‹ Messages, discours, allocutions, lettres et télégrammesChapitre 4 sur 8 · NICOLAS · texte numérisé non relu

NICOLAS

¥. Prolbndi'-ment touché par votre aimable télégramme à l'occasion de la prise de Przemysl, je vous prie, Monsieur \v Président, de recevoir mes sincères remerciements et les plus chaleureux vieux pour la France, amie et alliée, et su j^lorieuse armée.

» Grand-duc Nicolas. »

siv<'s et montroiit, en d'émouvants exemples, que limité de la France est indestructible dans le temps comme elle l'est dans l'espace.

Au nom de cette France indivisible et immortelle, qiie beaucoup d'entre vous défendent déjà si vaillamment depuis plusieurs mois et pour qui les autres brûlent d'aller combattre à leur tour, je vous confie les drapeaux qui seront désormais votre signe de ralliement et que vous conduirez bientôt à la victoire.

Gardez les yeux fixés sur ces trois couleurs. Elles sont l'emblème de l'honneur militaire et de l'indépendance nationale. Elles symbolisent tout ce que vous avez aujourd'hui a sauvegarder ou ù venger par les armes : votre terre natale encore souillée par la rage impuissante d'un ennemi déjà paralysé, avant d'être abattu; vos foyers où vous rentrerez un jour, illuminés de gloire; vos pères, vos mères, vos femmes, vos enfants, qui vous suppléent, avec un tranquille courage, dans les travaux des champs ou de l'atelier; et aussi les provinces qui nous ont été arrachées autrefois par la violence et qui attendent leur libération ; et aussi le grand passé dont vous êtes les dignes héritiers, et le dépôt sacré de nos traditions, et le libre çénie de notre race et l'avenir de notre civilisation.

La splendide armée où vous allez prendre place sait qu'elle se bat pour le salut de la France et pour la liberté du monde. C'est la conscience très claire de cette noble mission qui lui a donné

une foi si robuste et des élans si sublimes. Allez, mes amis, grossir le nombre de ces héros et recevez ici, avec les vœux de votre général en chef et avec l'expression de ma reconnaissante admiration, les vives félicitations du Gouvernement de la République.

Réponse à l'adresse remise le 30 avril à l'Elysée par la délégation irlandaise.

Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue sur cette terre de France qui n'a jamais laissé dépérir, sous la riche floraison de la civilisation latine, la puissante sève de notre race commune et dont les habitants ont, comme nous, conservé intacts, à travers les âges, les traits essentiels du caractère celte.

Les souvenirs que vous évoquez nous sont aussi chers qu'à vous-mêmes. L'histoire a resserré, entre l'Irlande et la France, les liens noués pa^ la parenté, et chaque siècle, en passant, nous a plus étroitement unis.

La guerre actuelle sera la consécration définitive et solennelle de notre fraternité. Ce sang que nous ont donné les mêmes ancêtres, les enfants de nos pays le versent aujourd'hui avec le même courage, dans les mêmes combats, contre les mêmes ennemis, pour la même cause sacrée, celle de l'honneur national et de la liberté. Ils seront bientôt récompensés par les mêmes victoires.

Recevez. Messieurs, mes meilleurs vœux pour

VOS personnes, ainsi que pour la belle et vaillante Irlande.

Article pour l'Écho des Tranchées, journal du 17* territorial, paru le 15 mai 1915 (i)^

Vous m'avez invité, mes amis, à suivre l'exemple qu'ont heureusement donné plusieurs membres de l'Académie française et à charger VÉcho des Tranchées de vous communiquer un mot d'encouragement et de souvenir. Vous n'avez pas besoin d'être encouragés. C'est de vous qu'émane le cou*rage dont est enflammée toute la nation. Un témoignage lointain de sympathie ne vous apporterait, d'ailleurs, que l'expression refroidie de mes sentiments! J'aime mieux profiter d'un de mes prochains séjours au milieu des armées pour vous remercier verbalement de m'avoir envoyé votre journal et pour vous dire combien j'admire votre intarissable bonne humeur.

Cette gaîté (jue vous conservez en face du

(I) M. Paul Reboux, rédacteui- en chet de ce journal, faisait précéder l'article du Président de quelques mots de remerciement, dont voici la fin : « Nos lecteurs éprouveront, devant ces lignes, autant d'émotion, d'orgueil et de gratitude que nous en avons ressenti nous-mêmes en ouvrant la lettre de deux grandes pages autographes écrites par M. Raymond Poincarc poiy le 17" territorial. » Il serait intéressant de relever dans ce journal du front, polygraphié tous les dix jours, dont le n" 7 de la seconde année contenait l'article ci-dessus, les noms de collaborateurs célèbres : Faguet {w 2, le 25 mars 1910. Le jourual avait paru pour la première fois le 3o novembre 119x4). Paul Deschanel (n" 5), Henri de Régnier fn" 11), Hervicu fn» i3). MM. Millerand (n-i^), Ernest Lavisse [u'2'i. Lettre aux Boches), (1. Hanotaux (n- a6), Victor Margueritte (n" 3o), etc.

danger est une des formes les plus charmantes de la crânerie française. Chaque fois que je me retrouve parmi vous, votre héroïsme me paraît plus grand par tout ce qu'il contient de spontané, de libre, de joyeux. L'horrible guerre dont la France a vainement tenté d'écarter le fléau et que l'ennemi a déchaînée avec une préméditation criminelle, vous l'avez acceptée résolument et vous la soutenez aujourd'hui avec un si généreux entrain que vous la forcez à produire, malgré tout, des effets salutaires. Sur les ruines qu'elle accumide et sur les tombes qu'elle creuse, vous faites fleurir les plus belles vertus de notre race.

Vous élevez et purifiez Tàme du pays.

De la mer du Nord aux plaines d'Alsace, vous n'avez plus, tous tant que vous êtes, qu'une idée et une volonté : l'idée du devoir et la volonté de Aaincre.

Je vous ai vus dans lés dunes de Nieuport, sur le sol crayeux de la Champagne, sous les falaises de l'Oise et dans les taillis de l'Argonne; je vous ai vus en liiver dans l'humidité des terres flamandes cl dans la ncii^c des , Vosges ; vous m'êtes partout apparus avec la même fierté au front et le même sourire aux lèvres. 11 y a, parmi vous, des riches et des pauvres, des ouvriers et des paysans, des bourgeois et des hommes du peuple, des fonctipnnaires et des artistes, des écrivains et des commerçants, et tetle infinie diversité de professions, de j^^oùts et d'habitudes se fond dans la splcndide unité tU' votre palriolisino.

Puisse VEcho des Tranchées se faire entendre, non seulement jusqu'aux extrémités du territoire français, mais dans toutes les parties du monde ! 11 réconfortera et réjouira partout les amis de la France ; il révélera aux autres la grandeur et la beauté de vos actions quotidiennes; il annoncera à tous la victoire prochaine de la justice et du droit.

