‹ Mesmer et le magnétisme animalChapitre 4 sur 10 · Coup d'œil sur les convulsions · texte numérisé non relu

Coup d'œil sur les convulsions

Tradition du merveilleux dans les temps modernes (suite). — Baguette divinatoire. — Exorcismes de Gassner. — Attouchements de Greatrakes. — Aimants du P. Hell. — Tracteurs métalliques de Perkins.

Nous ne savons plus aujourd'hui ce que c'est que la baguette divinatoire : elle a eu autrefois un grand crédit dans toute l'Europe. Elle tournait entre les mains de celui qui la portait, quand il passait sur un lieu où se trouvait une source. Le Brun en raconte les merveilles en homme qui croit marcher sur les terres du diable.

« Plusieurs personnes, dit-il, trouvent de l'eau par ce moyen. On en est venu aux pierres qui servent de limites pour le partage des fonds. Cette baguette par son mouvement les indique. Si les bornes sont dans la même place où les avaient mises les possesseurs des fonds, la baguette ne tourne pas seu-

lement sur les bornes, elle tourne aussi sur l'espace qui est entre les deux, et fait ainsi passer celui qui la tient parla ligne que Ton appelle de séparation. Que si la borne n'est plus dans sa première place, la baguette tourne seulement sur cette borne et ne tourne point lorsqu'on s'en éloigne; on parcourt alors le champ jusqu'à ce que la baguette, par un tournoiement, indique l'endroit d'où on l'a malicieusement tirée.

« Avant la défense de M. le cardinal Le Camus, l'usage en était très-commun dans le Dauphiné. Beaucoup de gens de la campagne, hommes, garçons et filles, vivaient du pelit revenu de leur baguette; et une infinité de différends touchant les limites se terminaient par cette voie ; on avait volontiers recours à ces juges qui portaient en leur main la justice, et toutes les lois de leur tribunal. La sentence était promplement expédiée, et les frais en étaient modiques : cinq sols étaient le prix fixe de la découverte, aussi bien que de la vérification d'une limite.

« Pour découvrir les choses les plus cachées de près et de loin, on consultait la baguette sur le passé, le présent et l'avenir. Elle baissait pour répondre oui, et elle s'élevait pour la négative. Il était indifférent d'exprimer sa demande de vive voix ou mentalement.

« Le R. P. Ménétrier, jésuite, écrit que, depuis les expériences célèbres qu'on a fait faire à Aymar, on a vu des essaims de chercheurs de sources par le moyen delà baguette suivre comme lui les pistes des voleurs, découvrir l'or ou l'argent caché.... A combien d'effets, poursuit-il, s'étend aujourd'hui ce talent? Il n'a point de limites. On s'en sert pour juger de la bonté des étoffes et de la différence de leur prix, pour démêler les innocents d'avec les coupables d'un tel crime. Tous les jours cette vertu fait de nouvelles découvertes inconnues jusqu'à présent.»

Ce sont là des légendes et des assertions, mais voici un fait attesté par l'historien des Superstitions. « Un président du parlement de Grenoble, aussi respectable par sa probité, par son esprit et son érudition, que par ses charges et par ses qualités, voulut bien permettre qu'on lui tînt les mains, lorsque étant à Grenoble et entendant parler des expériences de la baguette, je ne pouvais croire le fait. Je lui lins la main droite avec les deux mains, une autre personne lui tint la gauche, dans une allée de jardin sous laquelle il y avait un tuyau de plomb qui conduisait de l'eau dans un bassin. En un instant la baguette fourchue qu'il avait entre les mains, la pointe tournée vers la terre, s'éleva et se tordit si fort, que M. le président demanda quartier, parce qu'on lui blessait les doigts. »

Encore ce magistrat n'est rien auprès du paysan Jacques Aymar, qui, en 1692, muni d'une simple baguette, suivit des assassins à la piste, sur terre et sur mer, pas par pas, onde par onde. Le plus sûr de l'affaire est qu'il y eut un malheureux de dixneuf ans qui, dénoncé par la baguette, fut roué vif à Lyon.

Nous avons déjà parlé des exorcismes de Gassner, lors de sa rencontre avec Mesmer. Il ordonnait au pouls d'une malade de battre plus ou moins vite, et le pouls obéissait. On a le procès-verbal de l'exorcisme d'une jeune fille, qui avait le don des représentations. Gassner lui ayant ordonné de paraître comme morte, son visage exprima parfaitement la mort, et elle parut entrer en agonie.

« Greatrakes \ écrit le savant George Rust (doyen de Conmor, puis évêque de Dromore en Irlande), était un homme simple, aimable, pieux, étranger à toute fourberie. Il n'avait sur la religion aucune opinion erronée, et il était fort attaché aux rites de l'Église anglicane. J'ai passé trois semaines chez lui avec M. Conwayes, où j'ai eu l'occasion d'observer ses mœurs et de le voir guérir un très-grand nombre de malades. Par l'application de sa main, il faisait fuir la douleur et la chassait par les extré-

1. Voyez Deleuze, Histoire critique du magnétisme animal, 2e volume.

mites. L'effet était quelquefois très-rapide, et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Si la douleur ne cédait pas d'abord, il réitérait les frictions, et faisait ainsi passer le mal des parties les plus nobles à celles qui le sont moins, et enfin jusqu'aux extrémités. Je puis affirmer, comme témoin oculaire, qu'il a guéri des vertiges, des maux d'yeux et des maux d'oreilles très-graves, des épilepsies, des ulcères invétérés, des écrouelles, des tumeurs squirrheuses et cancéreuses au sein. Je l'ai vu amener à maturité, dans l'espace de cinq jours, des tumeurs qui existaient depuis plusieurs années.

» Ces guérisons surprenantes ne m'induisent point à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel; lui-même ne le pensait point, et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni influence divine. La cure était souvent fort lente; plusieurs maladies ne cédaient qu'à des attouchements réitérés; quelques-unes même résistaient à tous ses soins, soit qu'elles fussent trop invétérées, soit à cause de la complexion du malade. Il paraît qu'il s'échappait de son corps une émanation balsamique et salutaire.

« Greatrakes est persuadé que la faculté qu'il possède est un don de Dieu, et voici pourquoi. Il y a environ quatre ans qu'il crut éprouver une sorte

d'inspiration et entendre une voix lui dire qu'il avait reçu le don de guérir les écrouelles. Fatigué plusieurs mois de suite par cette idée, il en fit part à sa femme, qui pensa que c'était une maladie de l'imagination. Un jour, ayant trouvé un écrouc!leux, il le toucha et le guérit; il en chercha d'autres, et le succès qu'il obtint lui donna confiance. Une fièvre épidémique s'élant déclarée dans le pays, il se crut averti par la même voix, et, s'étant rendu dans les lieux où les malades étaient réunis, il les toucha et en guérit un grand nombre. 11 s'imagina bientôt qu'il pourrait guérir toutes les maladies, et ses espérances furent réalisées. Cependant il était quelquefois étonné de sa puissance, et il allait jusqu'à douter si tout ce qu'il croyait voir n'était pas une illusion; mais enfin, s'étant persuadé que Dieu lui avait accordé une faveur particulière, il se dévoua uniquement au soin des malades. »

Au témoignage d'un savant théologien joignons celui de deux médecins célèbres, Faireclow et Aslelius, qui ont examiné soigneusement les guérisons opérées par Greatrakes.

