‹ Messages, discours, allocutions, lettres et télégrammesChapitre 5 sur 8 · UX HOMMAGI-; AU MAIRE DE REIMS · texte numérisé non relu

UX HOMMAGI-; AU MAIRE DE REIMS

Ainsi que nous lavons annoncé hier, le docteur Lauglet, maire de Reims, a reçu la grande médaille dor de la Ligue de l'enseignement, au Siège social, rue Récamier.

M. Des3oy«, président de la Ligue, a pris le premier la parole. En quelques mots émus il a rappelé l'adnviration de tous devant le courage des habitants de la ville de Reims et la conduite héroïque de leur maire.

Après M. Des3oye, le ministre de l'instruction publique, M. Painlevé, a dit que « l'œuvre et le nom du docteur Langlet. qui a su unir la fermeté et l'intrépidité devant l'ennemi à la plus admirable douceur pour ceux qui soufflaient, resteront pour les génératioRS futures comme le plus pur d«s symboles. »

M. Haymond Poincaré, président de la liépnhliffue, en remet-

Réponse à un télégramme du tsar Nicolas II du 22 décembre 1915.

Paris, le 23 décembre igio.

Sa Majesté V Empereur Nicolas II, Zarskoièselo , Russie .

J'ai transmis à T armée française l'aimable message de Votre Majesté. Il ira au cœur de nos officiers et de nos soldats, et je prie Votre Majesté de recevoir l'expression de leur gratitude.

tant, aux applaudissements de l'assistance, la grande médaille d'or au docteur Langlet, a évoqué l'entrevue qu'il eut autrefois avec le maire de la ville martyre.

Très ému, M. Langlet a remercié le Président de la République et la Ligue de ce témoignage, qu'il acceptait, a-t-il dit, comme un hommage à tous ses concitoyens.

M. Léon Bourgeois, ministre d'Etat, assistait à la cérémonie. Au cours de celle-ci, une Ullette de Reims est venue exprimer au docteur Langlet l'affectueuse gratitude de tous les petits Rémois.

Au aa décembre, où lit :

LE MARKCHAL FREXCU A L'KLYSKE

Le général Jojffre lui remet la Croix de Guerre.

Le Président de la République a reçu, hier après-midi, le maréchal sir John French, venu prendre congé de lui avant de quitter la France, et qui lui a présenté les officiers qui l'accompagnent.

M. Poincaré a remercié le maréchal des éminenls services rendus par lui à la cause des alliés.

Dans la matinée, le général Joffre avait remis la Croix de Guerre au maréchal.

Paris, le 23 décembre igiS.

Au ministre de la guerre général Galliéni.

Mon cher Ministre,

Je vous prie de vouloir bien communiquer au général en chef le télégramme que je viens de recevoir de Sa Majesté l'Empereur de Russie et dont notre vaillante armée sera, j'en suis sûr, profondément touchée.

Croyez, mon cher Ministre, à mes sentiments dévoués.

Télégrammes du 31 décembre 1915 et 1"' janvier 1916.

Paris, 3i décembre 1915.

Sa Majesté le roi des Belges, Grand Quartier général belge.

Je remercie Votre Majesté de ses vœux et je la prie de recevoir ceux ([lie je forme du fond du cœur pour Elle, pour Sa Majeslé la reine et pour la famille royale.

L'année qui commence apportera, je n'en doute pas, à la vaillante et loyale Bclgic{ue, l'éclatante réparation à laquelle elle a droit et que tous les alliés considèrent comme un des objets essentiels de leur action commune.

Paris, 3i décembre igiâ.

Sa Majesté le roi d'Italie, Rome.

Très sensible aux vœux de Votre Majesté, je Lui adresse mes souhaits chaleureux pour Elle-même, ainsi que pour la içrandeur de l'Italie et pour la gloire de son armée.

Paris, le 3i décembre I9i5.

Sa Majesté le roi de Serbie, Brindisi.

En remerciant Votre Majesté de ses souhaits, je la prie de croire à mes vives sympathies et de recevoir l'expression des vœux ardents que je forme, en toute confiance, pour le noble peuple et pour l'héroïque armée serbes.

Paris, le i"' janvier 1916.

Sa Majesté V Empereur de Russie, Grand Quartier général russe.

