‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 55 sur 74 · MIEUX VAUT JAMAIS QUE TROP TARD · texte numérisé non relu

MIEUX VAUT JAMAIS QUE TROP TARD

Pendant longtemps la main de mon ami P... fat pour moi nne de ces mains parisiennes qn'on serre sur le bonlevardy par habitnde, avec une parfidte indifférence, comme s'il s'agissait d'nne rampe d'escalier, d'un bouton de porte on dn dossier d'une chaise. Aujourd'hui, quand nos doigts s'entrelacent poliment, ce sont aussi nos deux cœurs qui échangent un affectueux salut. Une heure de confidence a suffi pour amener ce doux changement de ma part. Je ne prétends pas au premier prix de vertu, et, de &it, je ne mérite point même un accessit ; mais une bonne acticm &ite simplement m'émeut beaucoup, et je me sens honoré de connaître celui qui n'a pas craint, en notre joU temps, de k commettre.

Un jour, mon and P... m'a raconté ceci : — J'aimais. — C'était l'été dernier. — La dame en question venait de partir pour la campagne. Une campagne d'opérarcomique, à quatre lieues de Paris. Une intimité coupable, — Frédérique étant mariée, — mais, à cause de ce léger obstacle, enivrante au possible, s'était établie peu à peu entre nous deux, grâce aux cotillons interminables de l'hiver. Pourtant cela n'avait point dépassé les bornes du violent

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battement de cœur et du soupir disoret, lorsque nous nous trouvions assis, côte à côte, sur les sièges capitonnés des bals ou des tralalas. Nous nous étions comprisy voilà tout. Bref, en pesant bien les choses, je puis vous affirmer que notre liaison était encore plus un ardent en&ntiUage qu*une passion irréparable. Une heure de tète^à^téte, hélas ! eût gâté à jamais Oô délicieux sumumétariat des amours, nous le satlonS| -— et cependant nous désirions tacitement ce moment &tal.

Frédérique Venait donc de quitter Paris. Je Rappris pat mie amie. En outre, nouvelle beaucoup plus grave, on m^assura en même temps que son mari s*en allait en province, régler quelque afiaire d'argent. Jadis, dans un instant d'imprudente confiance, ce bravô homme m^avait supplié de venir, sans fiiçon, croquer les firaises de son jardin. J'avais accepté, Dieu sait avec quel frissonnement de joie I Devais-je lui tenir parole?

Le combat ne fot pas long. Je me décMai rapidement à poursmvre sans pitié la réalisation de mes rêves -séduisants. Un jour, je pris le tmin poiur le paradis où mûrissait, en m'attendant, ce fhut si peu défendu.

Frédérique devint trA»-pftle en me voyant de la fenêtre de son petit salon traverser le jardin ; puis, soudain, elle rougit extrêmement. Je souriais d'un air gauche. C'était la minute terrible qui sonnait.

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Nous en entendions les échos tinter sans relftohe dans le fond de nos âmes, et le son en était oonune fl61é, quoique fort doux, oar l'innooenoe manquait absolument en tout ceci. Vous me comprenes. lïoua ne savons plus aujourd'hui nous oontenter d'un m» ban^ oomme Chérubin, et c'est la fix| que noua savourons d'avance, trouvant, hélas 1 les mcjens fklea et surannés.

D'autres détails sont superflus. Saches, mon cher, qu'après avoir épuisé les banalités d'usaj;e', qui sont comme le beurre et les anchois d'un repaa dont on connaît le délicat menu, nous nous assîmes, Frédé« rique et moi, sur le divan, tout à coup silencieux, cherchant des motife de conversation, n'en trouvant pas.

Je tenais sa main dans les miennes. Ses doigts^ tour à tour brûlants et froids, tremblaient. Nous da* yions avoir l'air fort bêtel'un et l'autre. Je 8uia aûr qu'un repentir sincère, un regret d'en être venus là, ai vite, et presque brutalement, était le fond de notre pensée à ce moment. Mais nous étions pleins de vie et de jeimesse. D'ailleurs, terreur de l'inconnu à part, nous nous aimions beaucoup. Nous venions de noua le dire, sans parler. Seulement nos yeux dans leum rencontres, ftirtives d'abord, méditées ensuite, se criaient nos désirs avec une éloquence troublante, persuasive, irrésistible.

«**- Ah ! Frédérique I*— Comme j'achevais de pro^

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noncer avec passion ce nom mnrmnré si souvent^ an bmit des orchestres^ dans les bals, nne petite fille entra bmsqnement dans le salon, avec nne pétulance pleine de grâce, et vînt se précipiter snr nos genoux rapprochés amonrensement, en poussant nn cri.