26 mai igi5.

A Sa Majesté Victor-Einmajiiiel, roi d'Italie, Rome.

A l'heure solennelle où l'Italie entre résolument dans la voie glorieustr que lui tracent ses destinées, la France entière se réjouit de penser que les deux nations sœurs vont lutter ime fois de plus pour la défense de leur civilisation commune et pout l'affranchissement des peuples opprimés.

Rapprochées déjà par la parenté, par leurs traditions, par la force immortelle du génie latin, 1 Italie et la France s'unissent à jamais par cette nouvelle fraternité d'armes et par cette consécration réfléchie de leurs relations naturelles.

J'exprime à Votre iMajesté mes vœux les plus fervents pour la victoire de ses vaillantes troupes, avec lesquelles les armées alliées seront fières de combattre jusqu'au bout les ennemis de la Justice et de la Liberté.

Je souhaite à la noble Italie l'heureuse réalisation de ses aspirations nationales et je prie Votre Majesté de croire à mes sentiments d'ami lié tlévouée.

Au roi d'Angleterre, à roccasion de l'anniversaire de sa naissance.

Paris, a juin.

A Sa Majesté le roi George V, Londres.

C'est avec un vif plaisir que je saisis l'heureuse occasion de l'anniversaire de Votre Majesté pour lui exprimer les vœux que je forme de tout cœur pour son bonheur et celui de son auguste famille ainsi que pour la grandeur de son royaume et la gloire de sa valeureuse armée (i).

Allocution prononcée le 9 juillet 1915 à l'inauguration de l'hôpital musulman de Neuilly.

Mon cher président, Mesdames, messieurs,

Je n'aurais pas voulu laisser s'ouvrir la première ambulance fondée sous les auspices des

(i) Il n'est pas superflu de conserver le souvenir de divers traits qui indiquent la popularité de notre Président. On lisait au Journal des Débats du i" juillet lyiô :

LE TRÈFLE A QUATUE FEUILLES DK M. POINCAnK.

Nancy, le 29 juin. — Un ouvrier nancéen, M. André Krier, avait trouvé dans les champs un trèfle à quatre feuilles, considéré par une superstition populaire comme un portebonheur. Il l'a aussitôt envoyé au chef de l'Elat. M. Poinearc, en lui adressant un petit souvenir, l'a fait remercier en ces termes :

« Monsieur, <' Le Président de la République a rci'u le trèfle portebonheur que vous lui avez adressé. Il m'a chargé de vous faire parvenir le souvenir ci-joint, qu'il vous prie d'accepter, avec ses remerciements pour votre aimable attention. « Veuillez agréer, etc.

« Le secrétaii-e général ch'il de la J'résidencc, Félix Decohi. »

Amitiés musulmanes sans apporter à votre association, à tons ses collaborateurs et, en particulier, au personnel médical et hospitalier de cet établissement, l'expression de la reconnaissance et les félicitations du Gouvernement de la République.

Le programme que vous vous êtes tracé et que M. Raynaud vient de rappeler en termes élevés n'est pas seulement conforme aux traditions françaises de justice et de liberté; il est inspiré par une claire compréhension de nos intérêts nationaux et par une sage pensée d'avenir.

Le vaste empire musulman sur lequel la France exerce une souveraineté bienfaisante est, en même temps qu'un grand réservoir de richesse, un immense foyer d'énergie humaine. Nous y avons trouvé, au cours de cette guerre, des soldats admirables. L'odieuse et perfide propagande de nos ennemis s'est brisée contre la loyale fidélité de nos troupes africaines. .

J'ai eu maintes fois l'occasion de voir, sur le front des armées, des indigènes d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc. Partout, ils se sont signalés par leur dévouement et par leur vaillance. Tout récemment encore, la division marocaine -<• couvrait de gloire au nord d'Arras.

.l'adresse à tous ces braves gens le salut de la France. Ils ont aujourd'hui une part dans nos deuils et dans nos sacrifices; ils auront une part dans la victoire; ils devront aussi avoir une part dans la gratitude du pays.

Réponse à l'allocution de M. Tittoni, ambassadeur d'Italie, 'remettant le 13 juillet 1915, au Président de la République, le collier de l'Ordre de l'Annonciade.

Monsieur l'Ambassadeur,

Je suis profondément touché de l'amicale pensée qu'a eue Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel, lorsqu'il a décidé de me faire remettre, à l'occasion de la fête de la République et au lendemain du jour où l'Italie vient de prendre courageusement les armes, l'ordre le plus anajen et le plus élevé de la glorieuse maison de Savoie.

Il m'est très agréable de recevoir ces insignes de vos mains et de pouvoir vous renouveler aujourd'hui l'expression de mes sentiments affectueux.

Vous connaissez les vœux que je forme pour votre noble pays. J'ai pleine confiance que la victoire de notre cause commune lui permettra de réaliser entièrement ses aspirations nationales. Nous sommes fiers de combattre, avec lui et avec tous nos Alliés, pour la défense de la liberté et pour le triomphe du droit.

Discours prononcé le mercredi 14 juillet 1915 à l'Hôtel des Invalides à l'occasion du transfert des restes de Rouget de l'Isle.

Messieurs,

En décrétant que les cendres de Rouget de risle seraient solennellement ramenées à Paris, le jour de la Fête nationale, au cours d'une guerre qui décidera du sort de l'Europe, le Gouvernement de la République n'a pas seulement entendu célébrer la mémoire d'un officier français par qui s'exprima, en une heure tragique, l'àme éternelle de la patrie ; il a voulu rapprocher sous les yeux du pays deux grandes pages de notre histoire, rappeler à tous les fortes leçons du passé et pendant que de nouveau la France lutte héroïquement pour la liberté, glorifier l'hymne incomparable, dont les accents ont éveillé, au cœur de la nation, tant de vertus surhumaines.

La sublime improvisation de Rouget de Flsle a été, en 179.2, le cri de vengeance et d'indignation du noble peuple qui venait de proclamer les Droits de l'homme et qui se refusait fièrement à ployer le genou devant l'étranger. Les armées prussiennes s'avançaient sur le Rhin. Par le Nord et par l'Est, les Autrichiens menaçaient nos frontières. Le 20 avril, l'Assemblée nationale avait voté la guerre et, suivant le mot d'un des ora- Icms. rllc MVîiit émis le vœu que les feux des dis-

cordes intestines s'éteignissent aux feux des canons.

La nouvelle était parvenue, dès le 25, en cette loyale Alsace qui, le 14 juillet 1790, unie aux fédérations de toutes les provinces, avait à jamais ■juré fidélité à la France indivisible. Et voyez, messieurs, comme aussitôt tout conspire à faire du chant guerrier, composé par Rouget de l'Isle. une œuvre magnifiquement symbolique.