L'armée française sera très reconnaissante à Votre Majesté de ses félicitations et de ses souhaits. Elle est fière de coopérer avec la vaillante armée russe à la défense des droits de l'Europe et elle est résolue à lutter jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la victoire totale, avec nos fidèles alliés. Je prie Votre Majesté de recevoir tous mes vœux pour son bonheur personnel et pour celui de la famille impériale, ainsi que pour la grandeur de la Russie.

Paris, le i"^ janvier 1916.

Sa Majesté le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, Empereur des Indes, Londres.

Je suis très touché du message de Votre Majesté et je m'empresse de le communiquer à la nation et à l'armée françaises. Je partage la confiance de

Votre Majesté dans le triomphe de la cause sacrée que nous défendons en commun et qui intéresse non seulement le sort de nos pays amis et alliés, mais la liberté de tous les peuples. Je prie Votre Majesté de vouloir bien transmettre à la grande nation britannique et à sa valeureVise armée les souhaits ardents que je forme pour elles au nom de la France tout entière et j'exprime à Votre Majesté ainsi qu'à la famille royale mes meilleurs vœux personnels.

Letrre à l'armée française.

* I" janvier 1916.

Aux Officiers et Soldats i>e FraiXce,

Gomme Vous, mes nobles amis, j'ai lu avec émotion, dans le Bulletin des Ar-mées, les messages que vous ont adressés, à la veille de l'année nouvelle, les maires de nos grandes villes. Le même langage, à peine nuancé par quelques différences d'accent, vous a été tenu par toutes les cités françaises et il m'est aisé d'extraire aujourd'hui de ces nombreux témoignages la pensée unanime du pays.

Partout, vous l'avez vu, se maintient sans effort celte union sacrée qui s'est spontanément établie, il y a dix-sept mois, sous la menace de l'ennemi. Comment la population civile ne suivrait-elle pas l'exemple d'entente et d'harmonie que vous lui donnez? Dans les tranchées et sur les champs de

bataille, vous ne songez guère, n'est-ce pas? h vous demander compte de vos opinions personnelles. Le souvenir importun des discordes civiles ne vient pas troubler la fraternité d'armes qui vous lie les uns aux autres, dans le sentiment du danger commun et dans la conscience du devoir identique.

Vous avez les yeux lixés sur un idéal qui détourne constamment votre attention des objets secondaires et vous savez que votre patriotique mission ne soutTre point de partage. Pendant que vous vous sacrifiez ainsi tout entiers au salut de la nation, n'est-il pas naturel que ceux des Français que leur «ige, leur santé ou leurs fonctions empêchent d'affronter à vos côtés les fatigues et les périls de la guerre travaillent, du moins, à repousser les mauvaises suggestions de la haine et à conserver jalousement la paix publique?

Lès maires de France vous ont énuméré quelques-unes des œuvres charitables qui sont nées de cet heureux rapprochement des cœurs. La plupart de ces institutions sont destinées à vous secourir, vous, vos vieux parents, vos enfants, vos femmes, vos frères blessés ou prisonniers. Dans les villes les plus éloignées du front, votre image demeure ainsi continuellement présente à tous les esprits et concentre, au besoin, sur les tragiques réalités du moment, la pensée de ceux qui seraient enclins à les oublier. Les deuils qui ont assombri tant de foyers imposent d'ailleurs aux familles (|ui ont le privilège d'être moins cruellement frappées une

pieuse obligation de recueillement el de gravité. Tous les Français réconciliés communient dans les mêmes épreuves et il n'en est pas un qui n'écoute avec respect la mâle leçon des morts.

Leçon de courage, de patience et de volonté, leçon de calme, de confiance et de sérénité.

Vous avez vu passer devant vous, le long cor^ tège des départements et des villes. Vous avez entendu leurs acclamations. Il ne s'est pas élevé une voix discordante. C'est partout la même résolution, froide et réfléchie, détenir, de durer et de vaincre. Tout le monde comprend que l'enjeu de la guerre est formidable et qu'il y va non seulement de notre dignité, mais de notre vie. Seronsnous demain les vassaux résignés d'un empire étranger? Notre industrie, notre commerce, notre agriculture deviendront-ils à jamais tributaires d'une puissance qui se flatte ouvertement d'aspiler à la domination universelle? Ou bien sauvegarderons-nous notre indépendance économique et notre autonomie nationale? Problème terrible, qui n'admet pas de solution moyenne.