La chère petite gamine avait compté nous surprendre, et de pins, notis faire peur : — elle le dit très-gentiment en fidsant nne grosse voix.

EUe 7 réussit fort bien, allez !

Frédérique s^éloigna de moi tout doucement* Je restai immobile, raide, regardant les arbres par la fenêtre.

La petite fille (elle avait trois ans) posa ses mains potelées sur la robe de sa mère, et nous regarda Fun et rautre.avec ses beaux yeux purs, à^xm air trèsinterrogateur. Notre visage singulièrement déoom* posé rétonnait. Son bon sourire naïf, sa joie de nous avoir fiiit une € fiirce », sMteignirent lentement, et, sans savoir pourquoi, — cher ange! elle esquissa un sourire embarrassé, mordant sa lèvre à belles dents^ les prunelles grandes ouvertes.

Pendant que la belle petite se tenait ainsi devant nous, je regardais sa tête délicate. C^était la première fois que je voyais la fille de Frédérique.

Quelle chose exquise et attendrissante que cotte petite tête aux oreilles p&les, ornées de boucles d'oreilles microscopiques en corail I Et ses beaux cheveux foUement bouclés, et qu^un ruban rose maintient à

gnmd'peine en désordre, qu'il eût été doux de les oaresaer patemeUement! Des Teines bleues , délicates, conraient sous la peau transparente des tempes, appelant le baiser, provoquant l'émotion. Une fraîcheur roséej que le del chaque matin verse aux enfwts, — ees fleurs humaines, — étincelait sur le cou et les bras nus de la petite. Spectacle émouvant, qui rend meilleur, plus fort, plus jeune I L'en&nt, vaguement inquiète et troublée, nous regardait toujours, et ses yeux, où le reste d'un petit sourire évanoui se mêlait à une naissante crainte de déplaire, contemplaient surtout le monsieur inconnu. Ses legaids m'allaient au cœur.

— Va-t'en jouer, mon petit chat, dit enfin Frédérique assez sèchement. Où donc est ta bonne?

— Elle est sortie, maman, avec Marie.

— Bon. Va-t-en. Et sois sage.

L'en&nt, embrassée par sa mère, retourna au jardin.

Tandis qu'elle s'éloignait, je pensais à son regard, terrible pour ma conscience soudain prise à partie. Je pensais que, plus tard, devenue jeune fille, sa mémoire innocente, mais inflexible, lui retracerait, avec tous ses détails honteux, le tableau mystérieux d'un jeune homme aux yeux brillants, aux pommettes rouges, assis dans le salon, un jour que son père n'était point à la maison. Alors (la vie ayant appris bien des choses à la jeune femme) elle devinerait avec horreur pourquoi on la renvoya à ses joujoux.

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Oui; oatte hideuse pensée me vint qne mon Bonrenir sonillerait parfois une mémoire pore, et qn'U ta* rait tomber .en un clin d'œil, de la tête vénérable d^nne mère & cbevenx gris, Taoréole de respect et d'amour que lea jeux de l'en&nt y virent briller si longtemps.

M je hs navré. Je ne sais quelles furent, apr^s le départ de la petite, les réflexions de Frédérique. Mail elle ne fit aucun mouvement* Slle n'était point toa« Qké% elle! Elle attendait, la tête basse.

Ce ftit moi qui me levai., comme Joseph. Abl ce futduri

Une heure après, j'étais de retour à Paris, un peu triste, le cœur gros, poussant d'énormes soupirs, mais résolu, mais respirant l'air avec force, mais content de moi et songeant avec des tendresses de père à la petite aux boucles d'oreilles microscopiques. Ah t je dînai bien, ce soir-là. J'avais &it mon devoir, petitement peut-être|, mais selon mes forces, en Parisien. L'homme n'est pas parâût. H ne reste de lui que des essais. Voilà mon histoire : un Essai de vertu t

Si j'avais eu des bottes y un habit bleu et un gilet jatme^ j'aurais pu, comme Werther, me tirer un coup de pistolet dans l'œil. On aurait trouvé cela sublime I Mais je n'ai pas de gilet jaune ni d'habit bleu : aussi lé monde me trouverait bien ridicule s'il connaissait mon acte d'abnégation. Qu'en dites-vous?

— Je dis que l'enâmt se souviendra toujours, mal^

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grë sa ftiite yertueusOy du monsieiir qui pressait laa maiiis de sa petite mamaq, mon eherl

— C'est vrail saoreblen 1 c'est vrai! -^ J'ai en des remords quand il était absurde d'en avoir. -^ Mais 1% conscience?

^^ Mieux vaut jamais qne trop tard^ ^i oe Aïonde.

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