‹ Mesdames les ParisiennesChapitre 68 sur 74 · LA GLACIÈRE · texte numérisé non relu

LA GLACIÈRE

— Aujourd'hui, elle saura que je Taime! Ainsi se dit résolument Tremblevif, en se rendant au Louvre, le 7 juin, sous le soleil le plus ravissant, le plus vivifiant, par les rues gaies et pleines de figures jeunes du quartier des Martyrs.

Et, léger, humant l'air encore pur du matin, il marchait d'un pied qu'on ne sent pas se poser sur le sol, souriant à tout le monde, caressant les têtes brunes ou blondes des enfanis, donnant des sous à des gens supposés mendiants qui les refusaient tout étonnés, et brûlant un cigare d'un air si dégagé qu'il faisait rire les modistes assises à leurs établis.

Au Palais-Royal, il entra dans le premier café venu, déjeuna en trois minutes et se fit apporter tout ce qu'il faut pour écrire, même à une femme!

i46 CONTES POUU LES GRANDES PERSONNES.

Et au milieu du tapage et de la poussière que faisaient les garçons, la serviette roulée autour du cou, en balayant, il écrivit cette lettre si bêtement touchante qui n^a qu'un seul lecteur et qui fait pouffer de rire celles qui n'en pleurent pas à douces larmes.

Dans cette épitre passionnée, et comme postscriptum suppliant, Tremblevîf demandait à la jeune inconnue dix minutes d'entretien à la sortie du Louvre, devant Saint-Germain TAuxerrois.

Cet immense ouvrage terminé, le peintre enthousiasmé, et désormais heureux pour la vie, du moins il voyait ainsi dans ses rêves tous ses espoirs réalisés, — innocente et consolante fatuité I — alla acheter un bouquet de lilas blanc chez madame Prévost, qui le lui fit payer comme à un amoureux ; puis, au pas de course, il arriva au Louvre.

Il n'y avait pas cinq minutes que les perles étaient ouvertes, et personne encore, à pari Tremblevif, n'était à son chevalet. D'ailleurs, il faisait si beau I

Lepeinire, ivre de joie, sa lettre sur le cœur, son bouquet à la main, après avoir salue d'un

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regard chargé de tout son amour les instruments de travail de sa bien-aimée et sa place accoutumée, se consulta un instant.

Où mettre sa lellre? Puis, il réfléchit subitement que son bouquet était d'un compromettant achevé, et tout penaud, contrarié, il le cacha sous son pardessus, qu'il déposa sur la barre d'appui.

Mais où mettre la lettre? La difficulté était insurmontable. Pour le coup, Trerablevif se vit précipité alors de son édifice témérairement élevé et désespéra de son projet qui lui avait paru si excellent.

Depuis longtemps la jeune fille venait seule au Louvre. Parfois une bonne raccompagnait. Cette bonne, cet Argus inévitable, viendrait-elle ce jour-là ?

Enfin, Tremblevif se décida à laisser les choses se préparer d'elles-mêmes, et à profiter d'une occasion. L'amour est ingénieux, pensait-il.

La jeune fille ne se montra pas de toute la journée. Ruysdaél resta seul. Et la Buveuse de Metsu se vit délaissée.

Dire les. cent mille idées que celte absence fil éclore dans la tète de Tremblevif est chose impossible.

i4H COMTES POUR LES GRANDES PERSONNES.

Ce- fut yn tourbillonnement fou de pensées contraires, désolantes ou joyeuses, qui remplit la cervelle suï*excitée du pauvre garçon.

— Elle sait mon amour; elle a peur d'ellemême; elle me fuit ; mes regards Pont effrayée, se [disait-il. Mais non, je lui déplais, elle me hait. Je ne la verrai plus. Qui sait? ô mon Dieu ! elle est malade 1 elle est morte!,., morte?... Ce n'est pas possible... Oh! ma tête est en feu!...

Le malheureux jeune homme était réellement indisposé, le lendemain, en revenant au Louvre.