C'est un modeste enfant du Jura, devenu simple capitaine et affecté à la défense de Strasbourg, qui, au moment fixé par les destinées du pays, va être inopinément l'interprète de tous les citoyens. C'est le maire de la grande ville alsacienne qui va conseiller au jeune officier d'écrire une marche pour l'armée du Rhin; et bientôt, lorsque les strophes enflammées de Rouget de l'Isle se seront envolées jusque dans le Midi, ce seront des volontaires marseillais qui, prêts à mourir pour la patrie, les chanteront joyeusement sur les routes de France, les feront applaudir par Paris enthousiasmé et leur laisseront un nom impérissable. Si bien, messieurs, que dans la genèse de notre hymne national, nous trouvons tout à la fois un splcndide témoignage du génie populaire et un exemple émouvant de l'unité française.

Qu'importe, après cela, que Rouget de l'Isle ait achevé dans l'ombre une existence médiocre et qu'il n'ait reçu qu'après la Révolution de Juillet une croix et une pension ! Qu'importe qu'il ait entend» la calomnie lui contester la paternil^.

de son chef-d'œuvre et que des organistes allemands, élevés à l'école du mensonge, aient cyniquement prétendu le dépouiller de sa gloire ! Son chant immortel, adopté par tout un peuple, couvre désormais, de ses sonorités puissantes, les murmures de l'envie et les clameurs de la haine.

Partout où elle retentit, la Marseillaise évoque ridée d'une nation souveraine qui a la passion de l'indépendance et dont tous les fils préfèrent délibérément la mort à la servitude. Ce n'est plus seulement pour nous autres Français que la Marseillaise a cette signification grandiose. Ses notes éclatantes parlent une langue universelle et elles sont aujourd'hui comprises du monde entier.

Messieurs, il fallait un hymne comme celui-là pour traduire, dans une guerre comme celle-ci, la généreuse pensée de là France.

Une fois de plus, l'esprit de domination est venu menacer la liberté des peuples. Depuis de longues années, notre démocratie laborieuse se plaisait aux travaux de la paix; elle ne cherchait qu'à entretenir avec toutes les puissances des relations courtoises ; elle aurait considéré comme un criminel ou comme un insensé tout homme qui ;iurait osé nourrir des projeîs belliqueux. Malgré des provocations répétées, malgré les coups de théâtre de Tanger et d'Agadir, elle est restée volontairement silencieuse et impassible. Lorsque les premiers nuages s'étaient amoncelés sur les

Balkans, elle avait tout fait pour conjurer l'orage menaçant; c'était elle qui, la première, avait cherché à organiser et à maintenir le concert européen. Lorsque, en dépit de ses efforts inlassables, la guerre avait teclaté en Orient, elle avait tâché de localiser et d'éteindre l'incendie qui s'était déclaré. Lorsque enfin le calme s'était rétabli, elle s'était aussitôt prêtée à de nouvelles négociations pour étouffer, entre elle et l'Allemagne, les dernières causes latentes de difficultés et de conflits. Et, c'est au lendemain du jour oii venait d'être signé un accord franco-allemand qui réglait, à la satisfaction des deux pays, les questions orientales, c'est à un moment où l'Europe rassurée commençait à reprendre haleine, qu'un coup de tonnerre imprévu a fait trembler les colonnes du monde.

L'histoire dira la suite. Elle dira comment l'Autriche, malgré les avertissements réitérés de l'Italie, a prémédité une attaque contre la Serbie. Elle dira comment cette petite et vaillante nation a, sur les conseils de la Russie et de la France, répondu dans les termes les plus conciliants à un ultimatum injurieux. Elle dira comment l'Autriche, au lieu de se laisser désarmer par cet exemple de modération, a persévéré dans son dessein meurtrier. Elle dira comment, depuis le début de cette crise redoutable, le Gouvernement de la République n'a cessé d'agir, auprès de tous, et avec une volonté tenace, dans le sens de la paix.

Mais l'impérialisme militaire des pays germaniques était résolu à défier le jugement des peuples civilisés. La guerre a été brusquement déclarée à la Russie; elle a été, sous des prétextes hypocrites, déclarée à la France, et la postérité apprendra avec stupéfaction qu'un jour l'ambassadeur d'Allemagne, après avoir vainement cherché à se faire insulter par la population parisienne, a présenté sans rire, comme un casas belli, au ministre des affaires étrangères de France, une fable imaginée dans les bureaux de la \Yilhelmstrasse, le raid d'un de nos aviateurs qui serait allé jeter des bombes sur Nuremberg sans y être, et pour cause, aperçu par personne.

Et l'histoire vengeresse dira également le reste : l'ignominie et la lâcheté des propositions faites à l'Angleterre et dédaigneusement repoussées par l'honneur britannique, la neutralité de la Belgique outrageusement violée, les traités les plus solennels et les plus sacrés impudemment déchirés comme des chiffons de papier, les moyens les plus barbares employés pour terroriser, dans les régions traversées, des habitants inoffensifs, la science déshonorée ^u service de la violence et de la sauvagerie.

Chacun de nous, messieurs, peut, en toute sérénité, ranimer ses souvenirs et interroger sa conscience. A aucun moment, nous n'avons négligé de prononcer le mot ou de faire le geste qui aurait pu dissiper les menaces de guerre, si un fol attentat contre la paix européenne n'avait

été, depuis longtemps, voulu et préparé par des ennemis implacables. Nous avons été les victimes innocentes de l'agression la plus brutale et la plus savamment préméditée.

Mais, puisqu'on nous a contraints à tirer l'épée, nous n'avons pas le droit, messieurs, de la remettre au fourreau, avant le jour oîi nous aurons vengé nos morts et oh la victoire commune des alliés nous permettra de réparer nos ruines, de refaire la France intégrale et de nous prémunir efficacement contre le retour périodique des provocations.

De quoi demain serait-il fait, s'il était possible (ju'une paix boiteuse vînt jamais s'asseoir, essoufllée, sur les décombres de nos villes détruites ? Un nouveau Iraité draconien serait aussitôt imposé à notre lassitude et nous tomberions, pour toujours, dans la vassalité politique, morale et économique de nos ennemis. Industriels, cultiv*itcurs, ouvriers français, seraient à la merci de rivaux triompliants et la France, humiliée, s'alfaisserait dans le découragement et dans le mépris d'elle-même.