« J'ai été frappé, dit Faireclow, de sa douceur, de sa bonté pour les malheureux, et des effets que produit sa main. Il n'emploie aucune cérémonie étrangère. Lorsqu'il a guéri quelqu'un, il ne s'en glorifie point, il se borne à lui dire : * Que Dieu

« vous conserve la santé; » et, si on lui témoigne de la reconnaissance, il répond sérieusement qu'il faut uniquement remercier Dieu. Tous ceux qui l'ont connu admirent sa piété et sa modestie. Il se plaît surtout à donner des soins aux matelots et aux soldats malades par la suite des blessures qu'ils ont reçues ou des fatigues qu'ils ont éprouvées à la guerre. »

Écoutons maintenant Astelius.

« J'ai vu Greatrakes, dit-il, soulager à l'instant les plus vives douleurs par l'application de sa main. Je l'ai vu faire descendre une douleur de l'épaule jusqu'aux pieds, d'où elle sortait enfin par les orteils ; une chose remarquable, c'est que, lorsqu'il chassait ainsi le mal et qu'il était obligé de discontinuer, la douleur restait fixée dans l'endroit où il s'arrêtait, et ne cessait que lorsque, par de nouveaux attouchements, il l'avait conduite jusqu'aux extrémités. Quand les douleurs étaient fixées dans la tète ou les viscères, et qu'il les déplaçait, elles produisaient quelquefois des crises effrayantes et qui faisaient craindre pour la vie du malade; mais peu à peu elles passaient dans les membres et il les enlevait entièrement. J'ai vu un enfant de douze ans tellement couvert de tumeurs scrofuleuses, qu'il ne pouvait faire aucun mouvement : Greatrakes fit résoudre la plupart de ces tumeurs par la seule ap-

plication de sa main ; il ouvrit avec la lancette celles qui étaient les plus considérables, et il guérit les plaies en les touchant et en les mouillant quelquefois de sa salive. »

Astelius raconte encore plusieurs guérisons remarquables dont il a été témoin. Il affirme qu'il en a vu un bien plus grand nombre dont il supprime le détail ; il confirme les éloges que Rust et Paireclow ont faits des mœurs et du caractère de Greatrakes, et il reconnaît comme eux que les guérisons qu'il opérait n'avaient rien de miraculeux, qu'elles n'étaient pas toujours complètes, et que même quelquefois il ne réussissait pas.

Valentin Greatrakes, chevalier d'Alfane, était né dans le comté de Waterford, en 1628. Ce fut en 1662 qu'il se sentit porté à toucher des écrouelles, et en 1665 qu'il essaya de traiter toutes sortes de maladies. En 1666 il alla à Londres, et la cour l'appela à Whitehali. Il y fit des guérisons; mais il lui arriva ce qui devait arriver à un homme simple et pieux : plusieurs courtisans se moquèrent de lui. Il se retira dans un quartier de Londres, près d'un hôpital, où il allait tous les jours toucher des malades.

Nous avons cité plus haut les aimants du P. Hell ; n'oublions pas les tracteurs métalliques de Perkins. Vers 1792, un médecin des États-Unis, ElishaPer-

kins, attribua aux métaux de l'influence sur les corps vivants. En conséquence, il fit construire un instrument long de deux pouces et demi, composé de différents métaux, appelé tracteur métallique. « Pour guérir, dit Deleuze, plusieurs affections locales et particulièrement les douleurs inflammatoires, il suffit de promener lentement la pointe du tracteur sur la partie affectée, en suivant la direction des principaux nerfs, et cela vingt ou trente minutes de suite, deux ou trois fois par jour. La maladie cède quelquefois à la première opération ; souvent aussi la guérison exige plusieurs semaines. On fit avec le plus grand soin l'expérience des tracteurs métalliques dans les hôpitaux de Philadelphie. Un grand nombre d'hommes éclairés, parmi lesquels on compte des physiciens, des naturalistes, et quarante-deux médecins ou chirurgiens des plus distingués, attestent l'utilité de cette découverte, qui fut approuvée par le gouvernement.» d Benjamin Perkins, fils de l'inventeur, ayant porté des tracteurs à Londres en 1798, en fit publiquement l'essai dans les hôpitaux ; il obtint une patente qui lui assurait le privilège exclusif de les vendre, et il fit imprimer la relation des cures opérées par ce moyen sur les hommes et sur les chevaux.

Tradition du merveilleux dans les temps modernes (suite). — Tables tournantes et esprits.

C'était au commencement de mai 1853, l'hiver ne finissait pas, les amusements de Tannée étaient épuisés; en fait de merveilies, quelquefois on suspendait dans un verre, par un fil léger ou un cheveu, une bague, qui, la main restant immobile, se mouvait dans le sens voulu par l'opérateur et frappait le nombre de coups qu'il avait pensé. Mais cette merveille datait de longtemps. Cependant on attendait quelque chose. Déjà on essayait de développer cette première expérience, et le cheveu suspendu profitait : il disait l'âge des personnes sur lesquelles on le consultait. Il pouvait aller loin, quand il nous vint une nouvelle étrange. Plusieurs personnes étant rangées autour d'une table et formant

une chaîne, la table tournait, lentement en premier lieu, puis avec une telle vitesse qu'il fallait courir pour la suivre. On essaya, timidement et assez gauchement d'abord : on ne savait pas trop comment s'y prendre ; mais on connut bientôt la méthode. Il fallait, pour le moral, fixer son attention sur le fait à produire ; pour le physique, placer le pouce de la main droite sur le petit doigt du voisin de droite, et le petit doigt de la gauche sur le pouce du voisin de gauche, quand on voulait que la table tournât à droite; et au contraire, si elle devait tourner à gauche. Ce fut à qui réussirait. Réussir prouva la chose, ne pas réussir ne prouva rien : car on distingua vite entre les sujets qui faisaient l'expérience, les uns bons, les autres mauvais, qui n'avaient pas ce qu'il fallait pour cela. Le fait produit, on l'expliqua, et généralement ainsi: tout le monde sait ce que c'est qu'un fluide, et qu'il y a un fluide dans notre corps ; supposez qu'il s'échappe par les extrémités des doigts, il passe dans la table, où il circule, et voilà ce qui fait que la table tourne. Mais on comprend aussi qu'il n'est pas égal en tous les hommes.

Ce fut une passion et tout fut oublié. Dans un pays spirituel, dans des salons ordinairement animés d'une conversation piquante, on a vu pendant plusieurs mois des Français et des Françaises, qu'on

accuse d'être légers, assis des heures entières autour d'une table, sérieux, immobiles, muets, les doigts étendus, les yeux obstinément fixés sur un même point et l'esprit obstinément fixé sur une même idée, dans une attente pleine d'angoisses, tantôt se relevant épuisés par des efforts inutiles, tantôt, si un mouvement se déclarait, si un craquement s'entendait, troublés et jetés hors d'euxmêmes, poursuivant le meuble qui fuyait. Il n'y eut pas d'autre occupation et d'autre conversation pendant tout un hiver. Il y eut un beau moment, le moment de la première ferveur, de la confiance et de l'enthousiasme qui font réussir. Quelles dissertations profondes sur les fluides ! Quels triomphes modestes de ceux qui avaient du fluide, quelles humiliations de ceux qui n'en avaient pas ! quel feu pour propager la religion naissante 1 quelle affection entre adeptes! quelle indignation contre les esprits forts ! Ce fut l'âge héroïque des tables tournantes. Après les premiers jours d'anarchie, où les rangs étaient confondus, les talents supérieurs se déclarèrent, il y eut les initiateurs et la foule. En l'absence des initiateurs, tout languissait ; à leur entrée, le salon prenait une figure nouvelle, on sentait qu'on passait à quelque chose de sérieux. Ils commandaient et on obéissait, ils prononçaient sur les cas difficiles, ils mettaient les tables en mouvement,

puis ils se retiraient, laissant le menu peuple courir après. Ils ont eu un moment un personnage; maintenant rentrés dans la vie privée, ils y ont conservé une sorte de dignité triste.