Toute paix qui viendrait à nous avec une figure suspecte et des propos équivoques, toute paix qui nous oifrirait des transactions louches et des conihinaisons bâtardes ne nous apporterait, sous de trompeuses apparences, que le déshonneur, la r iiine et l'asservissement. Le libre et pur génie de notre race, nos traditions les [)lus vénérées, nos idées les plus chères, nos goûts h's plus délicats, les intérêts de nos concitoyens, la fortune de

notre pays, l'àme de la patrie, tout ce que nous ont légué nos ancêtres, tout ce qui nous appartient, tout ce qui fait que nous sommes nousmêmes serait la proie de la brutalité germanique. Qui donc voudrait, par impatience ou par lassitude, vendre ainsi à l'Allemagne le passé et l'avenir de la France?

Oui, certes, la guerre est longue, et elle est rude, et elle est sanglante. Mais combien de souffrances futures ne nous sont pas épargnées par les souffrances présentes ! Cette guerre, aucun Français ne l'a voulue, aucun n'aurait commis le crime de la souhaiter. Tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis 1871 se sont efforcés de l'éviter. Maintenant qu'on nous l'a, malgré nous, déclarée, nous nous devons de la mener, avec nos fidèles alliés, jusqu'à la victoire, jusqu'à l'anéantissement du militarisme prussien et jusqu'à la reconstitution totale de la France. Nous laisser aller à une défaillance momentanée, ce serait être ingrats envers nos morts et trahir la postérité.

La persévérance obstinée dans la volonté de vaincre n'est-elle pas, du reste, le plus sur moyen d'enchaîner la victoire? Dans la guerre que vous soutenez si vaillamment en France, en Belgique et en Orient, le rôle des engins destructeurs a pris une importance essentielle, et le devoir impérieux des pouvoirs publics est de vous fournir, tous les jours, un matériel plus puissant et des munitions plus abondantes. Mais la force morale, elle aussi, est une condition maîtresse du succès final. Le

peuple vaincu ne sera pas nécessairement, celui "^ui aura subi le plus de pertes, ce ne sera pas celui qui aura eu à endurer le plus de misères; ce sera celui qui se sera lassé le premier.

Nous ne nous lasserons pas. La France a confiance parce que vous êtes là. Que de fois ai-je entendu vos officiers me répéter : « Jamais, en aucun temps, nous n'avons eu une plus belle armée ; jamais des hommes n'ont été mieux entraînés, plus braves, plus héroïques que les nôtres!... »

Partout où je vous ai vus, je me suis senti tressaillir d'admiration et d'espoir. Vous vaincrez. L'année qui s'ouvre vous apportera, mes amis, la fierté d'achever la défaite de l'ennemi, la joie de rentrer à vos foyers et la douceur d'y fêter la victoire auprès de ceux que vous aimez (i).

Réponse à l'allocution du marquis del Muni {2) remettant le 26 janvier 1916 ses lettres de créance àrÉlysée.

Monsieur l'Ambassadeur, Il m'est particulièrement agréable de recevoir

(i) Une relation abrégée du voyage à Nant-y reproduite par le Journal des Débats du 9 janvier 1916) signale, sans les citer, deux allocutions prononcées dans cette ville le vendredi 6, l'une aux réfugies hospitalisés dans une des casernes, l'autre au Conseil municipal auquel M. Poincaré « a rappelé les liens très anciens et très cbers qui l'unissent à la \ille de Nancy ». Voir plus bas p. 121).

ai Le marquis del Muni avait été nommé et agréé le ■J) décembre précédent. Voir plus haut, au 6 septembre 1914, I intronisation de son prédécesseur, le lieutenant général marquis de Valtierra.

(le vos mains les leltrcs qui vous accrédileiit auprès du Gouvernement de la République.

Le choix qu'a fait Sa ^lajest.é le roi d'Espagne en vous nommant à Paris a été accueilli avec une vive satisfactiouparlopinion française. Les excellents souvenirs que vous avez laissés parmi nous, les éminentes qualités que vous avez déployées dans l'accomplissement de vos missions précédentes, les sympathies que vous avez toujours professées pour la France, tout vous désignait pour le poste oîi vient de vous appeler, de nouveau, la confiance de votre Aagusle Souverain.

