RETOUR AU BERCAIL
Oh I sonvent, bien souvent, Paprès-midi, blotties an fond des lourds omnibus qui les ramenaient de quelque banlieue au cœur de Paris, que j'en ai vu de ces femmes amoureuses revenir lentement au bercail !
Elles reviennent lentement au bercail, conjugal ou non, seules, blotties au fond du lourd omnibus qui les ramène de quelque /br/, riche en jolis ofiSciers ; et le rade roulis de la voiture^ et la chanson stridente et monotone des vitres semblent les bercer.
Elles se sont assises négligemment, sans faire l^rande attention aux plis de leur robe, et, tournant presque le dos aux voyageurs, elles regardent, à travers les mailles de leur voilette baissée, les chevaux dont la croupe grasse ondule comme la mei'.
Elles ont ainsi l'attitude de la petite fille curieuse d'autrefois, et qui voulait <E voir les dadas I :»
Hélas^ ce ne sont plus des petites filles !
Lentement,, sans désirer d'aller plus vite, elles reviennent de quelque paradis iUégitime, digérant le plaisir copieusement pris, indifférentes à tout ce qui se passe, et ne daignant même pas examiner la toilette des autres femmes!
Que j'en ai vu de ces femmes amoureuses, revenir
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au bercail, l'après-midi, le voile baissé, négligemment assises an fond des omnibus t
EUes sont pâles d'une pâleur ardente, la pommette marbrée de rose, la lèvre épaisse, fiévreuse, fendillée et très-rouge;
Leur volumineux chignon, refeit à la hâte, devant un miroir trop .petit, un miroir de garçon, vibre à chaque secousse de l'énorme véhicule.
Un air abandonné et comme mal agrafé règne dans tous leurs riches vêtements. On sent que ces parures, armes frêles, n'ont plus besoin de vaincre personne.
EUes retournent au bercail; et personne, amant on mari, ne jettera sur eUes un coup d'œil flatteur. Quel besoin alors de redonner à ces bardes charmantes l'air frais et provoquant qu'elles avaient tantôt t
Tantôt l Le souvenir des heures écoulées! •Voilà, sous ces fronts mornes, ce qui palpite encore par instants.
Entre les long cils veloutés, s'il sort tout à coup comme un éclair des yeux stupéfiés, atones, cernés d'une auréole bleuâtre, c'est que l'oreille délicate des fenmies amoureuses qui reviennent au bercail l'aprèsmidi, blotties au fond des omnibus, entend soudain l'écho lointain des baisers ardemment donnés.
Mais l'édair s'éteint bientôt, la paupière alourdie s'abaisse de nouveau, une langueur délicieuse se glisse dans tous les membres. La face, pâle sous la
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MESDAMES LBS PARISIENNES. 810
sombre Toilette, reprend sa physionomie indifférente.
Négligemment assises, les jambes étendues, affaissées en leur coin, mal gantées, que j^en ai vu de ces femmes revenir an bercail, bercées par le mde roulis et par la chanson monotone et stridente des vitres, dans l'omnibus qui les ramenait de quelque fort des environs, riche en jolis officiers, au cœur de la ville I
Comme l'épouse coupable de Claude,* lasses, mais non repues, ruminant leur bonheur, eUes suivent de leur regard intérieur la spirale sans fin de leurs
Leur âme est comme une eau stagnante où les souvenirs, semblables à des oiseaux qui passent, mettent soudain leurs reflets fugitifs.
Or les souvenirs, les souvenirs qui font tressaillir, qni prennent doucement à la gorge, passent sans relâche dans leur cerveau.
Aussi, de temps en temps, un soupir entrecoupé soulève leur poitrine tumultueusement.
On dirait, à les voir soupirer ainsi, que la petite fille reparait encore sous la femme, qui regarde les dadas, et qu'un chagrin à peine consolé à force de bonbons leur fournit ces suprêmes sanglots nerveux.
Hélas I ce ne sont plus des petites filles I
Ce sont des femmes amoureuses qui reviennent au bercail.
Que j'en ai vu souvent! ohl souvent! l'après-midi,
blotties au fond du lourd omnibus, négligemment assises, de ces beUes créatures perfides, fuyant^ ayec un regret latent^ quelque paradisillégîtime.