Toute chose profite ou meurt. Pour changer le mouvement de la tahle, on avait changé la position des mains ; on s'affranchit de cette nécessité matérielle: la volonté suffit. On ordonna à la table de tourner, de s'arrêter, d'aller à droite ou à gauche, elle obéit. On espéra tout. Il y eut de mauvaises plaisanteries. On raconta qu'une table mue par des priseurs ayant éternué, une autre mue par des avocats avait répondu : « Dieu vous bénisse ! » Le Siècle prétendit que des matelots, ne pouvant faire virer un navire, avaient fait la chaîne magnétique, et que le navire avait viré. On devrait avertir quand on rit; plusieurs crurent le fait du Siècle, et partirent de là pour assurer qu'avec une volonté ferme, sans y mettre les mains, les matelots auraient levé l'ancre.

Aux tables tournantes la malveillance opposa les tables volantes. Les tables volaient déjà depuis vingtdeux ans ; la merveille à la mode se trouvait donc dépassée et vieillie, ce qui est triste pour une nouveauté. Ou rapporta (Illustration, 25 juin) de Sibérie une lettre de M. TscherepanofT, qui aurait vu, en 1831, des lamas ordonner à des tables de suivre

leurs gestes, et les laisser retomber pour observer la direction de la chute, qui est justement la direction d'un objet dérobé qu'on recherche. On ajoutait que les Chinois jouaient de temps immémorial au jeu des tables tournantes.

Les vrais croyants ne se laissaient point émouvoir par des plaisanteries. Quant à l'ancienneté du fait, cela même leur était un argument. Quelques-uns allaient chercher des appuis jusque dans l'antiquité sacrée. Pour nous en tenir à la profane, sans discuter l'histoire des flèches d'Hercule, qui allaient où leur maître voulait, ni approfondir la vertu que les anciens attribuaient à une volonté forte, nous nous rappelons, comme tout le monde, que la pythie de Delphes rendait sur un trépied les oracles célèbres par lesquels la Grèce se conduisait. On la prit d'abord jeune, plus tard âgée au moins de cinquante ans, mais toujours elle monta sur le trépied. En outre, nous trouvons dans Homère la mention expresse des trépieds de Vulcain, dont l'auteur parle en ces termes : * Thétis trouve Vulcain tout couvert de sueur, fort empressé après les soufflets de sa forge, car il se hâtait d'achever vingt trépieds qui devaient faire l'ornement d'un palais magnifique. Il les avait assis sur des roues d'or, afin que d'euxmêmes ils pussent aller à l'assemblée des dieux et s'en retourner, spectacle merveilleux à voir. I's

étaient sur le point d'être achevés, il ne leur manquait que les anses. » {Iliade, XVIII, traduction de Mme Dacier. « Quel jour jeté sur la question ! » comme dirait l'auteur du Mystère dévoilé.

Cependant une communication scientifique donna beaucoup à réfléchir. Le 13 mai, les Débats publièrent une lettre de M. Chevreul, l'académicien, lettre qui avait paru vingt ans auparavant dans la Revue des Deux Mondes, et qui se rapportait alors à un fait antérieur d'une vingtaine d'années. Plusieurs personnes affirmaient, en 1 8 1 2, qu'un pendule formé d'un corps lourd et d'un fil flexible oscille lorsqu'on tient la main au dessus de certains corps , quoique le bras soit immobile, et pressaient M. Chevreul de répéter l'expérience. M. Chevreul la vit d'abord réussir entre les mains d'une personne qui tenait ce pendule audessus de l'eau, d'un bloc de métal ou d'un animal vivant, et la vit réussir entre ses propres mains, quand il mettait sous l'appareil une cuvette de mercure, une enclume, plusieurs animaux. Étaient-ce là en effet les seuls corps qui eussent cette vertu ? Il les remplaça par du verre, de la résine, et les oscillations diminuèrent et s'arrêtèrent. Il échangea les premiers corps et les seconds à plusieurs reprises, même résultat. Les savants sont difficiles à contenter. « Plus ces effets me paraissaient extraordinaires, dit M. Chevreul, et plus je sentais le

besoin de vérifier s'ils étaient étrangers à tout mouvement musculaire du bras. » Il fit faire un support mobile sur lequel son bras portait, et il vit que plus le bras était appuyé, plus le mouvement était faible, et que si les doigts appuyaient eux-mêmes, il cessait. Il se souvint de plus d'avoir été dans un état tout particulier pendant qu'il faisait l'expérience, et, la répétant pour s'observer lui-même, il reconnut en lui une disposition ou tendance au mouvement, involontaire, mais d'autant plus satisfaite que le pendule décrivait de plus grands arcs. Il pensa que, s'il faisait l'expérience les yeux bandés, il y aurait d'autres résultats, ce qui ne manqua point. « Pendant que le pendule oscillait au-dessus du mercure, on m'appliqua un bandeau sur les yeux, le mouvement diminua bientôt; mais, quoique les oscillations fussent faibles, elles ne diminuaient pas sensiblement par la présence des corps qui avaient paru les arrêter dans les premières expériences. Enfin, à partir du moment où le pendule fut en repos, je le tins encore un quart d'heure au-dessus du mercure, sans qu'il se remît en mouvement. Pendant ce temps-là, et toujours à mon insu, on avait interposé ou retiré plusieurs fois soit le plateau de verre, suit le gâteau de résine. » Il conclut que la pensée d'un mouvement à produire peut mouvoir nos muscles, sans que nous ayons ni la

volonté ni la connaissance de ce mouvement, et, en dernière analyse, qu'il est facile de prendre des illusions pour des réalités. Cette communication et l'opinion de M. Arago, exprimée quelques jours plus tard dans l'Académie, confirmèrent plusieurs personnes dans leur doute, et ramenèrent tous ceux qui ne s'étaient pas beaucoup avancés. Les tables tournèrent, du reste, comme si M. Chevreul et M. Arago n'avaient rien dit.

La Société royale de Londres écouta une communication là- dessus. L'illustre physicien M. Faraday s'était persuadé que le mouvement de la table venait du mouvement des mains des opérateurs, mouvement dont ils n'avaient pas conscience; il se proposa de le leur rendre sensible. L'appareil consistait en quatre ou cinq plaques de carton trèslisses, unies entre elles par du mastic à demi dur, la plaque inférieure fixée de même façon à un morceau de papier de verre, qui était sur la table; quand la table eut tourné, il enleva ses disques et montra que les supérieurs avaient glissé sur les inférieurs dans le sens de la table même. L'impulsion partait donc des mains et retardait en s'éloignant. Une autre fois, c'était une feuille de mica. Le mica collé à la table, elle tournait ; le mica libre, elle ne tournait pas. Pour achever sa démonstration , il inventa un appareil dont nous donnons l'idée princi-

pale. Une longue aiguille très-légère porte sur une tige, qui la divise en deux parties très-inégales comme un levier ; elle appuie sa courte branche sur un disque de carton disposé comme précédemment. Le disque se déplace-t-il un peu, aussitôt l'aiguille tourne, et la longue branche considérablement. Dès que les opérateurs se mettaient à l'œuvre, la table étant encore immobile, Faiguille tournait; ils étaient ainsi avertis des mouvements involontaires de leurs mains, se tenaient sur leurs gardes, et l'expérience échouait.