Vous retrouverez dans ce pays les dispositions les plus cordiales pour la noble et chevaleresque nation espagnole. Les grands devoirs que remplit en ce moment la France ne lui font oublier aucune de ses amitiés traditionnelles. Celle qui nous unit à l'Espagne a été nouée, tout à la fois, par la nature et par l'intérêt mutuel. Nous serons toujours heureux de la resserrer et de la fortifier.

Réponse à un télégramme daté de Lyon le 27 janvier 1015.

A Sa Majesté le roi Nicolas de Monténéî>ro, Lyon.

Je remercie Votre Majesté de son aimable télégramme et lui renouvelle l'assurance que la France lui donnera de grand cœur l'hospitalité, à Elle et à la famille royale, jus(|u'à l'heure où la victoire des Alliés sur les puissances germaniques libérera les penples opprimés.

Discours prononcé au Trocadéro le 1 février 1916, pour la fête des Croix de guerre.

^Iessieurs,

Laissez-moi remercier de leur beiireuse initiative les organisateurs de cette réunion. La manifestation grandiose qu'ils ont préparée en l'honneur du courage militaire et à laquelle tant d'artistes parisiens se sont empressés d'offrir leur généreux concours laissera dans l'àme de ceux qui auront pu voir cette vaste salle, toute peuplée de héros, un souvenir impérissable.

C'est pour le Président de la République un incomparable sujet d'émotion et de fierté que de vous trouver, mes amis, aussi nombreux devant lui et de pouvoir vous adresser quelques paroles de reconnaissance, à vous qui avez déjà versé votre sang pour le pays et qui attendez impatiemment la guérison pour retourner sur les champs de bataille, à vous qui êtes venus passer quelques jours de repos dans vos foyers et qui demain repartirez sur le front avec une ardeur nouvelle, à vous que des blessures trop graves tiennent désormais éloignés des combats et qui vous consolez de votre inaction en suivant de la pensée les exploits de vos frères d'armes; à vous aussi, mesdames, qui en prodiguant, sous la mitraille, vos soins aux soldats blesses, avez montré, une fuis de plus, tout ce que le cœur de la femme

française contient de dévouement, de vaillance et de bonté.

La plupart d'entre vous, mes amis, portent sur la poitrine l'emblème de leur bravoure, et par-là même, ils ne sont pas pour moi des inconnus. J'ai lu les citations qui attestent leur belle conduite au feu, comme j'ai lu les citations méritées par ceux de vos camarades qui ne sont plus, qui reposent là-bas dans les terres ensanglantées et que je salue avec un douloureux respect.

Je ne sais pas de lecture plus fortifiante que celle de ces ordres du jour laconiques oii, dans la brève simplicité des mots, apparaît l'immortelle beauté des faits. Tous les récits classiques qui ont jadis enchanté notre enfance, toutes les mâles leçons des âges disparus, toutes les légendes dorées de l'antiquité grecque et latine pâlissent auprès des réalités présentes de l'Histoire que vous écrivez. Les générations futures auront reçu de vous des modèles dont aucun texte ancien ne supportera la comparaison ; et si elles continuent à chercher dans le passé lointain les premières Heurs des grandes vérités humaines, elles trouveront plus près et parmi vous les exemples les plus sublimes de patriotisme, de résignation stoïque et de sacrifice virilement accepté.

Gomment toutes ces vertus se sont-elles si a magnifiquement épanouies sous le ciel de France? * Gomment le peuple entier s'est-il élevé, d'un seul . élan, à cette haute sérénité? 1

C'est, d'abord, assurément que notre vieille i

race gauloise, enrichie par les siècles, contient d'inépuisables forces latentes d'exaltation et d'idéal. C'est aussi que jamais guerre plus injuste et plus féroce n'a été déclarée à une nation laborieuse et pacifique. Sous le coup d'une attaque brutale, la France s'est redressée, et elle a été emportée par un même mouvement de révolte indignée, qui a haussé son âme et centuplé ses énergies.

Elle s'est rappelé toutes les concessions que, durant tant d'années, elle avait volontairement faites à la paix européenne ; elle s'est rappelé avec quel soin elle avait, depuis 1870, comprimé les battements de son cœur, étouffé ses sentiments intimes, avec quelle patience elle avcdt supporté les provocations et les défis; elle s'est rappelé que, jusqu'à la dernière heure et à la veille même de la guerre, elle avait encore multiplié les démarches pour éviter la catastrophe, qu'elle n'avait pas voulu désespérer du bon sens et de la raison, mais que tous ses efforts de conciliation s'étaient brisés contre le parti pris d'allumer l'incendie. Déclaration de guerre à la Serbie; déclaration de guerre à la Russie ; invasion de la Belgique ; déclaration de guerre à la France : peut-il y avoir plus nombreux et plus cyniques aveux de la savante préméditation germanique?

