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NOUVELLES ANALOGIES : SOMMEIL ET RÊVES

certaines afiections extraordinaires : l'aliénation mentale, l'hallucination, le délire, l'extase, le somnambulisme naturel, l'hypnotisme, etc. ; il a appliqué à cette étude toute l'exactitude de la méthode d'observation qui n'admet que les faits bien constatés, et toute la sévérité scientifique qui n'attribue à ces faits d'autres causes que les causes de la nature. A l'intérêt qui s'attache à une telle étude, il a ajouté un attrait des plus piquants : il a observé sur sa propre personne, notant ses rêves au réveil ou faisant noter sur place les paroles qui les trahissent, indiquant les circonstances où ils se sont produits, essayant de les produire à volonté. On ne saurait vraiment être plus ingénieux.

Qu'est-ce que le sommeil ? Un épuisement de la force nerveuse, qui a besoin de se refaire. La vie organique se ralentit, la circulation, par exemple, et, par l'effet de ce ralentissement, une sorte de congestion se forme dans le cerveau ; en même temps la vie de relation s'affaiblit; les mouvements musculaires cessent presque complètement, et les sens sont émoussés ou aux trois quarts abolis. Quant aux facultés intellectuelles, la volonté disparait ou s'affaiblit, entraînant l'attention et la raison avec elle ; toutes les autres peuvent, soit s'endormir, soit rester éveilléts, car on sait combien le sommeil a de degrés, depuis Je sommeil

profond jusqu'au sommeil en proie aux rêves les plus agités. Tel est le sommeil; marquons maintenant, avec M. Maury, les effets singuliers qu'il cause.

Il peut causer l'insensibilité. M. Maury en cite des exemples, entre autres l'exemple d'une personne à laquelle on brûla, pendant son sommeil, un calus au pied, sans qu'elle s'en aperçût. J'ai connu aussi autrefois un Auvergnat, de sang épais, comme on dit, qui avait le sommeil si lourd qu'on pouvait le frapper à grands coups de chaise sans qu'il s'éveillât ou donnât aucun signe qu'il le sentit ; mes amis et moi renouvelions de temps en temps l'expérience.

Le sommeil fait à l'intelligence une autre vie que la vie éveillée. Le songe reproduit les idées de la veille, mais sans l'ordre que la raison y met ; elles se représentent ensemble comme elles se sont présentées, à l'aventure, ou elles se lient par des rapports superficiels, ou elles sont suggérées par quelque sensation qu'un sens mal endormi transmet encore, soit par quelque impression sourde de la vie végétative, soit par le mouvement spasmodique de quelque fibre du cerveau. Généralement, la volonté directrice n'est plus là, l'automate va seul et lorsqu'il suit ses idées, les suit, parce qu'il l'a fait éveillé

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Autre fait remarquable. Dans le sommeil et dans l'état qui précède et l'amène, interviennent des images, d(^s visions dont notre esprit est assiégé. Elles ne sont pas l'idée abstraite et intérieure; elles sont l'idée prenant un corps, une existence à part et apparaissant du dehors à l'intelligence comme un objet étranger. II ne reste plus qu'un pas à faire : à la voir les yeux ouverts ; c'est ce qui arrive lorsque nous nous éveillons d'un rêve où elle nous a frappés vivement ; c'est aussi ce qui arrive en pleine veille, par l'effet d'un trouble nerveux ou d'une préoccupation intense, et ce que ion nomme hallucination.

En présence de ces hallucinations, notre personnalité se dédouble : nous attribuons à un autre être des idées, des paroles qui sont bien à nous, mais que nous méconnaissons. M. Maury se souvient d'un rêve parfaitement clair, où il soutint avec im interlocuteur une discussion sur l'immortalité de l'âme. « Tous deux, dit-il, nous faisions vedoir des arguments opposés, qui n'étaient autres que les objections que je me faisais à moi-même. » Une autre fois, pendant la veille, le nom de Mussidan se présente à lui, sans qu'il se rappelât où était située cette ville ; il s'endort : un personnage lui apprend que c'est le cliet'-lieu d'un canton du département de la Dordogne ; une autre fois encore,

parlant anglais en songe, dans une visite imaginaire, il commet une faute d'anglais, et la personne à qui il fait visite le reprend, en lui disant la locution correcte.

Une des facultf^'S intellectuelles qui sont le plus développ(^es par le sommeil est la mémoire. Voici un fait bien digne d'être noté, que M. Maury raconte :

« J'ai passé mes premières années à Meaux et je me rendais souvent dans un village voisin, nommé Trilport, situé sur la Marne, où mon père construisait un pont. Il y a quelques mois, je me trouve en rêve transporté aux jours de mon enfance et jouant dans ce village de Trilport ; j'aperçois un homme vêtu d'une sorte d'uniforme, auquel j'adresse la parole en lui demandant son nom. Il m'api)rend qu'il s'appelle C..., qu'il est garde du port, puis disparaît pour laisser la place à d'autres personnages. Je me réveille en sursaut avec le nom de C..., dans la tête. Était-ce là une pure imagination, ou y avait-il eu à Trilport un garde du port du nom de C...? Je l'ignorais, n'ayant aucun souvenir d'un par-eil nom. J'interroge quelque temps après une vieille domestique, jadis au service de mon père et qui me conduisait souvent à Trilport. Je lui demande si elle se rappelle un individu du nom deC..., et elle me répond aussitôt que

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