« Bien des personnes, dit M. Faraday, ne savent pas combien il est difficile de presser exclusivement dans un sens vertical ou dans tout autre sens déterminé contre un obstacle fixe, ou même de savoir si Ton presse réellement ou non, à moins qu'elles n'aient un indicateur qui les en prévienne par un mouvement visible ou autrement. Gela arrive surtout lorsque les muscles des doigts et de la main ont été engourdis et qu'ils ont été rendus ou tremblants ou insensibles par suite d'une pression continue. » Il l'a constaté formellement sur lui-même et sur d'autres personnes. Il termine ainsi toute sa réfutation : « Je suis quelque peu honteux de l'avoir entreprise, car il me semble qu'au temps où nous vivons et dans notre pays, elle aurait dû être superflue. J'ose espérer qu'elle ne sera pas inutile. ■

L'Illustration (9 juillet) et plusieurs journaux français rendirent compte de cette communication, qui fît un grand effet sur les adversaires des tables tournantes. On y répondit ailleurs que l'action d'une force se communique toujours de proche en proche; qu'une locomotive entraîne d'abord le premier wagon, puis le second, puis le troisième, et on traita les aiguilles d'agréables jouets d'enfants.

D'autres attaques devaient encore partir de l'Académie. M. Babinet s'est moqué des tables tournantes, et, dans des articles de la Revue des Deux Mondes (1er mai, 15 janvier 1854), il a proposé, comme explication du fait, la puissance irrésistible des mouvements naissants, la force de détente d'un muscle. C'est par cette force que de jeunes filles électriques ont lancé à distance des chaises en les brisant.

M. Léon Foucault avait dit, à plusieurs reprises, des paroles désobligeantes pour la nouvelle science. Il ne lui suffisait pas d'avoir prouvé que la terre tourne, il voulait prouver encore que les tables ne tournent pas. M. Agénor de Gasparin trouve cette prétention inquisitoriale (Débats, 30 août), et la relève. Que les tables tournent ou non, peu lui importe, et il accorde « qu'il est impossible de prouver mathématiquement qu'une action musculaire inconsciente ne détermine pas le mouvement, » quoiqu'il ait vu des personnes ne pouvoir réussir

quelquefois à mouvoir une table, malgré leur bonne volonté, et d'autres fois la mouvoir au bout de deux ou trois minutes. « Il suffit que le doute soit permis, le doute doit prévaloir. Vous voyez, ajoute-t-il, que je suis de bonne composition. » Mais voici ce qui ne laisse pas la moindre prise au doute : les tables accomplissent des ordres non exprimés. Par-devant des témoins graves, il a expérimenté sur une table de frêne, lourde et les trois pieds bien espacés. On avait décidé, pour que le fait fût concluant, que la table devait obéir douze fois de suite, sans la moindre erreur; elle a obéi jusqu'à vingt et trente fois. Dix personnes se mettant autour, un des témoins inscrivait sur un morceau de papier le nombre de coups que devait, selon lui, frapper la table, puis il montrait en secret le papier à celui des expérimentateurs qu'il chargeait de donner l'ordre. Toutes les autres personnes qui entouraient la table avaient les yeux fermés et ne les ouvraient qu'à la fin de l'opération, pour prévenir toute idée de complicité. L'opérateur adressait ordinairement l'ordre au pied placé devant lui, sur lequel, par conséquent, il n'avait aucune action physique. La table a toujours frappé le nombre de coups indiqué, n'en frappant aucun quand le papier portait un zéro. On a comparé les forces des opérateurs. Deux d'entre eux donnaient deux ordres différents à la

table ; elle obéissait au plus fort, s'arrêtait en chemin lorsque le nombre commandé par ce dernier était plus faible, et poursuivait dans le cas contraire, mais de mauvaise grâce. « Rien, dit M. de Gasparin, n'était plus comique que la difficulté visible avec laquelle elle achevait sa tâche depuis le moment où les deux chiffres et les deux volontés cessaient de coïncider. Rien n'était plus significatif que sa vigueur, sa prestesse et son élan, dès qu'on invitait l'adversaire à cesser son opposition. On eût dit une voiture à laquelle on ôte brusquement son sabot et qui roule précipitamment sur la pente. Enfin on a trouvé la balance exacte des actions. A la personne la plus puissante on a opposé plusieurs adversaires réunis; les uns ont été vaincus, les autres ont fait équilibre. Tout cela s'est accompli à maintes reprises, avec des précautions minutieuses, en présence de témoins soupçonneux, et qui ne se sont rendus qu'à l'évidence absolue. » M. de Gasparin ne cite qu'en passant des faits de peu d'importance, une table faisant tourner, puis jetant par terre un homme qui pesait quatre-vingt-sept kilogrammes, et des faits qui, dit-il, n'ont pas un caractère scientifique : l'imitation des airs chantés, les danses, l'exécution inévitable de l'ordre : « Frappe des coups énormes, frappe des coups très-petils, qu'on les entende à peine. »

Quant à l'explication des faits, on pourrait, à la rigueur, s'en dispenser, car on n'a pas expliqué encore comment notre volonté se communique à toutes les parties de notre corps; mais M. de Gasparin propose l'explication suivante. Il a observé une circonstance curieuse : au moment des évolutions de la table, un morceau de verre rapproché d'elle gêne ses mouvements, posé sur elle l'arrête, posé sur un des bords provoque le soulèvement du côté opposé. Cette observation lui a fourni la théorie suivante : supposons qu'un fluide soit émis par un opérateur, et qu'il ait un mouvement, la rotation n'en résultera-t-elle pas? Supposons que ce fluide prenne la direction que lui imprime la volonté, et qu'il s'accumule dans le voisinage du pied auquel l'ordre s'adresse, le pied ne se lèvera-t-il pas? Supposons que le fluide fuie le contact du verre, le mouvement ne cessera-t-il pas lorsque le verre sera au centre de la table? Et, dans le cas où le verre est placé sur un des bords, le fluide ne refluera-Ml pas vers l'extrémité opposée, de manière à la soulever immédiatement?

Il y aurait bien quelques objections à faire à M. de Gasparin, car on cherche aussi à s'éclairer. Il ne fait peut-être pas assez de différence entre son corps et un morceau de frêne, entre son pied et le pied d'une table. On ne voit pas exactement pour-

quoi le fluide s'accumule dans telle partie de la table, au lieu de passer dans le sol ou dans l'air, comme font les fluides connus, qui sont très-voyageurs de leur nature, et alors il n'y aurait pas de mouvement; mais l'auteur ne donne pas son explication comme certaine, et il lui suffit que le fait existe. Cela nous suffit aussi. Après tout, il propose sa théorie pour prouver qu'il n'y a pas besoin d'être sorcier pour produire le fait en question, et l'intention nous semble bonne. Les raisons qu'il accumule sont spécieuses, celle-ci entre autres, « qu'un magicien qui redouterait à ce point le contact du verre appartiendrait à une catégorie inconnue jusqu'ici. » Ai-je bien compris ceci? démontrant que le frappement des tables n'a rien que de naturel, l'auteur dit : * pour se soulever, elles ont besoin de rencontrer un point d'appui, une inégalité du parquet, et elles glissent jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvée. » Seraitce ce que nous appelons une table mal calée? II déclare, du reste, que les tables ne devinent rien et qu'elles ne volent pas. * Quand on veut les charger d'autre chose que d'obéir comme des membres, on arrive à des erreurs continuelles. »

Tandis que les savants discutaient, il s'opérait dans les salons une réaction inévitable. Quelques crises nerveuses, quelques accès de folie, survenus après des expériences, donnèrent des craintes; puis,

les tables s'étant mises à parler, des scrupules religieux s'éveillèrent. On ne fut pas bien sûr de n'avoir pas commerce avec le démon ; puis le plaisir de la nouveauté s'affaiblit, puis les beaux jours arrivèrent, enfin les tables allèrent rejoindre les potiches dans cet immense garde-meuble français, où dorment dans la poussière toutes les nouveautés de la veille, tout ce que notre pays a aimé un jour et oublié le lendemain.