Pas plus que la veille, l'inconnue ne vint occuper sa place habituelle.

Par un retour assez commun, le dépit remplaça Pamour dans le cœur désolé de Trem* blevif.

El la Buveuse fut presque achevée , grâce au travail fiévreux et violent du peintre aux abois.

L'absence de la jeune fille se continua pendant huit longs jours.

Tremblevif, hagard, fou à moitié, vivait en machine; il mangeait, se levait, se couchait sans avoir Pair de prendre part à ces différents actes.

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Ses yeux atones, cernés, sa pâleur; des plis subits sur la face, dénotaient une désorganisation intérieure qui faisait peur.

Guillaume et Cécile, troublés profondément dans leur joie calme, s'efforcèrent d'arracher à leur frère le secret qui le tuait.

Il fut impénétrable.

Comme il paraissait souffrir davantage quand on avait l'air de s'occuper de lui, on le laissa tranquille.

Le matin du huitième jour de celle mort lente, il promit de révéler le soir même la cause de son chagrin et de son dépérissement, el, après avoir embrassé plus tendrement que de coutume sa sœur, et serré les mains larges de Guillaume, il partit pour donner le dernier coup de fion à sa copie.

— J^irai te prendre au Musée, dit Guillaume.

— Soit ; tu feras bien.

Il partit.

Jusqu^à trois heures, il attendit la venue improbable de celle qui le crucifiait ; puis, à trois heures et quelques minutes, après avoir soigneusement rangé ses affaires, sombre et résigné, il se dirigea, son chapeau à la main, vers le brigadier

des gardiens qui passait, selon son habilude, en faisant chatoyer ses boutons d'or et son gilet rouge.

— La demoiselle qui copie le RuysdaêU n"" 472, ne vient-elle plus au Louvre? dit avec froideur Tremblevif.

— Mademoiselle Anna?

— Précisément.

— Non. Elle a redemandé ses affaires hier. A l'heure qu'il est , elle doit être appelée madame. J'ai assisté à sa messe de mariage ^ce matin.

— Ah! murmura Tremblevif... mariée?

— Vous avez quelque chose à elle appartenante

— Deux brosses. ,

— Vous me les donnerez. Je les lui ferai tenir. Tremblevif salua le gardien, et, comme s il

ne savait où aller, il eut Tair pendant un moment de se consulter sérieusement sur le chemin à prendre.

Puis il enfila rapidement la galerie, le salon carré, la galerie d*Apollon, et, par le petit esca» lier de service qu'il descendit, machinalement, par habitude, il se trouva bientôt dans la cour du Louvre, sur le bitume, entre les plaies*

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bandes fleuries encadrées d*une large bordure de lierre.

Quand il se vit seul avec le sentiment affreux de Tanéanlissement de ses pauvres joies rêvées ; quand il constata, avec une précision cruelle, que le gardien ne s'était pas moqué de lui, que tout ce qu'il avait dit était l'exacte vérité, qu'aucun effort humain ne pouvait retarder d'une seconde rhorrible dénoûment de son amour, il* sentit un frisson glacé errer autour de son cœur, dont le battement s'accéléra jusqu'à le rompre; d'amcresétreintes,commed'invisiblesmaîns, tordirent sa gorge, et deux larmes brûlantes, refoulées avec violence pendant un instant terrible, inénarrable, jaillirent brusquement de ses paupières impuissantes et tombèrent brillantes sur son gilet.

Mais reprenant une espèce de sang-froid, contractant ses yeux voilés par de nouveaux pleurs, i voc la ferme volonté de n'en plus verser devant

les passants, qui le regardaient déjà d'un air élonné, et opérant avec une force inouïe ce mouvement de déglutition qui débarrasse le gosier de tout ce qui Tétouffe, il sortit d'un pas rapide paria place du Carrousel. Puis, -l'impulsion première épuisée en quelque sorte, il se prit à marcher plus lentement, voyant tout et ne se rendant compte de rien.