Qui donc pourrait s'attarder un instant à de telles visions ? ( )ui donc oserait faire cette injure au bon sens public et à la clairvoyance nationale? Il n'est pas un seul de nos soldats, il n'est pas un seul citoyen, il n'est pas une seule femme de France qui ne comprenne clairement que tout l'avenir de notre race et non seidemenl son honneur, mais son existence même, sont suspendus

aux lourdes minutes de cette guerre inexorable. Nous avons la volonté de vaincre, nous avons la certitude de vaincre. Nous avons confiance dans notre force et en celle de nos alliés, comme nous avons confiance en notre droit.

Non, non, que nos ennemis ne s'y trompent pas! Ce n'est pas pour signer une paix précaire, trêve inquiète et fugitive entre ime guerre écourtée et une guerre plus terrible, ce n'est pas pour rester exposée demain à de nouvelles attaques et à des périls mortels que la France s'est levée iout entière, frémissante, aux mâles accents de la Marseillaise.

Ce n'est pas pour préparer l'abdication du pays que toutes les générations rapprochées ont l'ormé une armée de héros, que tant d'actions d'éclat sonl, tous les jours, accomplies, que tant de familles portent des deuils glorieux et font stoïquement à la patrie le sacrifice de leurs plus chères atfections. Ce n'est pas pour vivre dans l'abaissement et pour mourir bientôt dans les remords que le peuple français a déjà contenu la formidable ruée de l'Allemagne, qu'il a rejeté (le la Marne sur l'Yser l'aile droite de l'ennemi maîtrisé, qu'il a réalisé, depuis un an, tant de prodiges de grandeur et de beauté.

Mais ne nous lassons pas, messieurs, de le répéter : la victoire finale sera le prix de la force morale et de la persévérance.

employons tout ce que nous pouvons avoir de ciilme, de vigueur et de fermeté à maiutenii-

étroitement dans le pays l'union de toutes les provinces, de toutes les classes et de tous les partis, à protéger attentivement l'opinion contre l'invasion sournoise des nouvelles perfides, à fortifier sans cesse l'action gouvernementale et l'harmonie nécessaire des pouvoirs publics, à concentrer sur un objet unique toutes les ressources de l'État et toutes les bonnes volontés privées, à développer sans relâche notre matériel de guerre et nos moyens de résistance, à ramasser en un mot, la totalité des énergies nationales dans une seule pensée et dans une même résolution : la guerre poussée, si longue qu'elle puisse être, jusqu'à la défaUe définitive de l'ennemi et jusqu'à l'évanouissement du cauchemar que la mégalomanie allemande fait peser sur l'Europe.

Déjà, le jour de gloire que célèbre la Marseillaise a illuminé l'horizon; déjà, en quelques mois, le peuple a enrichi nos annales d'une multitude d'exploits merveilleux et de récits épiques. Ce n'est pas en vain que se sont levées en masse, de tous les points de la France, ces admirables vertus populaires. Laissons-les, messieurs, laissons-les achever leur œuvre sainte : elles frayent le chemin à la victoire et à la justice.

Lettre à M. Terquem, maire de Dunkerque, qu avait écrit au Président de la République, que les guirlandes de 1914 ont orné, le 14 Juillet 1915, la tombe des soldats.

Paris, le i5 juillet.

Mon cher Maire,

Votre lettre m'a profondément ému et je vous prie de remercier les enfants de Dunkerque de leur pieuse pensée. Les guirlandes qu'ils avaient préparées l'année dernière à mon intention et que vous n'avez pu disposer sur mon passage à l'heiu'e tragique de mon retour de Russie, trouvent aujourd'hui le plus noble emploi et le plus patriotique si, transformées en couronnes, elles ornent les tombes des soldats français et alliés.

Je suis très touché que les écoliers de Dunkerque aient rendu en mon nom cet hommage à nos glorieux morts.

Chaque fois que je suis allé à Dunkerque, depuis le début de la guerre, la vaillante population de la ville m'a montré, par son chaleureux accueil, qu'aucune épreuve ne pouvait l'abattre et qu'elle était animée d'une ardente conliance en la victoire.

En attendant que j'aie l'occasion de lui apporter <lc nouveau l'expression de ma reconnaissance, je vous prie, mon cher Maire, de recevoir, avec mes remerciements, mes meilleurs souvenirs.

Allocutions prononcées sur le front des troupes, le dimanche 1" août 1915, à la remise du drapeau au 4" régiment mixte de tirailleurs et de zouaves.

Officiers, sous-officiers, zohaves et tirailleurs,

Au nom du Gouvernement de la République, au nom de la France, je vous confie la garde de ce drapeau. Il sera désormais le signe sacré de votre régiment. Groupés autour de lui, vos bataillons qui, tous déjà, se sont signalés par leur bravoure, à Canny, à Lassigny, à Roclincourt, ou même dans les gigantesques batailles de la Marne et de TYser, apporteront dans cette formation récente l'esprit qui les a toujours animés, trouveront dans la réunion de leurs éléments un stimulant nouveau et poursuivront, avec un redoublement d'énergie contre l'ennemi qui souille encore le sol de la Belgique et une partie de notre terre natale, une guerre sans trêve et sans merci.

Au 3'' régiment bis de zouaves.

Officiers, sous-officiehs et zouaves,

J'ai voulu vous remettre moi-même, au nom de la nation, le drapeau qui consacre et qui symbolise la formation de votre nouveau régiment. Votre passé n'est pas très ancien, mais il est déjà Uès r«mpli. Sur la Marne, sur l'Aisne, »iur l'Yser, aux environs d'Arras, partout oîi vous avez livré

bataille, vous avez rivalisé de courage avec les vieux régiments; vous aA-^ez su maintenir et rehausser encore la renommée des zouaves. Je vous souhaite d'ajouter bientôt à la jeune histoire de votre régiment de nouvelles pages d'honneur, de vaillance et de gloire.

Au 3* régiment mixte de tirailleurs et de zouaves et au 2^ régiment bis de zouaves,

()ffigi:çrs, sous-offiqiers, zouaves et tirailleurs,

Recevez et gardez ces drapeaux comme l'image de la patrie et comme l'emblème de l'honneur militaire. Je sais que votre héroïsme les protégera toujours d'un rempart inlVanchissable. Sur la Marne et sur l'Yser, sous Arras et sous Soissons, vous avez pris déjà une part glorieuse à de rudes batailles. Vous méritez tous les félicitalions du pays et je vous les apporte aujourd'hui. J'adresse des compliments particuliers au 2" régiment bis de zouaves, qui a pris d'assaut Etrepilly, qui a été cité, d'abord, à l'ordre de la brigade, après s'être distingué dans les combats de la Targette et de la Maison-Blanche, puis à l'ordre de l'armée, après s'être illustré, air^mois de mai, sur les rives ensanglantées de l'Yser. Ces grands souvenirs sont les meilleurs garants de vos .succès fiilurs. Sûrs de vous-mêmes, fiers de vos exploits, confiants en votre force, allez, mes amis, défendre l sauver la patrie.

