‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 59 sur 74 · ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN

O^était nn jeudi de novembre, parbleul vers trois heures.

n disait très-doux. Le soleil mélancolique de VéU de la Saini>-Martin trayersait par instants les bnimes délicates de Tautomne, accrochant ses plus yifs tajons à la flèche dorée des églises.

On rencontrait des gens à fiuse souriante , en traversant les ponts. Et les marchands de b<^ s'interrogeaient y étonnés I

Or 9 à cette heure démente , profitant du sursis accordé parlliivery une dame s'en allait résolument, du fiiubourg Saint-Germain au parc Monceaux y à pied, seule.

Une dame comme une autre, mon Dieul en waterproof, en demi-bottes, les mains enfouies dans le tunnel ouaté d'un manchon en peau de singe à loogs poils.

Cette passante était voilée mystérieusement. Une voilette double, épaisse, couvrait son fin visage.

Elle passait silencieuse, rapide, laissant derrière elle, dans la foule grossière, un sillage d'odeurs exquises et discrètes.

Où allait^lle? je l'ai dit. Au parc Monceaux.

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Elle allait à nn rendeB-vons, à on rendez-vous d'amour : le premier I '

Elle n'était plus jeune. Non. Mais eUe était balle encore, et son cœur n'avait pas vécu.

Troublée comme une jeune fiUe, cette femme vieillie marchait, presque follement, à son but cou- X>able, sans regarder derrière eUe, avec désespoir.

Et je sais ce que disait son oœur fiar^ Ûan que ses lèvres p&les, serrées, ne laissassent passer aucune parole.

n diant aknrs sree un sombre emportement i

c Je veux aimer, je veux être aimée, comme « d'autres femmes que je sais aiment et sont aimées I « — La créature perverse qui vit en moi, ignorée, la <c créature inf&mequej'aibravementdamptéependant <c tant et de si longues années, crie grâce et se révoltai «^ Elle supplie, et eUe veut ! — La femme inconime « qnejeseuBlà, sous mes vêtements d'épouse bonnètai « demande enfin, violemment, à sortir du linceul glacé « où ma volonté Ta couchée autrefois.

€ Eh bien, soit! — tu vivras de cette vie terrible, « Tierge inassouvie I tu te gorgeras de ces fruits m Impurs qu'on défend I J'ai hftte de me plonger dans a cette fange divine et immonde qu'ils m'ont nommée « tant de fois, tout bas, à l'oreille, oes hommes qui € m'adulent!

c Je l'ai résohi. Je le veux! Quelle infemie! ah! je « suis vieille! Vieille! quelle folie!

€ Non ! je me sens jeune ! j'ai Tété dans le oœnr ; « et il me brûle , il m'énerve ! Et les mots tronblants <( qne ce jenne homme a murmurés, hier, an bal, me « donnent aujourd'hui ces battements de oœur que (( d'antres connaissent à vingt ans.

« Aimer! être aimée! Que ce monde soit broyé, s'il « plaît à Dieu, je n'en sentirai pas la moindre tristesse. « J'aime ! après cela, vienne la mort: je lui cracherai « mon âme perdue à la face ! »

Ainsi exaltée, violente, éperdue, la dame à la double voilette s'en allait fendant avec mépris les flots du peuple placide.

Que de saintes barrières franchies déjà, potii^ tant!

Elle avait tout brisé, tout détruit, passé et avenir, dans son esprit; et, rouge, non de honte, mais de ses déâirs voraces et afiamés, elle serrait ses poings délicats dans son manchon, et pressait le pas, légère comme une fillette sans soucis.

Elle fuyait l'honneur conquis, comme Napoléon revenant de Moscou. La course de cette femme voilée, c'était sa retraite de Ilussie. Quel désastre efirayant! Devoir, souvenirs, réputation, résignation héroïque, elle abandonnait tout , pour aller plus vite.

' Derrière elle de chères voix l'appelaient sans re- Iftche. Elle ne les écoutait plus.

Elle marchait, tendant l'ftme comme on tend les bras, vers ce pays étrange, terrible, au ciel torride.

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aux fleurs empoisonnées, mais si déHciensement pai> fumées.

Tont à coup, à la hantenr des Ohamps-Élysées, elle croisa mie bande de collégiens. '

• C'était nn jeudi y parbleu I vers trois heures^

Pauvres en&ntsi Us allaient , deux à deux, les grands en tète, prendre Tair, avec permission du pion, et sons son œil inflexible.

Us aDaienty deux par deux, les pochQS de la tunique gonflées par derrière, le pantalon trop court laissant voir le bas bleu mal tiré y avec des souliers de soldat , énormes.

Les petits trottaient pour emboîter le pas exactement.

Le dernier, celui que le garçon tenait par la main, marchait, pâlot ^ d'un pas fittigué. U était fort gentil, ce moutard. Des taches de rousseur constellaient sa pauvre petite tête résignée.

Tous les enfants , en passant , regardèrent la dame gui courait si vite, droite , hermétiquement voilée.