II entra dans les jardins de la place, s*assit sur un banc, se leva, ennuyé par les cris des petits enfants qui se chamaillaient pour une pelle enlevée ou du sable dérobé, et suivit le flot de badauds, de gens aflairés, bourgeois et prolétaires, qui s'en allaient du côté de la Seine.

Son âme, absorbée par une unique et désolante pensée, la pensée de la chute irrémédiable de ses espérances, laissait une entière liberté à ses sens.

Et les fonctions de ceux-ci s'exécutaient avec une lucidité parfaite et comme pour leur propre satisfaction.

Les yeux voyaient merveilleusement bien, Toreillc percevait les bruits les plus légers, Tod*)ral élail frappé par les odeurs les plus complexe^ et savait les isoler parfaitement et les définir, le

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loucher s'exerçait d'une étonnante façon, seulement l'âme n'avait conscience de rien de tout cela : elle vivait au delà, en dehors, loin du corps.

Tremblevif remonta le quai le long du Louvre, prit le pont des Arts, toujours de ce pas monotone, incessant, qui ne se fatigue pas, indifférent aux chocs, à la boue, passif ; un pas de troupeau de moutons.

En passant sur le pont, il regarda la Seine; mais la conséquence logique du paroxysme dans le désespoir ne se montra pas pleinement à ses yeux intérieurs.

L'idée de se soustraire à la douleur par un suicide ne lui vint pas. Si la volupté excessive, prolongée, dévient une douleur, la douleur infinie produit une sorte d'engourdissement voluptueux auquel on se laisse aller, non point lâchement, mais par horreur, dans le premier moment, d'une résolution quelconque, bonne ou' mauvaise, qui ne ferait qu'apporter un changement, et non un soulagemenf, dans l'état présent.

Le soleil brillait encore derrière les Tuileries ; dans une poudre d'or charmante les hauteurs de Chaillot, le toit du palais de Tlndustrie, l'Arc de

triomphe, se dessinaient entre des masses d'arbres.

De gros nuages noirs faisaient ressortir la teinte splendide du ciel au couchant.

Le temps était exlrêmeraent doux.

La Seine brillait , en aval , couverte de barques, de chalands, de bateaux de bains qu'on construisait. On entendait les coups de marteau des ouvriers.

De Taulre côté, en amont^ la Cité, aux toits et aux Taçades illuminés, s'avançait sur le fleuve, comme un noble vaisseau.

A Tavant, les arbres du terre-plein du pont Neuf frémissaient au vent léger, verts et gais.

Comme un mât magnifique, la flèche de la Sainte-Chapelle fendait l'azur ravissant, piquée de points étincelants.

Tremblevif regarda les pécheurs assis sur les murs du barrage; leur ligne brillait au soleil. On lavait les chiens, un peu plus loin.

Il passa, côtoyant les quais, en remontant vers la rue Dauphine. Il vit les livres exposés sur le parapet. La boite des volumes dépareillés à dix centimes attira ses regards. Il examina aussi les minéraux poussiéreux et les médailles ef-

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facéesy dans des boites rouges, à côté des livres.

Que lui faisaient ces livres, ces coraux, ces médailles? Pourquoi regardait-il plutôt là que là? Il n*en savait rien. Il regardait en marchant, voilà tout.

Il passa, coudoyant les cochers des fiacres rangés en longue ligne, et qui riaient et fumaient.

A la rue Dauphine, il s'arrêta pour laisser passer l'omnibus de Montparnasse, puis il oublia pourquoi il s'était arrêté, et, sur le bord du trottoir, pendant longtemps, il resta calme, sombre. EnGn il se décida à reprendre sa course sans but.

La rue Dauphine, qu'il suivit, était pleine d'un monde gracieux et réconfortant de jeunes femmes, déjeunes gens, de boutiques attrayantes, aux étalages frais, engageants. Tremblevif passa, s'arrêlant à tout et se demandant le motif de ses stations subites.