Ce sont là des évidences qu'aucun mensonge allemand ne saurait obscurcir. Elles ont suffi pour faire, en un instant, l'union de tous les Français.

Cette union sacrée que je m'honore d'avoir, dès le premier jour, recommandée au pays, a réservé à l'ennemi, au cours de cette guerre, les plus amères déceptions. Il avait compté que nos divisions intestines, favorisant ses projets de conquête, lui livreraient une France impuissante et déchirée. Aujourd'hui que sa rage s'épuise contre une armée qu'il sent invincible, et qu'il en est réduit à tourner sa fureur contre les femmes et les enfants, il renouvelle des tentatives désespérées pour énerver notre volonté de concorde, inquiéter notre confiance et amollir notre fermeté. Tous ces faux bruits qui rasent le sol et qui volent dans l'ombre à la façon des oiseaux de nuit, toutes ces nouvelles trompeuses qui font succéder à l'illusion du matin le désenchantement du soir, vous ne les entendez guère passer, mes amis, dans la zone des armées; ils ne se glissent pas jusqu'à vous; ils ne se hasardent qu'à l'intérieur; ne craignez pas qu'ils puissent égarer l'opinion et troubler l'esprit public. Non! La France entière a compris, comme vous, que l'ordre, le calme, le sang-froid, sont, autant que l'activité persévérante, les conditions nécessaires de la victoire, et elle a compris aussi que de cette victoire dépendent nos destinées nationales.

Il s'est levé, au cœur de l'Europe, un empire qui, dans l'ivresse de sa force militaire, s'est cru l'empire élu, privilégié, appelé par une vocation miraculeuse à la domination universelle. Convaincu que la (in la plus insensée justifie les

ft

moyens lés plus infâmes, il éiiiiildic, J)onr rémiiîif sa prétertdiiiB niissioil divine, tantôt la rrii^tité systématique, tantôt là cautèle et i'tiypbfciisie. La France ne veut être ni sa dupe ni sa victirtie: elle ne veut pas être réduite à Fétàt de vàSsale hiiriilliée et complaisante; elle veut cotiserver non seulement sa souveraineté politiqlie, mais son indépendance économique, morale et intellectuelle; elle veut garder intacts sa civilisation, son ëspHt et ses mœurs.

Et si l'enjea de cette giierre est, pour nous, formidable, il ne l'est pas moins pour nos alliés qui n'entendent pas, eux non plus^ devenir la prôlé des convoitises ger-maniques. Ou^ dis-je? Les neutres eux-mêmes, s'ils ont la claire nôtiëil dé leurs intérêts pernianents, ne Sauraient st désintéresser entièrement du conllil OU tant de ilâtioUS sont engagées. Ceux d'entré eux qui hdils hiatquent des synq)athies discrètes OU déélatées, céUx mêmes dont les préférences paraissent inéertâines ou mal fixées, ont tous à notre victoire un intérêt vital. Ni nous, ni nos alliés, nous ne rtOumë&ons contre aucun d'eux des préventions oU dés arriérépensées; ils ont, en revanche, tout à iedolitéi- dé puissances envahissantes et perfides, qui ne voient dans les traités signés par elles (JUé 'des chifi'ôiis de papier et qui trouvent uiié volupté ëàntàgé à récrasenient des petits peuples.

C'est vous, mes amis, qui donnerez la Séeiltilé du lendemain aux nationalités qui vivent aujourd'hui sous la mennée ou l'Oppression dëS empires

germaniques ; vous êtes les ouvriers d'un monde nouveau ; vous êtes les précurseurs d'une humanité aflfranchie; et dans l'univers rajeuni, la place de la France sera, grâce à votre héroïsme, une des plus belles et des plus grandes.

Déjà vous avez élevé, éclairé, épuré la conscience française ; vous avez donné au pays le sentiment exact de sa force et de sa valeur; vous l'avez soulagé du lourd cauchemar qui pesait sur lui depuis quarante-cinq ans, et qui paralysait ses efforts les plus généreux; vous avez relevé nos fronts, vous avez chassé de nos imaginations le spectre de la défaite.