Pour le drapeau décoré de la Croix de guerre remis au régiment de marche d'infanterie coloniale du Maroc.

Officiers, sous-officiers et soldats,

Le drapeau dont j'ai tenu à vous faire aujourd'hui la remise officielle, déjà vos mains l'ont décoré d'une gloire éclatante. A peine votre régiment était-il constitué qu'il méritait, par sa magnifique conduite aux combats de Mametz, une citation à l'ordre de l'armée. Plus tard, pendant un mois, il a pris part, sur l'Yser, à des batailles incessantes, qui n'ont pas éteint son ardeur. Il a ainsi gagné, en un bref espace de temps, une légitime réputation de valeur guerrière. A l'abri de ces trois couleurs, vous accomplirez, mes amis, de nouvelles actions d'éclat et vous préparerez, par la victoire définitive de la France et de ses alliés, une paix fermement appuyée sur la liberté des peuples et sur le droit restauré.

Message du Président de la République.

4 août 1910.

Messieurs les Sénateurs, Messieurs les Députés,

Vous trouverez naturel qu'après une année de f^uerre le Président de la Républicjue tienne à honneur de s'associer au Gouvernement et aux Chambres pour rendre un hommage d'admiration et de reconnaissance à la nation et à l'armée.

Lorsque, il y a douze mois, j'ai recommandé au pays cette union sacrée qui était et qui demeure une des conditions de la victoire, je ne doutais pas que mon appel ne fût immédiatement entendu.

Seuls, nos ennemis, qui ont toujours méconnu la France, pouvaient croire que nous offririons à leur brutale agression le concours de nos dissentiments.

A l'heure précise où ils annonçaient audacieusement que Paris était en proie à l'émeute, la capitale prenait cette physionomie grave et sereine oîi se révélait la froide résolution des esprits. Des plus grandes villes au plus petits villages passait un grand courant de fraternité nationale, qui, dans la population comme dans le Parlement, emportait jusqu'au souvenir des querelles civiles. Ouvriers et patrons, paysans et bourgeois, le peuple tout entier faisait face à l'ennemi.

— Gi —

Depuis une année, cette volonté de concorde ne s'est pas démentie. Rien ne l'affaiblira.

Si l'Allemagne compte sur le temps pour nous diviser, elle se trompe aujourd'hui aussi grossièrement que l'an dernier. Le temps ne relâchera pas les liens de la famille française. Il les resserrera sans cesse davantage.

Parce qu'elle est unie, la France est grande et forte; parce qu'elle est unie, elle est confiante et calme.

Chaque jour, dans les moindres communes, la collaboration spontanée des vieillards, des femmes, des enfants, assure le cours régulier de la vie locale, prépare l'ensemencement, la culture de la terre, l'enlèvement des moissons, contribue, par l'organisation du travail, à maintenir, dans lame populaire la patience et la fermeté.

Cliaque jour, des Français de tous partis et de toutes confessions apportent leur offrande un Trésor, et des mains qui gardent la noble trace du labeuj' quotidien déposent aux guichets des banques des pièces d'or péniblement épargnées.

Partout, le pays donne l'exemple sublime d'une môme pensée et d'une même résolution.

La généreuse émulation qui excite toutes les activités françaises à s'employer dans l'intérêt de la défense, et <jiie le Parlement a le patriotique souci d'encourager, fortifie elle-même l'union publique, puisqu'en s'exerçant sur l'objet le plus élevé qui puisse solliciter l'attention des citoyens.

elle se dépouille aisément de toute arrière-pensée personnelle. Elle peut donc et elle doit favoriser non seulement cette pleine . harmonie des pouvoirs politiques, sans laquelle tous les désordres seraient à redouter, mais la coopération nécessaire des bonnes volontés privées.

Des énergies individuelles qui savent se discipliner elles-mêmes, c'est, de tout temps, la grande force d'une nation. En temps de guerre, les énergies ne sont jamais trop nombreuses ni trop puissantes. Jamais non plus elles n'ont besoin, pour produire leur effet intégral, de mieux coordonner leur action.

La beauté du peuple s'est lumineusement reflétée dans l'armée.

L'armée, que la nation a formée de sa propre substance, a tout de suite compris la grandeur de son rôle. Elle sait qu'elle combat pour le salut de notre race, de nos traditions et de nos libertés. Elle sait qu'à la victoire de la France et de ses alliés sont soumis l'avenir de notre civilisation et le sort de l'humanité.

Dans le cœur du plus modeste de nos soldats et de nos marins a pénétré, sans effort, le sentiment très vif de ce grand devoir historique. Chacun d'eux .s'absorbe entièrement dans la France maternelle et ceux qui tombent ne craignent pas de mourir, puisque, par leur mort, la France vit et vivra éternellement.

De ces officiers et de ces hommes, constamment exposés au danger, rayonnent sans cesse la

rouliaiice et l'espoir. Hier encore, des permissionnaires, qui avaient apporté à leurs foyers le réconfort de leur bonne humeur et de leur légitime fierté, revenaient au front plus ardents que jamais et plus résolus.

Dans l'égarement de son orgueil, l'Allemagne s'était représenté une France légère, impressionnable, mobile, incapable de persévérance dans les desseins et de ténacité dans l'effort. Le peuple et l'armée continueront d'opposer à ce jugement calomnieux la réalité de leur force tranquille.

Ils ne se laisseront troubler, ni par les nouvelles mensongères qui cherchent à faire, dans l'ombre, le siège des âmes faibles, ni par les bruyantes protestations pacifiques des manifestes ennemis, ni par les paroles doucereuses et perfides que des agents suspects murmurent parfois aux oreilles des neutres.

Naïfs conseils de lâcheté, vaines tentatives de démoralisation. Personne en France ne s'en émeut.

La seule paix que puisse accepter la République est celle qui garantira la sécurité de l'Europe, qui nous permettra de respirer, de vivre et de travailler, qui reconstituera la patrie démembrée, qui réparera nos ruines et qui nous protégera avec efficacité contre tout retour olfensif des ambitions germaniques.

Les générations actuelles sont coniplables de la France vis-û-vis de la postérité. Elles ne luis-

seront pas profaner ou amoindrir le dépôt que nos ancêtres ont confié à leur garde passagère. La France veut vaincre, elle vaincra (i).

Remise de drapeaux.

Au front, 23 août igiS.

Officiers, sous-officiers, soldats,

Je serai certainement l'interprète de vos sentiments unanimes en remerciant Sa Majesté le roi des Beiges d'avoir bien voulu parcourir aujourd'liui quelques-unes de vos organisations défensives, visiter plusieurs de vos cantonnements et assister à la remise solennelle de vos drapeaux.

L'armée française est reconnaissante et fière de riionneur qui lui est fait.