Sur ces entrefaites, il arriva de singulières nouvelles d'Amérique. C'était dans le village d'Hydesville, État de New-York. Une nuit de l'année 1847, un M. Weekman entend frapper à sa porte, ouvre, ne voit personne, entend frapper encore, ouvre de nouveau sans rien voir, et, fatigué de cette scène qui se renouvelle, quitte la maison. Il est remplacé par le docteur John Fox et sa famille, composée de sa femme et de deux de ses filles, l'une de quinze ans, l'autre de douze. Les bruits qui avaient chassé M. Weekman se répètent et semblent inexplicables, jusqu'à ce que la fille aînée de M. Fox s'avise de frapper dans ses mains plusieurs fois en invitant le bruit à lui répondre. Il répond en effet. La mère survient et engage la conversation; elle entend dire l'âge de ses enfants. « Si tu es un esprit, frappe deux coups. » Deux coups sont frappés. « Es-tu mort de mort violente? » Deux coups. « Dans cette

maison? » Deux coups. « Le meurtrier est-il vivant? » Deux coups. En convenant avec l'esprit qu'on récitera un alphabet et qu'il frappera pour désigner la lettre voulue, on apprit que l'interlocuteur s'appelait Charles Rayn, qu'il avait été enterré dans la maison même par le meurtrier, que sa femme était morte depuis deux ans, et qu'il avait laissé cinq enfants encore tous vivants. Peu à peu on convint avec lui de certaines abréviations, pour causer plus vite, et, quand la famille Fox déménagea pour se rendre à Rochester, l'esprit déménagea avec elle. Enfin, au bout de quelque temps d'un commerce assidu avec cet esprit, la famille Fox fut en état d'en évoquer d'autres. Les trois sœurs conduisirent tout.

En février 1850, on constate authentiquement les mouvements des tables où les esprits résident, et autour desquelles on fait le cercle obligé, les mains sans bras qui frappent les assistants, la vue d'un fluide grisâtre, et toute espèce de bruits, d'agitations et de phosphorescences dans la pièce où l'opération a lieu.

La famille Fox se transporta alors à New-York, où l'attendaient les plus grands succès. Tl y eut bien quelques ennuis , quelques rapports fâcheux de personnes incrédules , et surtout une lettre de Mme Norman Culver, une parente de la famille,

qui divulguait le secret, qu'elle tenait, disait-elle, des trois sœurs elles-mêmes, k l'entendre, les coups étaient produits par un jeu de l'orteil, au besoin de la cheville ; il n'y avait qu'à chauffer le pied et l'exercer convenablement. En le plaçant à des endroits choisis, on produisait des bruits à volonté, qui paraissaient partir de différents points plus ou moins éloignés. Quant à arrêter l'interrogateur sur une lettre plutôt que sur une autre, c'était l'affaire d'un compère ou de la perspicacité de l'opérateur, éclairé par l'émotion de celui qui parcourt cet alphabet. Toutefois cette révélation n'arrêta point le vol du prodige.

L'intermédiaire entre les esprits et le vulgaire s'appelle médium.

Voici l'appareil nécessaire. En général, quelques personnes se réunissent autour d'une table ; s'il s'y trouve un ou plusieurs médiums déjà connus, c'est d'autant mieux. On se tient par la main, mais on peut aussi garder les mains libres; on fixe la pensée commune sur ce sujet par des lectures publiques ou des chants, à moins qu'on ne demeure en silence. L'obscurité est très-favorable pour prévenir les distractions; il est très-désirable qu'on soit du même avis sur les phénomènes. Tantôt il arrive quelque chose et tantôt il n'arrive rien, malgré des séances de plusieurs heures; ce qui dépend de

l'état physique ou moral de quelqu'une des personnes qui composent le cercle.

Les manifestations sont de plusieurs sortes. Il y a les esprits frappeurs, qui s'annoncent par des coups donnés aux objets ou des mouvements qu'ils leur impriment. Pour faire de cela une langue, il n'y a qu'à convenir avec l'esprit. Le mouvement dans tel ou tel sens signifiera oui ou non; une assiette qui tournera à gauche affirmera, à droite niera. Dans la famille Fox, trois coups marquent l'affirmation, un coup la négation, deux coups le doute, car le doute est prévu. Pour rendre l'entretien plus rapide, on promène un crayon sur un alphabet imprimé, et l'esprit frappe un coup à la lettre qu'il désigne. Quelquefois aussi il veut interroger et demande par cinq coups qui se suivent rapidement qu'on récite l'alphabet.

Malgré ces perfectionnements ingénieux, on sent tout ce que ce procédé a de lenteur; le génie du médium n'est qu'une longue patience. Ceci est plus prompt.

Il y a des médiums gesticulants, qui, sous l'influence de l'esprit, tombent dans des crises nerveuses, semblables, dit-on, aux crises magnétiques. Ce sont alors des automates mus par une âme étrangère; aux questions verbales ou même mentales qu'on adresse à l'esprit, ils répondent par des

mouvements du corps, de la tête ou de la main, ou en promenant le doigt sur les lettres d'un alphabet avec une extrême vitesse.

Les médiums écrivants écrivent ou figurent les choses. Ils publient ainsi des journaux.

Les médiums parlants font des cours et des discours comme d'eux-mêmes, mais ils sont violentés par l'esprit.

M. Figuier a remarqué ingénieusement les progrès de la langue des esprits en quelques années. D'abord il ne leur faut pas moins qu'une table pour organe; la table ne sait dire que deux mots, oui et non. Pour dire oui, elle lève une fois le pied, deux fois pour dire non. 11 faut, pour l'interroger, une douzaine de personnes en cercle ; on sent combien ce langage est pauvre, lent et grossier. Premier progrès : on se contente d'une seule personne devant un guéridon. Second progrès : on compose un alphabet; le nombre de coups frappés indique une lettre par la place qu'elle tient dans l'alphabet de celui qui interroge : un coup signifie un a, deux coups un 6, ainsi de suite; le guéridon est capable de faire des phrases et s'émancipe, comme on voit. Troisième progrès : cet alphabet est bien lent, vingt-quatre coups pour un il Si le guéridon écrivait! Il écrira. On lui met au pied un crayon et sous le pied une feuille de papier blanc. Ah ! main-

tenant on va vite. Quatrième progrès : le guéridon est trop lourd, il est remplacé par une planchette. Cinquième progrès : qu'a-t-on besoin de planchette? Un médium sachant écrire suffit. C'est un vrai plaisir de voir le génie humain à l'œuvre, partout le même, faisant d'abord mal, puis mieux, puis bien, puis très-bien, tirant du bégayement des tables la langue rapide des médiums, qui est aussi loin de ces rudiments que l'écriture cursive est loin de l'écriture hiéroglyphique, et que l'algèbre est loin du calcul sur les doigts Comme il simplifie les méthodes quand il entreprend une éducation ! comme il est un excellent maître ! Mais il faut dire aussi que les esprits ont bien des dispositions. Quelques personnes trouvent peut-être qu'il y a eu encore trop de temps de perdu et qu'il eût mieux valu débuter par où on a fini ; je me permets de ne pas partager leur opinion. Si, du premier abord, un homme s'était posé en médium, écrivant sous la dictée des esprits, on aurait pu se défier de lui, soupçonner qu'il y mettait du sien ; mais, lorsqu'on a vu une chose sans malice, innocente, une table, du bois, être l'organe des esprits, on comprend que ce sont réellement eux qui parlent par l'intermédiaire du médium, que tout leur est bon pour se faire entendre, la main de l'homme et le pied de la table , indifféremment. Au surplus , s'il y avait

quelque doute, voici qui le lève : les esprits écrivent tout seuls. C'est le sixième progrès accompli en peu de temps par des esprits vraiment précoces; il me semble que ce n'est pas mal comme cela et qu'il ne serait pas raisonnable de leur demander quelque chose de plus.