Vous achèverez bravement votre œuvre de délivrance et de réparation nationale. Qui de vous souffrirait qu'elle demeurât incomplète? Qui de vous se résignerait à une demi-victoire, qui serait une demi-capitulation, et qui, après tant d'épreuves et de sacrifices, n'apporterait à la France qu'une trêve éphémère?

Les moindres moments de ces jours tragiques tiennent en suspension le germe des siècles futurs. Notre avenir sera ce que nous l'aurons fait. Nous voulons tous qu'il assure à notre pays la liberté, le travail et la prospérité. Pour que se réalisent nos vœux unanimes, îl faut que la paix, imposant nos conditions à nos ennemis vaincus, nous rende les provinces dont nous a dépouillés la violence, reconstitue intégrak;ment la France démembrée et nous offre des garanties sérieuses contre hi folie guerrière de l'Allemagne impériale.

C'est à cette paix victorieuse, à cette paix forte et tranquille, que vous aurez frayé, mes amis, un chemin triomphal, et le jour où vous la ramènerez souriante dans le décor des avenues pavoisées, nous aurons le bonheur de voir étinceler dans vos yeux la fierté du devoir totalement accompli, et la France reconnaissante pressera sur son cœur les fils qui l'auront sauvée (i).

Réponse à un télég:ramine du tsar Nicolas II du 15 février.

Paris, le i6 février.

Sa Majesté l'Empereur de Rusale, Grand Quartier général russe.

Notre mission militaire et notre marine, qui, d'accord avec les autorités navales anglaises et , italiennes, ont réalisé, malgré de grandes difficultés, le complet sauvetage de l'armée serbe, seront très sensibles aux félicitations de Votre lajesté. La France est fière d'avoir contribué à îonserver intactes les vaillantes troupes qui ont lu céder momentanément à la supériorité du nom- )re et qui coopéreront avec les Alliés à la libération de leur patrie.

(i) Il faut signaler, au ii février 1916, les paroles prurion- Ecées à l'occasion de la visite de l'hôpital du Panthéon pour y* remercier M. Cliautemps, sénateur de la Haute-Savoie -•. ^Vui^ le récit au Journal des Dchats du 12 lévrier.)

Réceptioii à l'Elysée de la délégation anglaise du Comité ititer parlementaire franco-anglais, le 21 février 1916.

(AnaltsS) (î).

Les membres de la délégation anglaiae, en compagnie des membres du bureau français de la Commission, se sont ensuite rendus à V Elysée ou ils ont été reçus à onze heures par le Président de la République. M. Aristide Briand avait tenu à se joindre à eux pour cette réception. M. Raymond Poincaré, dans une allocution qui a pj^oduit une très grande impi^ession, a rappelé le rôle joué par la Grande-Bretagne depuis la guerre. Il a montré (fite si là France a fait d'héroïques sacrifice.^ pour repousser un ennemi dont le monstrueux effor! est brisé désormais, VAngleteire a Jait plus encore en bouleversant ses traditions et en devenant une grande puissance militaire, comme elle était une grande pu basanée maritime.

— Cela, a dit le Président de la /tépubli(/U(\ jwiis né Voiiblierons jamais !

M. Raymond Poincaré a terminé en déclarant

(r) Le Tcmjis du 22 lévrier, après avoir raconté la réceplioi» des dtîlégués au mitiistèfe des Adaires étrangères ^l analysé ensuite le discours prononcé à l'Elysée, ajoute. :

u Lord lîrvce, dans une réponse émouvante, a célébré le passé fîloi'ieux de la France et IdMivrc de civilisation universelle accomplie au cours des siècles par l'université de l'arls. Il tt fait îo:)sorlli' Ih diirérent'e du rr>le joué dans l'ilisloire p«r l'Allema^'ile, ddhl il a llêtri. en termes v(<li6rtiénls, « les inéiltdilfts de ^UtTre liontensp, (]Mi ^nnt une iifTpnse :< Ih dignité du ge.tïtt^ bUtnaiti. »

que les bonnes relations entre les alliés aidaient pour premier résultat de permettre une poursuite toujours plus énergique du but commun.

Réponse à l'Ambassadeur du Japon S. E« M. Kusiro Matsai présentant à l'Elysée, le 25 février 1916, ses lettres de créance.