Le noble souverain qui a donné au monde l'exemple d'une inflexible droiture et chez qui la bravoure militaire s'allie si étroitement au courage civique, vous offre ici la vivante image des vertus que ces drapeaux doivent constamment représenter à vos yeux.

Depuis que vos régiments sont formés, vous avez montré que vous étiez dignes de recevoir, à votre tour, la garde de ces glorieux emblèmes. Sur rOnrcq ou à Chaudun, en Champagne ou aux Eparges, à Chavonne ou à Soissons, à Angres ou

'i) Ce message a été lu à la Chaml»re par M. Viviani, président (lu Conseil; au Sénat, par M. Aristide lîriand, garde des seeanx.

à Mesnil-les-Hurlus, à Notre-Dame-de-Lorette ou à la tranchée des Saules, beaucoup d'entre vous ont déjà bravé la mort; vos unités nouvelles ont rivalisé avec les vieilles troupes les plus renommées; le 3^ bataillon de tirailleurs a été cité à l'ordre de l'armée après une série d'exploits hé- ]?bïques; et lorsque la ^S" division tout entière a été l'objet d'une même citation, le a*" régiment mixte de zouaves tirailleurs et le 174° régiment d'infanterie ont pris leur large part des efforts, des sacrifices et des succès communs.

Recevez aujourd'hui, mes amis, les félicitations du Gouvernement de la République et les vœux du pays. Votre tâche est loin d'être terminée. Elle peut être encore longue et ardue. Vous l'accomplirez vaillamment jusqu'au bout et un jour viendra oii vous rapporterez dans les plis de ces drapeaux la victoire du droit et de la liberté des nations.

Remise de drapeaux à la 3* brigade du Maroc.

Au front, a4 août igiS.

Officiers, sous-officiers et soldats,

Ce n'est pas sans une profonde émotion que je remets aujourd'hui à la 3' brigade marocaine, en" présence de Sa Majesté le roi des Belges, les drapeaux où votre bravoure a dès maintenant épingle tant de glorieux souvenirs.

Carlepont et Tracyle-Val, Bailly et Quenne-

vières, le Bois-Saint-Mard et la route de Nampcel, tous ces noms s'étaient déjà inscrits, en traits de feu, aux premières pages de vos annales, lorsque, dans une lutte pied à pied qui a duré plus de seize jours, vous avez enlevé à l'ennemi tous les points d'appui fortifiés qu'il tenait à l'ouest du canal de l'Yser et l'avez définitivement rejeté sur la rive orientale.

Vous avez ainsi victorieusement commencé, avant de revenir vous battre aux environs d'Arras, la libération de cette généreuse Belgique, dont l'auguste souverain a tenu à vous apporter luimême aujourd'hui ses remerciements et ses félicitations.

Avec l'aide des héroïques troupes belges et de nos vaillants alliés, vous achèverez votre œuvre de délivrance et de salut. La France ne sépare pas sa cause de celle de ses amis. Honneur et loyauté sont, comme le sol même de toutes nos provinces, partie intégrante et inaliénable de notre patrimoine national.

Recevez ces drapeaux, couvrez-les d'une gloire nouvelle et faites-les flotter bientôt, avec ceux de toutes les nations alliées, sur l'Europe affranchie.

Télégramme adressé par M. le Président de a République atu roi des Belges.

27 août Kjio.

A Sa Majesté le roi des Belges, Quartier général de V Armée belge, Belgique.

Je remercie Votre Majesté de son télégramme, dont l'armée française sera profondément touchée. Les troupes qui ont eu la joie de recevoir la visite de Votre Majesté garderont le souvenir ému de l'intérêt qu'EUe leur a témoigné. Elles se félicitent de coopérer étroitement avec la vaillante armée belge dans la longue lutte que les nations alliées, indissolublement unies, soutiennent contre l'ennemi commun et elles ont, comme Votre Majesté, une foi absolue dans la victoire totale (1).

(1) Aux pelils boulangers d'iiixaudun.

Uiu' ccréiuonie tout iulime et des plus touchantes a t'U litii hier (ai septembre igiô) à Exotidun, petit village des Detix- Sèvres, où le préfet du département, M. liane des Adrels, est venu remettre à deux braves enfants de cette localité, Madeleine Uaniau, lilletle de quatorze ans, et son frère, âgé de dix ans, un'bijou de la part du Président de la République, en récompense de leur conduite vraiment admirable, qui lui avait élc signalée.

(les deux braves enfants s'élant trouvés seuls, par suite i\o la mobilisation de leur père, le boulanger Daniau, qui avant la guerre fournissait à lui seul presque tout le pain à la population d'iïxoudun et dans les environs, ils résolurent, malgré leur jeune âge, de se substituer à lui et de pour suivre son commerce.

Aussi bien, la petite Madeleine, pour être descendue, maintes fois au fournil, avait gai-dc dans sa mémoire lc^ gestes répétés de son père, pétrissant la pâte, allumant Ir four, enfournant, puis, a])rès la cuisson, man«cuvrant hi

Télégramme au tsar Nicolas II en réponse à celui du 6 septembre 1915 daté de Zarskoe Stawki.

Paris, - septembre 1915.

.S(i Majesté V Empereur de Russie, Zarskoe Stawki.

•le sais qu'en prenant elle-même le commande ment de ses héroïques armées, Voire Majesté

longue pelle de bois pour letirer «lu four les uiielics odorantes. Et, quoique le travail du pétrin fût bien dur pour ses petits bras, et bien lourde la pelle longue de sept mètres qu'il faut manier devant l'ouverture brûlante du four, elle se. mit courageusement à l'œuvre: et. sur pied dès quatre heures du matin, aidée de son jeune frère, dont le dévouement et le courage sont égaux aux siens, elle a continué de faire tous les jours les quatre cents kilos de pain que réclame la clientèle de son père.

Ces faits ayant été portés à la connaissance du Prési<lent de la République, M. Poincaré, ému d'une telle vaillance chez de si jeunes enfants, leur a fait tenir par le j)réfet des Deux-Sèvres deux bijoux; et en les leur remettant hier, M. Ranc des Adrets leur a remis également les deux lettres suivantes de M. Félix Decori, secrétaire général de la Présitlence de la République :

« Paris, le ii août ijjiô.

« Mademoiselle,

« M. le préfet des Deux-Sèvres m'a signalé la vaillance avec laquelle vous suppléez, dans l'exercice de sa fatigante profession de boulanger, votre père actuellement mobiliBé et les laborieux efforts grâce auxquels, malgré votre très jeune âge, vous assurez quotidiennement du pain aux habitants de votre commune d'Exoudun.