Par un progrès semblable, le langage des esprits est arrivé, dans de certains lieux, à un merveilleux degré de rapidité. Le tout est de l'entendre. Voici, par exemple, une de leurs phrases : Ri-e-lou-couze-ta; traduite, elle a donné ceci : « Comme le ciel et les sphères spirituelles doivent devenir la future habitation de tout le genre humain, aussi la connaissance doit l'accompagner dans les sentiers de la sagesse; tandis que la paix et l'amour, dans une chaîne de bonté, uniront l'univers par les liens de l'harmonie. » (Spirit rapping in England and America.)

Les esprits évoqués sont, en général, ou des personnages illustres , ou des parents et des amis perdus.

Les médiums se révèlent eux-mêmes à l'épreuve, ou sont désignés par des médiums déjà développés. Il y en a de tout âge, de tout sexe, de tout état, de tout caractère, des magistrats, des ministres et des hommes grossiers, des personnes vénérables et des coquins. Grâce à cela, on en comptait, aux États-Unis,

au commencement de 1853, de trente à quarante mille; il y en aurait, dit-on, quarante mille dans New- York seul, et cinq cent mille dans toute l'Union. La perfection du médium est de se faire instrument passif à la volonté de l'esprit.

Quel est l'objet des communications faites par les esprits? Il est très-varié. Histoire. Faits anciens oubliés, faits récents ignorés, faits lointains, faits à venir. Des médiums racontent ou représentent des scènes de la vie d'une personne qu'ils n'ont jamais connue. On a vu la révélation de Charles Rayn aux États-Unis. Il y a quelque temps, à Paris, une table lucide a déclaré devant une assemblée illustre que Montgommery avait tué exprès Henri II ; et il arrive de tous côtés des prédictions dont on verra l'effet plus tard. Médecine. Des médiums décrivent les maladies de ceux qui les consultent, en indiquent les remèdes ou les guérissent avec la main. Affaires. Ils donnent quelquefois d'excellentes consultations. Littérature. On a entendu des médiums parler des langues inconnues, mais cela n'est qu'une curiosité; ce qui vaut mieux, ce sont des pièces de poésie, des contes entiers dictés par Burns, Campbell, Southey, Edgar Poe, etc., et publiés à Londres par M. Spicer (Sights andsounds, apparitions et bruits). On a imprimé à la Guadeloupe, en 1853, Juanita, nouvelle par une chaise, suivie d'un proverbe et de quelques

œuvres choisies du même auteur. Avec Juanila, on a le Magnétisme, proverbe à six personnages. Inspirations.

Voici un quatrain détaché :

II est un ange, jeune fille, Qui, simple à la fois et gentille, Promet un céleste bonheur A celui qui prendra son cœur1.

Religion et philosophie. C'est le vrai terrain des esprits. Ils s'accordent entièrement sur l'immortalité de l'âme, ce qui doit être, et ne tarissent pas sur la grandeur, la bonté de Dieu et la charité mutuelle que nous devons avoir; du reste, pour le plus grand nombre, c'est un esprit hardi de réforme qui nie le surnaturel du christianisme et en attaque les dogmes principaux. Sur ce fond ils ont dessiné les inventions les plus admirables : en haut, l'éducation continuée à travers les plaisirs de toutes sortes; en bas l'avènement futur de l'âge d'or, par l'expansion de la doctrine nouvelle, l'union prochaine de tous les hommes, et la réconciliation avec la nature, qui se transformera pour leur plaire. En attendant l'harmonie universelle, les esprits s'accusent les

1. Voir à la bibliothèque de l'Institut, ou Chevreul, delà Baguette divinatoire.

uns les autres de mensonge ; les esprits supérieurs signalent ceux de la basse classe comme grossiers et pleins de vices, et désavouent leurs médiums comme n'étant pas suffisamment passifs ou ayant une folie particulière. Les rétractions posthumes de plusieurs grands personnages ont jeté beaucoup de trouble dans les croyances. Dans un très-intéressant article de la Revue des Deux Mondes (^'septembre 1853), M. A. Maury a établi la filiation de ces mystères.

La doctrine nouvelle s'appelle le spiritualisme. Quand on se dira spiritualiste, il faudra désormais ajouter si on l'est à la façon de Platon, de Descartes et de Malebranche, ou de la famille Fox.

Dans le mois de janvier 1854, une pétition de spiritualités américains est adressée au Sénat et à la Chambre des représentants des États-Unis, demandant qu'une commission soit nommée pour examiner les nouveaux phénomènes, devenus si communs dans le nord, le centre et l'ouest de l'Union : 1° une force occulte dérange la position normale d'un grand nombre de corps pesants, contre les lois connues de la nature; 2° des éclairs et des clartés de différentes formes et de couleurs variées apparaissent dans des salles obscures, sans cause scientifique qui puisse les produire; 3° des bruits inexplicables sont produits; ils varient beaucoup :

de simples frappements, des bruits de tempêtes, des détonations avec ébranlement de la maison entière où elles éclatent, des harmonies de voix humaines ou plus souvent d'instruments de musique, fifre, tambour, trompette, guitare, harpe, piano; quelquefois des instruments réels vibrant d'eux-mêmes; 4° les fonctions normales du corps et de l'esprit humain sont altérées : les membres prennent le froid et la rigidité cadavérique, la respiration est suspendue pendant des heures et des journées entières; tantôt, et dans des cas nombreux, sont venus, à la suite, des dérangements d'esprits et des maladies incurables, tantôt, au contraire, des guérisons de maladies invétérées. Tous ces effets ont été vus par des milliers de personnes « intelligentes et raisonnables. » Il y a deux opinions sur les causes : les uns les attribuent au pouvoir et à l'intelligence des esprits des morts, agissant par le moyen et au travers des éléments subtils et impondérables qui parcourent et pénètrent toutes les formes matérielles (l'agent mystérieux de ces manifestations semble être de cet avis); les autres pensent qu'on parviendra à tout expliquer par les principes reconnus de la physique et de la métaphysique. Les premiers comptent parmi eux un grand nombre d'hommes également distingués par leur valeur morale, leur éducation, leur puissance intfellec-

tuelle, et par Téminence de leur position sociale et de leur influence politique, les seconds ne sont pas moins distingués. Les pétitionnaires tiennent pour les premiers, En tout cas, les nouveaux phénomènes sont destinés à changer considérablement la condition physique, le développement mental, le caractère moral d'une large fraction du peuple américain, et par suite la foi, la philosophie et le gouvernement du monde.

