade, limes, etc.

Le roman qu'on n'a pas terminé (à preuve, une large corne au milieu) est posé sur la chaise, tout près de la baignoire, qui ressemble, grâce au linge blanc qui en garnit l'intérieur, à une bière aquatique munie de son suaire.

Tout étant bien prêt, la chambre close comme une prison et éclairée d'un demi-jour agréable, la chaste Suzanne, d'un mouvement d'épaules, fait glisser son innocente chemise, qu'une coquine de dentelle rend très-séduisante, sur ses hanches, et, pani voilà le € simple appareil i> à ses pieds.

C'est le moment où triomphait, dans l'antiquité, Vénus, aux yeux du berger à la pomme ; c'est le moment encore où Diane n'admettait pas qu'un chas-. seur pût la voir ; c'est l'instant aussi que les vieil*

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lards choisirent pour offrir leurs compUmeuts sincères à la belle Suzanne,

\ Je ne sais si la jolie petite femme dont nous pur» /Ions — yingt^cinq ans, blonde , appétissante | mo* deste^ — regrette Fâris; Actéon^ ou les juges d*Israël en retraite; mais| charmante et rose, allongeant la jambe comme une «tatuette d'Allegraini ello entre eu frémissant dans l'eau qui la reflète.

L'eau fraîche^ c'est exquis, un 8amedi| pendant que Joakim est à la Bourse | et lorsqu'il &it au thermomètre de l'ingénieur Chevalier, opticieUi 30 degrés k l'ombre, n'est-ce paS| chaste Suzanne ?

Le murmure des abeilles dans le petit parterre des bains, le silence lourd de l'après-midi| la solitude, la détente des nerfs que procure l'eau , tout cela porte & la rèyerie, et, laissant de côté le livre & la large oome, la chaste Suzanne contemple ses bras fuselés et blanoa qui surnagent, sans qu'elle 7 pense.

Mais quels sont ces éclats de rire, dans la cellule de droite? Une odeur de cigarette flotte dans l'air tout à coup. On parle baut^ puis ou bais«e 1a voi^i puis les rires reprennent de plu9 belle.

Ce sont des cocottes, pense avec une petite moue la chaste Suzanne. Quel voisinage ennuyeux I

Dans la cellule de gauche, une voi:^ d'enfant s'élève. Il fait des questions au moins saugrenues, La mère, timbre plus grave^ lui fait des reproches, courroucée»

Hais les cocottes se jettent de Pean à pleines main:!. On entend lenrs mains frapper l'ean.

— Oh I les a£&eases créaturesy mtumnre la chaste Somme. Qnelles effrontées I Et dire qne les hommes aiment ces fDles-là I On les dit jolies, hien faites... mais...

La chaste Suzanne, pinçant les lèrres, droite dans h baignoire, regarde en oe moment, innocente omphaiopsyque^ son joli corps qtd semble de l'ivoire à iia^rerft Teau immobile. Un petit sonrire rainqnenr ^isse imperceptible sof son Tisags* Fnis le sonnre se dessine correctement... Sonrire bien légitime, si vons atieel

Bt les coquetteries ignorées de la chaste Bnzanne apparaissent soudain au jour crépusculaire de la ceOnle.

Faut-il l'avouer?... c'est l'instant où le souvenir bien léger, bien frêle, d'une parole d'amour entendue, dans une Soirée, en valsant, revient avec force ; et la chaste Smsanne, en dépit de ses résolutions, écoute comphdsamment la voix exquise du passé qui chu- (Jurie à son oreille délicate...

Mais cek dure à peine le temps d'un éclair, rassQrez-^ous, Messieurs; rassure-toi, morale austère I

Cest déjà fini même.

Et la chaste Suzanne sonne pour son peignoir.

La bonne *-» toiyours la tête à Penvers, comme si

cette partie intéressante de son individu avait été coupée et mal recollée — passe l'objet en question, et se sauve.

La dame, allanguie, les yeux brillants et profonds, endosse le vêtement toujours six fois trop ample, et se livre à des soins de toilette minutieux et multipliés.

Elle abuse de la poudre de riz, et s'en£u-ine des pieds à la tête comme un gracieux petit merlan qu'on va frire.

Arrêtons-nous ici* Il serait cruel d'àDer jusqu'à décrire la pose du &ux chignon. Grardons au moins une illusion !

La chaste Suzanne a pris son bain. Nous avons esquissé ses innocentes coquetteries. A vous de compléter ce croquis impar&ii

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