" M. b; Président de la République, à la eounaissancfe de qui j'ai porté votre belle initiative, en a été sincèrenieni touché. Il a constaté avec grand plaisir le salutaire exempbet les services que vous rendez autour d*; vous avec tant de bonne humeur et dt^ courage. 11 m'a chargé de vous en faire SCS biens sincères cumpliments et de vous envoyer de .sa part ce petit bijou, celte croix de Lorraine t(ui dira à la \ail

entend poursuivre énergiquement jusqu'à la victoire (^finale la guerre qui a été imposée aux nations alliées. Je lui adresse, au nom de la France, mes souhaits les plus chaleureux.

lante enfant des Deux-Sèvres qu'elle est aussi bonne Française que ses petites sœurs de la Meuse.

« Je m'acquitte avec grand plaisir de cette agréable mission et vous prie d'agréer, Mademoiselle, l'expression de mes plus distingués sentiments.

a Le secrétaire général civil ^ » de la Présidence de la République,

» Félix Decori. »

« Paris, le 29 août igiS.

« Mon ieune ami,

« "Vous aidez votre sœur dans son œuvre patriotique ayec une ardeur et un courage bien au-dessus de votre âge et comme un brave petit Français.

« M. le Président de la République, à qui votre belle conduite a été signalée, me charge de vous en féliciter et de vous envoyer, comme à votre sœur, un petit souvenir. Il est assuré qu'un enfant aussi laborieux et aussi courageux que vous ne pourra manquer d'être plus tard un vaillant soldat et un bon serviteur de la Patrie.

« Je vous fais tous mes compliments et vous envoie mes souhaits les meilleurs.

« Le secrétaire général civil '< de la Présidence de la République, « Félix Decori. »

Ajoutons que M. Vesquc, conseiller municipal d'Exoudun, faisant fonction de maire, avait, à l'occasion de la petite cérémoYiie d'hier, organisé dans la salir do la mairie une réunion des habitants d'Exoudun. i}ui témoignèrent leur gratitude à ces deux admirables enfants et les félicitèrent fl'avoir compris d'instinct que la vie du pays ne doit jamais s'interrompre et de leur avoir donné à eux-mêmes le plus magciûqae exemple d'énergie.

Allocution prononcée à Belfort le lundi 13 septembre 1915 en remettant plusieurs drapeaux à de nouveaux régiments de la division marocaine, dans la région de Belfort, en présence des généraux de Maud'huy et Démange.

Officiers, sous-officiers, soldats, zouaves et tirailleurs,

Le lendemain du jour où la France fut odieusement attaquée par un empire qu'elle n'avait jamais provoqué et dont la folie d'orgueil était une perpétuelle menace pour la paix du monde, vous avez, à l'appel du Gouvernement de la République, quitté la belle colonie naissante que l'Allemagne nous a si àprement disputée, et vous êtes venus participer à la défense de la mère patrie.

Durant l'année qui a suivi et qui a enrichi de tant d'épisodes sublimes notre histoire nationale, la division marocaine n'a pas un instant cessé d'être à la peine et à l'honneur.

Dans celte gigantesque bataille de la ^Nlarne, oii tous les efforts harmonieusement groupés sous la direction du général en chef* ont brisé l'offensive allemande, vous avez lutté, du G au lo septembre, au sud des marais de Saint-Gond, vous avez repoussé les assauts opiniâtres de la garde prussienne et prèle à la victorieuse manœuvre de la 9* armée un concours d'une valeur capitale.

Plus tard, au mois de janvier, une de vos brigades combattait héroïquement dans la région de

Nieuport; le 'f tirailleurs pénétrait d'un bond dans les tranchées du polder et une de ses sections, qui avait enlevé la Grande-Dune, se faisait tuer sur place jusqu'au dernier Iiomme, pour ne pas reculer.

Vos exploits n'ont pas été moins éclatants dans la bataille d'Arras, puisqu'à deux reprises, le 9 mai etle i() juin, vous avez, dans un irrésistible élan, percé les lignes allemandes, puisque, malgré la formidable organisation des ouvrages blancs, malgré les feux croisés des mitrailleuses, malgré la mort glorieuse de vos deux commandants de brigade, vous avez ouvert dans les positions ennemies deux brèches successives, profondes, l'une dQ 3 kilomètres, l'autre de i,5oo mètres, et atteint triom})halement les hauteurs de Givenchy.

Des ordres élogieux ont rendu hommage à votre inlassable énergie, à votre vaillance, à votre ténacité, et mes félicitations ne font aujourd'hui que consacrer celles de vos chefs.

Les drapeaux que je conhc à la garde vigilante de vos régiments ne peuvent être remis à des mains plue sûres et plus fermes que les vôtres. La France, qui est hère de votre bravoure et de vos succès, est certaine que ces enseignes conduiront vos belles troupes à des victoires nouvelles.

Allocution prononcée le 17 septembre 1915 sur l'esplanade des Invalides, à la remise des drapeaux des 230'' et 237- régiments territoriaux d'infanterie.

Officiers, sous-officiers et soldats,

Les drapeaux c[ue je vous remets sont la représentation symbolique des nouveaux corps de troupes que composent désormais vos bataillons. La fierté de garder ces enseignes développera en vous cette confiance mutuelle et cet esprit collectif qui feront de vos unités de grandes familles militaires et qui centupleront vos énergies.

Mais ces drapeaux ne consacrent pas seulement la formation de vos régiments. Ils sont destinés à rendre la France elle-même constamment présente et visible au milieu de vous; ils évoqueront devant vous ces belles contrées du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Perche et du Poitou, dont vous êtes, pour la plupart, originaires, et dans les- ([uelles vous avez laissé vos plus chères afîections ; ils vous monlreront aussi la douloureuse image des provinces martyres, do celles qui sont encore envahies par l'ennemi ou dévastées par les combats ; ils figureront à vos yeux le grand et magnifique pays que nous avons à défendre et à reconstituer.

Ils vous rappelleront en même temps tout ccl ensemble de force morale dont est faite Lame de l;i patrie: traditions communes, souvenirs d'une

longue histoire, indomptable volonté de transmettre aux générations futures l'héritage d'honneur et de gloire laissé par les ancêtres, conscience des devoirs qu'a la nation vis-à-vis d'elle-même, visà-vis de l'avenir, vis-à-vis de l'humanité.

Ces devoirs, le peuple français les remplit aujourd'hui avec un héroïsme qui lui vaut l'admiration du monde. Qu'on tourne les regards vers cette population parisienne, si courageuse et si digne, vers les autres cités, vers les campagnes, c'est partout la même résignation et la même fermeté. Qu'on parcoure, d'une extrémité à l'autre, le front des armées, c'est la même foi et le même enthousiasme.

Jamais la France n'a été plus belle ; jamais elle n'a mieux mérité d'être passionnément aimée et vaillamment servie.

Lettre au chef de bataillon du 11° Alpins.