Gomment le spiritualisme fut-il reçu en France ? Au milieu du mois de mai 1853 parut une brochure intitulée : Le mystère de la danse des tables dévoilé par ses rapports avec les manifestations spirituelles d'Amérique, par un catholique. L'auteur rend compte des manifestations d'esprits survenues en Amérique, et rapprochant ces faits des faits qui occupent l'Europe, il veut « qu'on se hâte d'étudier les questions expérimentalement, d'une manière grave et approfondie, au lieu de se faire un simple jeu d'une chose aussi importante. » Et il ajoute que cela n'est pas difficile. Qu'on interroge d'abord les objets mis en mouvement, qu'on s'assure qu'ils répondent pertinemment, même souvent à des questions mentales, et sur des faits que les personnes présentes ignorent, ce qui sera déjà une présomption bien forte d'une intervention surnaturelle; qu'on leur pose, pour plus de certitude, des questions telles

que les suivantes : Quelle est la force qui fait mouvoir les tables? Est-ce l'électricité, le magnétisme animal ou une puissance surnaturelle? Est-ce l'esprit d'une personne décédée, et dans ce cas, quel est son nom, que veut-il? Que pense-t-il de la vie future et des différentes religions? Y a-t-il un enfer? etc. Il termine ainsi: « Alors, j'en ai la confiance, au lieu de regarder ou de faire danser des tables, prêtres et laïques fidèles frémiront en pensant au danger qui les a menacés, et leur foi, rajeunie par la vue des prestiges qui rappellent les temps de la primitive Église et du moyen âge, deviendra capable de soulever des montagnes. Alors, saisissant leur bâton pastoral pour la défense de leur cher troupeau, NN. SS. les évoques, et, s'il le faut, N. S. P. le Pape s'écrieront, au nom de celui à qui tout pouvoir a été donné au ciel, sur la terre et dans les enfers : Vade rétro, Satanas! (Arrière, Satan!) Parole qui n'aura jamais reçu une plus juste applicaiion. »

En plusieurs endroits l'autorité spirituelle interdit ces curiosités dangereuses. Le P. Ventura (lettre à M. Eudes de Mirville) voit dans les phénomènes nouveaux, malgré leur apparence de puérilité, un des plus grands événements de notre siècle. « Il sort déjà de toutes ces choses de merveilleuses leçons. Il en sort, en effet la justification de l'Évangile et

de la foi, la condamnation définitive d'un rationalisme terrassé par les faits, et par conséquent la glorification prochaine de tout le passé de la véritable Église, et même de ce moyen âge si calomnié, si travesti, si gratuitement doté de tant de ténèbres. Les événements politiques de ces derniers temps s'étaient chargés de lui donner raison, à ce moyen âge, sous le rapport du bon sens en matière gouvernementale ; et voilà des faits d'une nature tout à fait étrange qui viennent le venger des accusations d'une crédulité superstitieuse. » Tout sert en ménage.

Un ouvrage qui fit une très-grande sensation fut celui du marquis Eudes de Mirville : Des esprits et de leurs manifestations fluidiques, mémoire adressé à l'Académie. Le volume, par ses proportions, marquait l'importance du sujet : c'était l'histoire universelle du merveilleux, et la généalogie du prodige récent, depuis Simon le magicien jusqu'aux sorciers de nos campagnes, avec une insinuation sur les loups-garous. C'était aussi la philosophie de la chose. Cette philosophie, ce sont les démons, des esprits servis par un fluide, circulant dans ce monde et y accomplissant des phénomènes impossibles aux lois ordinaires de la nature. Le plus caractéristique est la surintelligence, par laquelle un sujet devine ce qui est caché et même ce qui n'existe pas encore.

Ce qui nous étonne aujourd'hui s'est passé avant nous, en tout temps, en tout lieu, et les savants de profession se sont évertués à expliquer la croyance à ces faits par la superstition, ou leur accomplissement soit par la jonglerie, soit par la puissance des nerfset de l'imagination. Maintenant on sait la vérité.

L'auteur, qui a du courage, ne recule devant aucun récit. Pour la critique historique, il ne se montre pas plus difficile que Voltaire :

1° Un grand nombre de témoins très-sensés et ayant bien vu,

2° Se portant bien,

3° N'ayant nul intérêt à la chose,

4° L'attestant solennellement,

Constituent un témoignage suffisant (Dictionnaire philosophique).

Il trouve toutes ces conditions réunies dans l'histoire, au premier abord un peu étrange, qu'il appelle : le Presbytère de Cideville en 1851, ouïes Esprits au village.

Vers les premiers jours de mars 1849, le curé de Cideville rencontre chez un de ses paroissiens malades un guérisseur de renommée équivoque, nommé G..., et le renvoie. Ce môme guérisseur, condamné par les tribunaux à la prison, confie à son ami, le berger Thorel, le soin de sa vengeance. Deux enfants sont élevés au presbytère ; c'est sur

eux que cette vengeance retombera. Le berger s'approche du plus jeune; aussitôt après la rentrée de cet enfant, une espèce de trombe ou bourrasque violente vient s'abattre sur le presbytère ; puis, à la suite de cette bourrasque, des coups semblables à des coups de marteau ne cessent de se faire entendre dans toutes les parties de la maison, sous les planchers, sur les plafonds, sous les lambris. Quelquefois faibles, quelquefois ils sont assez forts pour qu'on les entende à deux kilomètres de distance. Ils reproduisent le rhylhme exact de tous les airs qu'on leur demande ; les carreaux se brisent et tombent en tous sens, les objets s'agitent, les tables se culbutent ou se promènent ; les chaises se groupent et restent suspendues dans les airs, les chiens sont jetés à croix ou pile au plafond, les couteaux, les brosses, les bréviaires s'envolent par une fenêtre et rentrent par la fenêtre opposée ; les pelles et les pincettes quittent le foyer et s'avancent toutes seules dans le salon, les fers à repasser qui sont devant la cheminée reculent, et le feu les poursuit jusqu'au milieu du plancher. Un témoin passe une nuit dans la chambre des enfants, pose au bruit mystérieux les conditions d'un dialogue : un coup, par exemple, voudra dire oui, deux coups voudront dire non, puis, le nombre des coups signifiera le nombre des lettres ; il obtient les plus justes ré-

ponses. « Ce témoin, dit M. de Mirville, c'était nousmême. » L'enfant voit derrière lui l'ombre d'un homme en blouse, qu'il reconnaîtra plus tard être Thorel, tandis que les assistants voient une sorte de colonne grisâtre ou de vapeur fluidique. Le même enfant voit une main noire descendre par la cheminée, et s'écrie qu'elle lui donne un soufflet; les assistants entendent le bruit du soufflet et voient la rougeur sur la joue.

Pour délivrer la victime on attaque l'ennemi invisible ; partout où un bruit se fait entendre, on enfonce lestement des pointes. Une d'elles ayant été mieux ajustée, une flamme jaillit, à la suite, la plus épaisse fumée; puis, comme on enfonce la pointe, un gémissement, le cri : « Pardon, » et un aveu de cinq coupables, y compris le berger, auquel il est ordonné de venir le lendemain. Il vient, en effet, le visage ensanglanté, et confesse tout.

M. de Mirville voit là « le surnaturel enté sur l'électro-magnétisme et le fluide nerveux, sorte de magnétisme transcendant, et bien évidemment diabolique dans ce cas-ci. » Il rapporte les merveilles analogues dont l'Europe est le théâtre depuis plusieurs années : tables tournantes, parlantes et écrivantes, esprits frappeurs, jeunes filles électriques, et les explique par le fait de Cideville, tout semblable à un ancien fait que rapporte Le Brun.

Les interventions du démon ne sont pas toujours aussi fréquentes : avant les grandes crises, elles se multiplient, ou, pour parler comme M. Donoso Cortès, le thermomètre satanique remonte sur tous les points à la fois. Pour savoir ce qu'il doit craindre ou espérer, le public attend un deuxième mémoire annoncé, et surtout le chapitre vingtième : Conjectures sur l'avenir et V approche des derniers temps.