Monsieur l'Ambassadeur,

Jo suis heureux de vous adresser mes souhaits de bienvenue. Les excellents souvenirs qu'a lais- SCS parmi nous votre honorable prédécesseur, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères, la llatteuse désignation donl vous avez été-l'objet de la part de votre Auguste Souverain, vos éminentes qualités personnelles, que nous avons déjà pu apprécier à Paris, tout vous assure, auprès du (Gouvernement de la République, dans la haute mission qui vous est conliée, l'accueil le plus cordial.

Je vous prie de transmettre à S. M. l'Empereur mes meilleurs remerciements pour la marque d'amitié qu'il veut bien me donner aujourd'hui el pour les sentiments qu'il témoigne envers mon pays.

La guerre actuelle contribuera certainement à resserrer encore les relations du Japon el de la France. Nous avons le même ennemi. Nous nous sommes promis de ne déposer les armes qu'enstnible, el après qu il aura été déliuilixement abattu. Nos nalious, qui soutiennent une cause

commune, trouveront dans une commune victoire une nouvelle garantie d'union durable et féconde.

Allocution adressée au prince Alej^andre de Serbie reçu à l'ÉIysée le 21 mars 1916.

Monseigneur,

Le peuple de Paris s'est porté, d'un mouvement unanime et spontané, sur les pas de Votre Altesse royale pour lui exprimer les sentiments de la France.

Cette ville, que la fourberie de nos ennemis représente tous les jours sous les aspects du découragement ou du désordre, vous l'avez traversée au milieu d'une foule enthousiaste, fière d'offrir l'hospitalité à un jeune prince qui ne s'est pas laissé abattre par la fortune et qui n'a pas désespéré de la justice.

Une aussi émouvante manifestation vous en a dit, Monseigneur, plus que tous les discours. A^otre Altesse a pu voir par elle-même tout ce qu'il y a dans l'âme française de caliiie résolution et de confiance réfléchie.

Dans cette froide volonté de tenir et de vaincre, nous ne séparons pas votre cause de celle de nos alliés et de nos amis.

A la veille de la guerre, la Serbie a répondu à un ultimatum insolent par de suprêmes sacrifices à la paix européenne; elle n'en a pas moins été l'objet d'une i)er(ide agression, depuis longtemps préméditée; elle a résisté h ia force

avec un courage héroïque. Sa vaillante armée a échappé aux prises de l'ennemi, elle s'est rapide»ment reconstituée et elle est prête maintenant pour de nouveaux combats. Avec elle, les alliés libéreront le territoire serbe, rétabliront, sur des bases solides, l'indépendance et la souveraineté de votre noble pays et vengeront le droit opprimé.

Je lève mon verre en l'honneur de Sa Majesté le roi Pierre, qui s'est battu, en 1870, sous nos drapeaux et qui est resté un fidèle ami de la France.

Je lève mon verre en l'honneur de Votre Altesse royale, digne fils du valeureux roi-soldat.

Je bois à la grandeur et à la gloire de la Serbie.

A S. A. R. le prince Alexandre de Serbie.

Paris, le 25 mars 1916.

Monseigneur,

Je remercie Votre Altesse du message qu'elle a bien voulu m'adresser et que je m'empresse de communiquer à l'armée française.

Les troupes qui déploient aujourd'hui tant d'héroïsme dans la défense de Verdun ont été très heureuses de recevoir hier la visite de Votre Altesse; elles ne seront pas moins fières de ses félicitations.

Pelles savent qu'elles ne se battent pas seulement pour le salut de la France, mais pour la liberté du monde, et elles n'oublient pas que,

dans cette lutte sublime, elles ont pour alliés les viiiUants soldats de l'immortelle Serbie. Vous avez vu vous-même, Monseigneur, avec quel calme et quelle confiance elles préparent notre commune victoire.

Je prie Votre Altesse Royale de croire à ma lidèlc amitié.

Le Président a communiqué la lettre du prince au ministre de la Guerre avec ce mot :

Paris, le ao mars 1916.

Mon cher Mi.visïke,

J'ai le très grand plaisir de vous traiismellrc. eu vous priant de la communiquer au Général en ('licf, l'émouvaule lettre que je viens de recevoir de S. A. H. le prince Alexandre de Serbie.

Croyez, mon cher Ministre, à mes sentiments dévoués.

A madame Driant.

3 avril iyi6.