Paris, 27 septembre igi».

Mon cher Commandant,

Laissez-moi une fois de plus vous envoyer mes vives félicitations, à vous, à vos officiers et à vos braves chasseurs. Je sais que votre brave bataillon s'est encore tout récemment couvert de gloire, que vous avez vous-même dirigé les opérations de la manière la plus brillante, et (ju'avec vous le comniaïKlanl Forêt, les capitaines d'Auber, de Peyrelougiie, Helmont et Mazade ont mérité de magniti(pies citations à l'ordre de l'armée.

Je suis fier de mon ancien bataillon et de mes vaillants camarades. J'ai appris aussi avec joie la belle conduite du sergent Johanny, des chasseurs Billot et Perrier et de tant d'autres.

Recevez mes plus chaleureux compliments et croyez à mes sentiments dévoués.

Réponse au télégramme du tsar Nicolas II.

Paris, V<28 septembre 1910.

Sa Majesté V Empereur de Russie,

Grand Quartier général russe.

Je remercie Votre Majesté des félicitations qu'elle veut bien adresser à nos armées à l'occasion des beaux succès qu'elles viennent de remporter avec le concours de nos alliés sur l'ennemi commun. Je prie Votre Majesté de recevoir elle-même mes plus chaleureux compliments pour la magnifique vaillance dont les troupes russes donnent l'exemple quotidien et qui fait l'admiration du monde entier.

Paris, le 29 septembre igiS.

Au ministre de la guerre (M. Millerand).

Mon cher Ministre,

Les magnifiques résultats qu'ont produits nos opérations en Artois et en Champagne nous permettent de mesurer l'étendue de la victoire que viennent de remporter les armées alliées.

Nos admirables troupes ont donné, dans ers rudes combats, de nouvelles preuves de leur incomparable ardeur, de leur esprit de sacrifice (*( de leur sublime dévouement à la patrie.

Elles ont définitivement affirmé leur supériorité sur l'ennemi.

Je vous prie de transmettre au général en chef, aux généraux commandant les groupes d'armées et les armées, à tous les généraux, officiers, sousofficiers et solda6<5, les félicitations les plus chaleureuses et les plus émues.

Croyez, mon cher ministre, à mes sentiments .dévoués.

Télégramme en réponse à des félicitations datées de Londres, le 30 septembre.

Sa Majestc le rai (V Angleterre, Londres.

En lisant l'élogieux message de Votre Majesté, les armées françaises et leur général en chef éprouveront un profond sentiment de gratitude et de fierté. Ils savent combien la confiante coopération des troupes alliées et la brillante offensive (In maréchal French ont contribué aux communs succès de ces derniers jours. Je suis Tinterprète de hi nation française tout entière en exprimant à Votre Majesté et à la vaillante armée britannique mes plus viyes félicitations.

Allocution prononcée le 8 octobre 1915, aux environs de Qonesse, en présence des généraux Qallieni et Clergerie pour remettre des drapeaux à deux régiments de formation nouvelle, le 232" et le 285 d'infanterie territoriale.

Officiels, sous-offtciers et soldats,

Je confie à votre garde ces jeunes drapeaux, signes sacrés de l'honneur et de la patrie.

Je sais que vous les entourerez d'un culte fervent et que vous serez fiers de les conduire à la victoire.

Pour former, dans le camp retranché de Paris, vos nouveaux régiments, vous êtes venus des légions les plus diverses, Normandie, Maine, Anjou, Vendée, Bretagne, d'autres encore. Vos unités sont comme un raccourci de la France tout entière.

Beaucoup d'entre vous n'ont pas reçu le baptême du feu ; certains, au contraire, couverts de blessures glorieuses, sont revenus du front et, versés dans vos régiments, y ont apporté l'actif ferment d'un courage déjà plusieurs fois éprouvé.

Mais, quelles que soient vos origines, quels (pie soient vos services, quel que soit votre âge, vous n'avez tous ici qu'un seul cœur, une seule passion, une seule volonté.

Comme vos camarades qui, en Champagne et en Artois, donnent de si éclatantes leçons à l'orgueil germanique, vous ètçs réjjolus à terrasser l'ennemi

sauvage qui s'est jeté sur nous et qui connaît maintenant la vigueur de notre étreinte.

Nous aurons raison de lui, mes amis ; violence et injustice seront maîtrisées par la souveraine alliance de la force et du droit.

Allocution prononcée aux environs de Pont-à-Mousson (1) le 15 novembre 1915 dans un champ d'aviation, en présence du sous-secrétaire d'État de l'aéronautique militaire, pour remettre de nouveaux drapeaux à i'aérostation et à l'aviation.

Officiers, sous-OFFiciERs, MÉCANICIENS et pilotes,

Le drapeau que le Gouvernement de la République avait attribué en 191 2 à l'ensemble des troupes de l'aéronautique militaire va être déposé, comme un glorieux souvenir, au musée de l'armée. Dorénavant, aérostiers et aviateurs, vous aurez respectivement vos enseignes, et votre émulation fraternelle ajoutera bientôt des inscriptions nouvelles à celles qui mêlent déjà ici leurs lettres d'or aux couleurs nationales.

Sur le drapeau que je remets à I'aérostation flamboient des mentions rétrospectives : Fleurus, Extrême-Orient, Maroc. Sur le drapeau que je

(1) Sur la visite di- cette ville éprouvée, on lit à l'Officiel du 16 novembre, p. 8a75 : "^

« Il s'est arrêté, pendant un certain temps à Pont-à-Mousson, où il a été reçu par le maire, le conseiller général, le curé et les fonctionnaires. La ville, qui a subi 178 bombardements depuis le début des hostilités, est en grande partie déserte. Le Président a parcouru les quartiers dévastés et a laissé a. 000 francs pour les pauvres qui sont restés en ville. »

confie à l'aviation est évoquée la mémoire des expéditions aériennes entreprises dans les régions d'Oudjda et de Tazza. Mais que sont ces opérations passées auprès des actions d'éclat que vous accomplissez maintenant tous les jours ?

Dans les diverses missions que vous remplissez, observations, reconnaissances, réglage de tir, chasse, bombardement, votre esprit de résolution, votre force deudurance, votre merveilleuse agilité, trouvent sans cesse l'occasion de s'exercer. Pendant que les pouvoirs publics travaillent, comme ils le doivent, à vous fournir des appareils de plus en plus nombreux et de plus en plus perfectionnés, entretenez et développez vos magniliques qualités militaires. Votre rôle, déjà grand, grandira encore dans les prochains combats et, en assurant définitivement à la France et à ses alliés la maîtrise de l'air, vous contribuerez, pour une large part, à rapprocher l'heure de la victoire (i).

Hj On lisait au Journal des Débats du ii décembre igiô ;

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