U atteignit TOdéon.

Ah I qu'il tourna longtemps sous les galeries sombres. Il feuilleta, par-ci, par-là, les volumes non coupés, sans y rien comprendre. Il regarda les caricatures des journaux illustrés, avec grand soin., comme si quelque secret. était renfermé

dans les petits (rails de crayon de chaque gravure. Il passait, allait, venait, retournait sur ses pas, sans besoin. Il lut rafQche du théâtre. On donnait le Malade imaginaire. Il se demanda s'il n'irait pas louer une slalle d'orchestre.

Après un bon dîner, pensait-il, et un bon cigare, aller s'asseoir là, quelle volupté! et rire, rire beaucoup.

La tension de toutes ses facuUés mentales, leur convergence vers un même point, vers une idée unique, avaient éteint sa douleur dans une sorte d'hypnotisme.

Il était dans l'état qui suit la crise : la béatitude des nouvelles accouchées, le sommeil lourd qui empoigne les amputés, les opérés, dont les souffrances précédentes ont été terribles et sans arrêt, en sont des exemples dans Tordre physique.

Pour Tremblevif, c'était dans l'ordre moral que, chez lui, la douleur se trouvait à l'état latent.

Il n'éprouvait plus rien qu'un hébétement intraduisible, et comme le corps se trouvait dans les meilleures conditions de vie, ses besoins matériels, non comprimés par la volonté noyée

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dans raffaissement, dans l'assoupissement cérébral, se décelaient d'une façon bizarre.

Il crut avoir une faim extrême, et, quillant les galeries de TOdéon, il se rendit, ou plutôt son corps se rendit, comme le cheval à qui le maître rêveur laisse les rênes sur le cou, dans un petit restaurant à prix fixe, situé dans une rue voisine.

Il demanda, au hasard, le dernier plat par lequel le garçon, bredouillant, termina sa nomenclature de mets, et Tavala gloutonnement ; puis, rassasié tout d'un coup, il paya son dîner complet, sans écouter les représentations du gar çon, qui tenta vainement de lui expliquer qu'il avait droit à autre chose encore.

Quand il sortit, il fut trcs-élonné de voir le ciel assombri subitement. Un orage imminent, poussé par le vent, qui faisait çà et là battre les branches des arbres et les persiennes des maisons, étendait son manteau noir sur les flammes du couchant.

Il reprit sa marche incertaine, au but indéterminé, infatigable et résigné.

Autour du Panihéon, flagellées par le veni chargé de poussière piquante, les hirondelles,

qui rasaient le sol de leurs ailes azurées, virent Tremblevif marcher, marcher sans cesse, la télé basse.

Il allait, dépeigné par le souflle de Torage, les bras ballants.

Il parcourut les rues solitaires, provinciales, où les chats courent en plein jour, qui sont derrière le Panthéon.

Les femmes y travaillent sur le pas des portes. Les enfants, que nulle voiture, à cette heure surlout,ne vient troubler, jouaient aux soldats ou au cheval, sur le milieu du pavé.

Tout le monde , mères , enfants , travailleurs dans leurs boutiques, regardaient passer rinforluné Tremblevif, dont l'aspect élait sinistre.

11 allail. La nuit vint. La pluie à son tour éclata. Il allait toujours, au hasard, sans s'occuper des grondements de la foudre, des éclairs qui faisaient se signer les bonnes femmes qu'il croisait, et de la pluie froide et lourde.

11 allait, s'arrètanl devant quelque nom étrange, remarqué 'plutôt qu'un autre, sur l'enseigne d'une boutique.

