LA SAISON DES VOISINES
A Faris^ — pourquoi ne pas le reconnaître et l'avouer franchement, ô administrés embellis, 6 contribuables inépuisables? — l'année ne se divise plus guère qu'en deux saisons également atroces :
— La saison du froid et de la boue ; la saison de la poussière et de la chaleur.
La pluie , hâtons-nous de l'ajouter, forme comme
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on immense et intenmnable trait d'union entre ces deux modernes divisions de Tannée parisienne.
Très-souvent encore, l'ordre et k marche de ces deux saisons subissent des cbaDgements inconnus à nos pères, si bien qu'après avoir transpiré en février, on ^ parfois obligé de mettre un pardessus ouaté en juillet.
Quant aux époques intermédiaires, la joie des en- Êtnts de jadis, la tranquillité des parents d'auireibis, — le printemps, V automne , — elles n'existent plus que sur VAlmanach des Postes.
Les poëtes leur accordent annuellement des mentions honorables à l'occasion ; mais cette fidélité de mémoire fidt tout bonnement l'éloge du cœur excellent de ces écrivains lyriques, et neprouve nullement que Fautomne et le printemps aient encore lieu au sein de notre belle capitale.
Et d'ailleurs, si ces deux époques, toutes deux charmantes et poétiques, font, — acceptons cette hypothèse, — de temps à autre, par caprice, une apparition dans le cours du siècle qui s'écoule, il ^ juste de dire qu'elle est toujours singulièrement courte ; en outre, les manifestations d'après lesquelles on avait l'habitude de constater l'arrivée du printemps ou de l'automne ne sont plus du tout, mais du tout les mémos.
STB MJCSDÀMSS U0 PAHIflIBNNBS.
Et| ponr en finir avec rantotamey avançons tout ae suite que cette henre mélancolique de l'année qui s'en Ta cliargée d'adieux, ne s'annonçantplus que pai un redoublement dans la vente^ des pâtes de jujube ou de lichen, il conrient delà nommer i Vère des bronchites.
Mais pour le printemps, c'est une autre affidre.
Mt noQ8 proposons de l'appeler : -^ la saison des voisines.
En effet f à Paris, où les fleurs printanières, — violettes, narcisses, muguets, anémones, jacinthes, tulipes, -* se vendent pendant toute l'année, et par bouquets, rien n'indique mieux le débotté du Printemps, le chevalier aux rubans verts, que l'apparition sondaine des voisines, invisibles tout le long de lliiver, aux croisées enfin ouvertes, et que le soleil caresse de ses premiers rayons tm peu sortables. .
Le retour des voisines, en peignoirs blancs, en camisoles sans fermes, mais qtii en prennent de s! jolies, tel est le signe certain auquel on doit reconnaître l'arrivée de la tiède saisoni
Ne pas compter, pour se Hvxer à cette agréable consolation, sur les arbres du boulevard ou sur les hirondelles.
Les hirondelles sont toujours en retard, et font la France buissonnière ; quant aux arbres en zinc de
MBf DAIOS LB0 PAEISnKNHBf, 970
nos beUm nàm publiques, ils n'ont jamais de bour
gecms.
. Far lea •<»nbres nuits, sur arrêté pré&otorali les
mïjiojéê de M. Alpband viennent souder k leurs
brmcbea des feuilles m métal» artistement peintes
en Tert ; mais y oilà tout.
Donc, quand le matin, des mansardes à Tentre-soli à tontea les fenêtres (lussent-elles à tabatières), tous aperoenes, flottant aux souffles tièdes et veloutés du vrait d'avrQi les vêtements légers, et sans prétentioQy de vos voismei (fusseni-eUes aussi h tabatières), erayes de tout votre oœur au rmouveau célébré de tout temps*
Âhl les voisines I
Notes que l'usage d'une lorgnette, en pareille oir^ oonsiaiice, ne nous semble pas défendu ; il est même louable. On ne saurait trop utiliser les ocmquêtes de Tesprit humain : sans cela, damel Cassini, du haut du ciel, sa demeure dernière, ne serait pas content
Four la seconde fois, qu'on nous permette de nous écrier i « Ohl les voisines! les voisines d'en fiw^el :i
Au premier étage, aussitôt après l'apparition de la femme de chambre qui a ouvert les persienues, se présente sur son balcon, nonchalamment, la jdie locataire que les bals de l'hiver n'ont pas trop feti* guée. Coiffée /DOT d peu près ^ ondulant sous un long
vôteraent taillé dans un nuage^ elle s^avance, abaissant ses belles paupières, quePAstre jeune et gai baise tout doucement. Elle s'accoude sur un coussin et' flâne de Tœil dans la rue. La brise sculpte malicieusement le bloc vaporeux de son peignoir, et la femme s'entreyoit bientôt sous ses voiles, voiles peu jaloux ^ allez I
Plus haut, c'est une petite dame, en bébé y avec on petit bonnet — coquin de bonnet ! — qui va tout de travers et s'efforce de cacher les boucles éparpillées. Derrière elle, dans la chambre, au sein de la pénombre, on distingue un monsieur à moustaches noires qui met sa cravate noire devant la glace* (B doit chantonner?)
Au quatrième, deux toquées qui ne se donnent même pas la peine d'agrafer leurs camisoles, jouent comme des en&nts avec leur chien havane. On les entend s'exclamer. En courant par leur appartement, elles renversent les chaises, s'accrochent aux meubles et rient plus haut que jamais.
A côté de ces deux folles, une sorte de pet-en-l'air, jaune, carapace d'une vieille bonne femme, s'aperçoit, entre des caisses à fleurs et des cages d'oiseaux. Tournons les yeux, S. V. P.
Enfin, dans les régions supérieures, à fleur de toit, chauffant ses épaules rebondies aux flanunes nouvelles du classique Apollon, se débarbouille tranquillement, sans aucune inquiétude, une ouvrière
' VBSPAMES DES PAKISIBNNBS. S81
qcd s'est levée tard^ et que son magasin réclame. Tont en promenant la serviette sur son ool (pas dé- «gréable, le ool), elle examine afvec doaceur la condmte langoareuse de ses denx serins, dans leur cage pendue en dehors de la fenêtre. Un tableau genre dix-hmtième siëde.
Partout, anssi loin qne le regard pent aller, à tons les étages, d^nn bout à Taatre des mes où le soleil daigne descendre le matin, des femmes sont écloses, et des visages pleins de fraicheor, épanouis, roses, qn'aoréolent des cheveux de toute nuance, sourient gaiement dans le cadre des croisées entre-bftillées.
La saison des voisines est venue 7
Et c'est l'heure ineffable où des jeunes gens très^seilsibles, mais ébouriffés, en bras de chemise, s'attablent devant leur bureau, et, d'une main tremblante, le cœur gros de soupirs, écrivent : — Madame ou Mademoiselle^ en tête de belles feuilles de papier vélin.
Ne sourions pas! La saison des voisines est capiteuse, et — qui sait? — nous pourrions, à notre tour, on bouquet de primevères à la boutonnière, courir chez le papetier voisin, et lui demander, d'une voix altérée, une lettre ornée d'un cœur percé de trente deux mille flèches!
fi.
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