Cependant, grâce à cette croyance communicative aux esprits, que M. de Mirville appelle « une épidémie spirituelle, » les hommes sérieux s'habituent à regarder comme possibles des choses qu'auparavant on rejetait avec mépris. Après plusieurs récits de faits constatés, l'auteur ajoute : « Nous nous étonnerons beaucoup moins, lorsque nous verrons des magnétiseurs insinuer, comme Ricard Ta fait, par exemple, non pas qu'ils sont capables de faire la pluie et le beau temps (il ne veut pas aller jusque-là), mais qu'il peut, et mieux est, qu'il a pu, sur la place du Pérou, à Montpellier, et en présence de témoins, influencer le beau temps et la pluie. »

Quand parut la pétition des spirites américains, Y Univers religieux (22 janvier 1853) s'empressa de la traduire, et l'accompagna de réflexions sérieuses. Le rédacteur, qui, au 26 juillet 1852, a signalé

pour la première fois, dans celle feuille, les phénomènes en question, constate qu'ils ont fait depuis lors bien des progrès; on comprend enfin « que les puissances occultes peuvent n'avoir pas dit leur dernier mot sur cette terre. » Il Ta annoncé, il y a dix-huit mois : « La seule explication possible, c'est que le démon est au fond de ces criminelles impostures, et, pour s'en convaincre, il suffit de remarquer que les révélations des esprits ont en général pour but de saper la religion. Les démagogues et les infidèles ont pris sous leur protection la secte nouvelle. En France, le démon ne se démasque pas encore, mais cela viendra. On s'explique pourquoi le démon a une plus grande liberté d'action en Amérique, dans un pays où l'on dit peu la messe et où tant de millions d'hommes ne sont pas même baptisés. »

Ainsi tout le progrès de la civilisation sera peutêtre d'en revenir à la science des premiers temps, et la fable sera une vérité. Les savants avaient relégué les esprits chez les poètes, pour tenir compagnie aux chimères, et voici que les esprits rentrent dans le monde, à la confusion des savants, en attendant qu'ils frappent à leur porte et fassent quelque scène à l'Académie des sciences.

Donc, pour l'agrément de la vie, les tables tournent et exécutant les ordres; pour le sérieux d<

vie, elles instruisent chacun des secrets de l'autre monde et de celui-ci, des soins qu'exigent la santé ou les affaires. C'est le plaisir suffisant, et la science universelle à domicile. Elles profitent, quoiqu'elles aient bien des ennemis : tous ceux qu'elles remplacent et qui n'ont plus rien à faire qu'à les combattre, les philosophes, les savants, les avoués, les médecins, et les somnambules eux-mêmes, qui y voyaient d'abord un allié, et y ont trouvé un rival qui les rend inutiles.

Nous n'en sommes pas encore chez nous à l'évocation hardie des âmes des grands hommes ou de nos amis; c'est une grande entreprise et qui ne laisse pas de faire un peu de peur. J'ose même dire que les esprits passeront difficilement d'Amérique en France : nous sommes un peuple positif, et nous nous en tenons, pour le moment, aux tables mouvantes et obéissantes.

Il fallait que les phénomènes nouveaux aboutissent à autre chose qu'à des jeux de société et à des consultations privées. Aux premiers jours de septembre (Presse, 16 septembre, 4 et 15 octobre 1853), un ancien fouriériste, M. Victor Hennequin, écrit : « Après avoir fait tourner des tables et des chapeaux, j'ai laissé là depuis longtemps ces moyens vulgaires. J'ai poussé le phénomène des tables tournantes à ses dernières limites, et le mouvement

de la table s'est changé en une voix que j'entends dans mon oreille : elle m'a inspiré et dicté tout un livre. Elle m'a ordonné d'intituler ce livre : Sauvons le genre humain. Cette voix est celle de Vâme de la terre. Ma main posée sur le papier se meut d'ellemême, et répond avec la plume à mes questions. C'est un système complet, plein de clarté, d'harmonie et de pureté morale. Je me suis vu initié à l'organisation générale de l'univers, à la vie des âmes, à l'astronomie que j'ignorais entièrement. Je suis le délégué le plus voisin de Dieu auprès de l'humanité. La terre allait perdre tout récemment sa dernière chance de salut, on allait la supprimer du tourbillon, si l'âme de la terre n'avait demandé un sursis qui lui a été accordé. Elle en a profité pour multiplier les phénomènes magnétiques afin d'impressionner les esprits; et, pendant que chacun s'interrogeait avec étonnement, elle a dirigé vers moi et vers ma femme Octavie un cordon aromal permanent qui m'a permis d'écrire un livre entier intitulé : Sauvons le genre humain; ce livre paraîtra prochainement; je vous écris tout ceci avec une lucidité entière. »

C'est jusqu'ici le dernier acte des tables tournantes : un malheur en ce monde est de trop réussir.

Cependant la mauvaise volonté de l'Académie

continue. M. Chevreul a publié contre les tables un livre exprès, dont les méchants esprits, par vengeance, ont un peu brouillé les feuilles. Pour le mouvement, il maintient et étend son ancien principe aux mouvements de la baguette divinatoire et à des faits pareils; pour la clairvoyance, il cite avec plaisir les bévues de plusieurs tables renommées.

L'Académie a aussi entendu avec faveur (12 juin 1854) une communication qui confirme les révélations de Mme Norman Culver. Le docteur Schift, appelé près d'une jeune Allemande, qui se disait obsédée par un esprit frappeur, a découvert le secret; il a reconnu que ce bruit se passait au niveau de la cheville du pied, là où passe le tendon d'un des muscles de la jambe. La jeune Allemande replaçait à volonté le tendon et le faisait retomber avec bruit au fond de sa coulisse. M. Schift, s'étant exercé à cette manœuvre, était devenu d'une assez belle force.

De son côté, M. de Gasparin a donné, en octobre 1854, sur les tables tournantes, deux volumes qui arrivaient peut-être un peu tard : nos Français ne se souvenaient plus guère de quoi il s'agissait.

Dans une histoire du spiritisme on doit une mention particulière aux Mémoires de M. Home, paru-, ^n 1863, en Angleterre et traduit* en France aussi-

lot1. M. Home est né à Edimbourg en 1833, d'unepersonne qui fut toute sa vie une voyante. A peine fut-il né, que les prodiges se déclarèrent : les esprits balançaient son berceau; plus tard, étant tombé malade, ils soulevaient doucement sa tète et arrangée.: son oreiller. A Boston, il dormait en musique ; t musique pouvait être entendue des locataires logés à l'autre bout de la maison et cessait à son réveil. A l'âge de treize ans, il eut sa première vision, qui lui annonça la mort d'un ami: plus tard, il eut de pareilles nouvelles de la mort de sa mère et c mort d'un frère. Comme on le voit, le ciel fa> des miracles pour lui; il en fit un lui-même. parla seule imposition des inains, rendit la parole à un enfant sourd, qui avait été abandonné de tous les médecins. Né protestant, il se convertit à Rome au catholicisme et. de Rome, fut recommandé au P. de Ravignan. Arrivé en France, il alla le voir eten reçut Tordre de cesser absolument ses pratiques habituelles. Considérant que Dieu est plus grand que Thomme et que Dieu lui commandait de poursuivre, il chercha un autre confesseur, mieux dis- ' , qu'il trouva. Le biographe du P. de Barigmn a fait de ces entrevues un récit dont M. Home a vivemert blessé et contre lequel il s'inscrit en faux.

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