La passante coupable regarda aussi, machinale* ment, les gamins.

Un cri étoufié sortit de sa bouche.

Personne ne l'entendit. Mais je sais qu'elle lo poussa.

Certes, elle ne s'attendait pas à ce choc suprême. Elle n'avait pas pensé que son cher petit garçon , ce doux innocent, pourrait la rencontrer au moment où

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elle allait jeter l'honneur de son père aux pieds d'an amant.

Et elle venait de le ymrl

Le conp fat rade.

n lai sembla immédiatement qu'elle entendait aatoar d'elle les mots saayagement ornels dont les enfimts se senrent entre eox poor reprocher à on oai-» marade la &ate de ses parents.

Elle vit, dans one coor déserte y pleorani de rage et mis en quarantaine par ses condisciples ingënieux, le paorre petit pftlot, conçu sans joie, mail devena son seul espoir dans la vie.

Elle le vit, pins tard, grave et triste, venant loi ùdre une visite dans quelque maison isolée » après l'éolAi d'un procès en séparation.

La honte, peu lui importait I mais les pleurs amers de son fils, du fils « de /a femme qtii ê^est mal conduite »^ lui tombaient brûlantes sur le cœur. Elle les sentui»

Visions terribles I

Elle s'arrêta, blanche comme un linge, s'aeah sur un banc, et éclata en sanglots sous les voilettes

Les collégiens étaient passés depuis longtemps.

Ce fut un petit bonhonmie tout barbouiUé, sa pelk de bois à la main , qui la tira de l'engourdissement qui suivit la crise nerveuse.

— Pourquoi tu pleures, Madame? dli-il avec un gentil sourire interrogateur.

La dame an waterproof embrassa Tenfant avec em- }>ortement, puis, la tête basse, elle retourna snr ses pas.

Elle était résignée à jamais*

L'été de la Saint-Martin de Famonr venait de finir dans son &me, et le soleil se conchait snr Paris, paisi« blement.

LTiiver arrivait, irrévocable, dans la natnre et dans son cœur. Mais il restait le foyer!

Fiv

TABLE DES MATIÊBES

DtfDICAOB. • • • • i • . i I

J'ai modèle. 4

Dame qui nâmge • 6

Ijft poste restante. 44

La dame qni trayerse 47

Aetéon, tu es vengé, mon bon 1 20

l4i prinoesse Badronlboadour 27

Une histoire de marrons dinde 32

Ohl comme nn oiseanL 37

Le Terre de ohartreuse. 13

Fascination. id

Démolition 54

Une main 58

Une faction dans les roses 62

La dame de minuit 68

Sons les coootiers 74

Bonsoir, mademoiselle Nicotine 79

Flambées d'équinoxe. '. 84

Mon antipode 94

(EU de dame. 98

Les dilettantea de la Morgue 402'

383 TABLB DR8 MATlàRBS.

Boorgeoise d*été. 107

Lapmllfi. 4fS

n 7 a fi^;ot et fiigot 416

Cttrôme. I2Î

Petite culotté de dame. IÎ6

l^riie carabinée. 432

LnndL 436

Rédemption. 449

Au sermon de l'abbé X**% spectade maigre en A tableaux. . 456

Le refiige. 464

JL parte. 466

Lee teK dames.. 473

An Mnaèe de Ctanj, 479

Les suites d*une Samt^dilMii^aa , 486

Les petits cadeanx. ..«..«..• 491

La £sutc du printemps. 196

Un certain soir. 200

La fleur de cyclamen.. . . i . . . , . . S06

L'argent ûdt le bonbeur 244

Ce dont on rit plus tard. ....•,'•... 220

Le train... des maris. , 230

Tbomine des Brujères. • • • . • 236

La volige. 242

Notre grande flUsberie. , « « 247

Abl la pauvre petite fismmel , , , 257

Ce que disent nos meubles. • • • « • • 263

Le bain de la cbaste Suzanne. , « 274

La saison des voisines. « • , 276

Un amour sur le pavé. . « 261

La page.... 294

La lettre de mon ami Lucien , surnommé k Htir Hiêti, • . « 296

A quoi rêvent les vieilles filles -. 304

Retour an beroaîL ; ;.•••••., 347

Deux tdtes sur un ormller 320

Cette grue dlrma (bistoire pour le jour de la Toassaint),. . , 326

La Vénus d'Anatole. 330

Une légende d'atelier 336

Le petit bouton. • • • 344

TABLS DS8 IfATlÂRBS. , 883

Ave, sanoto Genoreiat 346

Pensées da 5 vmL 349

Madame P. K. 0 355

Mieux Tant jamais que trop tard. 361

Le langage des flears. 367

élé da la Saint-Martin -. 374

FIN DE LA TABLB DÉS MÀTIÈREfl.

^aris. — Impr. Tiérille et CapiomoBt, me des Poilevinii 6«

CONTES

GRANDES PERSONNES

PARIS. — IMP. SIMOX HAÇON ET COUP., RUK d'cRPORTUi I.

ERNEST D'HERVILLÏ

CONTES

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