Il allait, les trottoirs reluisaient^ les lampes

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des magasins lançaient de longues traînées de

feu sur le pavé.

n allait. Les ruisseaux grossis roulaient des

eaux noires, qu'illuminaient des becsde gaz, et une

puanteur horrible s*exhalait du flot bourbeux, il suivit, d'un boulàTaulre, la rue Mourfelard,

et, pour la première fois, se prenant à dire: « OJi !

que j ai froid ! »

Parfois, collant ses yeux fixes aux carreaux de

quelque cabaret, il enviait le sort des ouvriers,

qui s'emplissaient de bouillon et de bœuf, une

chopine à côté d'eux,'près d'un morceau de pain

gigantesque. Il allait, il allait toujours. Les apprentis qui

passaient en sifflant, un sac sur la tête et sur les épaules, pour se préserver de l'averse, lui flanquaient par les oreilles des mots grossiers et insultants qu'il ne comprenait pas.

Il allait, il allait toujours, transi de plus en plus, les pieds inondés d'eau. Il dépassa les Gobelins, la rue Croulebarbe, le boulevard extérieur, toujours muet, toujours résigné, ne répondant rien aux invitations ou aux injures des cochers qui passaient si près de lui, que les roues des voitures le frôlaient.

Quelle heure pouvaiUi être, quand il se trouva sur la route de la Maison-Blanche? Les lumières se faisaient rares, les passants aussi.

Tremblevif erra dans toutes les rues qui coupent la route boueuse; il erra en véritable fou, cette fois, se disant néanmoins qu'il fallait rentrer, mais sans se déterminer 5 rebrousser chemin.

Le quartier de la Bièvre lui était vaguement connu.

Il se hasarda, ne sachant plus que faire, mouillé jusqu'aux os, cfaquant des dents, à prendre la première rue à sa droite ; elle devait, dans son idée flottante, le conduire dans Paris, chez lui.

La première rue à droite se trouva être le Chemin du Moulin, pente roide, qui mène près de la Bièvre, dans une vallée misérable et désolée pendant le jour, effrayante la nuit. *

La cloche d'une église lointaine sonna. Trcmblevir écouta, et, comme toujours, en pareille circonstance, la cloche ne tinta qu'un seul coup.

Pas d'étoiles au ciel. La pluie tombait plus menue, mais d'une façon constante.

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Tremblevif descendit le Chemin du Moulin, traversa un pont de pierre, et vit, enlre des saules difformes, gibbeux, semblables à d'énormes faucheux aux longues pattes, la Bièvre, luisante comme de rébène polie, qui déctîvait des circuils nombreux. Il se trouvait alors près du bassin de la Glacière,

Le temps qui s'écoula entre le moment où le désespéré peintre, gelé, harassé, somnolent, jpénélra dans la vallée hideuse, et l'instant où, obéissant aux lassitudes de son corps et de son âme, il se laissa tomber sur la terre, au pied de hauts peupliers, ne peut s'évaluer. Lui-même ne put jamais le déterminer.

Mais il se réveilla à moitié perclus, quand Paube triste, grise, sale, fit son apparition en rechignant dans le ciel brouillé et noirâtre.

Il se sentait mourir; il se leva comme un homme encore troublé par une orgie récente, et, péniblement, avec de sourdes douleurs dans tous les membres, il remonta l'escarpement qu'il avait descendu sans s*cn apercevoir la veille, et se retrouva sur la route de la Maison-Blanche.

A sa démarche flageolante, deux agents de police le prirent pour un ivrogne et, le voyant tout

boueux, l'air idiot, le prièrent de les suivre au poste.

Il accepta presque avec reconnaissance et déclara qu'on viendrait le réclamer avant dix heures.

Il donna son nom et son adresse et supplia le chef du poste de le faire conduire chez lui, aussilot que cela serait possible.

Il ne savait plus ce qu'il disait. On ne le mit pas au violon. La fièvre qui le parcourait des pieds à la télé, visible pour tout le monde, le sauva de cet endroit humide, où il serait mort probablement, et, roulé dans une capote de soldat, il dormit presque paisiblement.

A dix heures et demie, Guillaume le Vermeil arriva en voilure, réclama son ami et Temmena rue Pigalle.

Le sommeil du malin avait calmé la fièvre de Tremblevif. Il sesenlait confusément mieux.

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