MAi)A:sn:,

J'ai le prolond regiel de vous Iransmettre un lélégramme que le roi d'Kspagne vient d'envoyer au chef du protocole (i) et (pii paraît malheureusement nous enlever désoimais tout espoir. Je

(1) Voici le Iclcj^raijiinc atlrL-ssé à M. William Martin, rlii'l' (In pr«»tocole, par S. M. le roi d'Kspajjne :

Madrid, le '\ avril, i5 li. 10.

Martin. thrC prolocoli;, Paris.

(.»!( luaiule df lierliii «IM»' pan luiii dv Ueauwioul «l de Çu\\rfs on a Irouvi- si-pullure loloiud Driant à i-ùtc de cellt- cnni iiittiidtint dn îm' ohasbt^uni vl de .sept hniiimt^s. Amitiés.

m'étais refusé jusqu'ici à admettre la douloureuse vérité, et je n'avais pas voulu vous importuner d'une démarche indiscrète. Mais en présence de ce nouveau renseignement qui ne semble que trop certain, je tiens k vous exprimer, Madame, en même temps que ma vive admiration pour la noble et glorieuse conduite du colonel Driant, ma très respectueuse sympathie dans le deuil qui vous atteint (i).

Réponse au télégramme du prince Alexandre de Serbie daté de Modane, 15 avril 1916.

Son Altesse Royale le prince Alexandre, prince régent de Serbie, Borne.

La France et ses vaillants soldats seront très touchés des sentiments que Votre Altesse Royale veut bien leur exprimer, au moment oîi Elle va reprendre, aux côtés des Alliés, le commandement de l'héroïque armée serbe. La population |)arisienne, qui s'est faite vis-à-vis de vous l'inter- [)rète du pays entier, et les troupes, qui ont été heureuses de recevoir, ii Verdun, les félicitations de Votre Altesse Royale, garderont le souvenir reconnaissant d'une visite qui les a profondément émues. Les vœux ardents de tous les Français vous accompagnent. Monseigneur, vous et votre armée.

(I On lisnii nu Journal des Débats du y avril 1916 : .■ A l'oci-asiun de l'anniversiiire «le la naissance du roi des Helges, le Président de la République a adressé à Sa Majesté les v»cux les plus «lialeureux. »

Discours prononcé le 27 avril 1916, à la réception des membres de la Conférence interparlementaire du Commerce.

Messieurs,

Il m'est très agréable de vous'recevoir aussi nombreux et de vous adresser à tous mes souhaits de bienvenue. La France est heureuse et fière d'offrir l'hospitalité à tant d'hommes éminents, — législateurs, jurisconsultes, commerçants, économistes — qui appartiennent tous à des nations amies et qui veulent employer leur libre activité à rendre plus vivantes encore et plus fécondes des alliances grandies dans la guerre et destinées à fructifier dans la victoire et dans la paix.

Sans doute, vous' ne revendiquez pour vos assises volontaires aucun caractère officiel; votre conférence, que vous appelez surtout à étudier des questions de droit commercial, se propose de rechercher des solutions, et non pas d'arrêter des résolutions; vous ne songez à empiéter ni sur l'indépendance parlementaire, ni sur les responsabilités gouvernementales; mais, dans les limites que vous vous êtes spontanément tracées, vous pouvez faire œuvre d'avenir et jeter les premières semences des moissons futures. C'est déjà chose excellente que de multiplier les occasions de rencontre entre les nationaux des pays alliés et

d'accoutumer les peuples qui luttent pour une même cause à confondre leurs sentiments et à concentrer leurs volontés.

La fréquence de ces rapprochement» et de ces entrevues est un signe des temps. Cette guerre universelle enfantera un inonde nouveau. Ce ne sera pas le monde de la force aveugle et de la férocité systématique : ce sera^ le monde du droit souverain et de la raison triomphante.

Rappelez-vous, Messieurs, la première session de vôtre conférence. Vous vous étiez réunis dans un pays paisible, qui n'était pas seulement protégé contre les agressions par sa faiblesse sacrée, qui avait été déclaré inviolable et qui était solennellement garanti par des traités internationaux. Vous vous êtes trouvés sur cette terre d'asile avec des délégués allemands. Ils ont participé à vos travaux; ils ont affecté de s'y intéresser; ils ont prononcé avec onction les mots de justice et de concorde; ils ont remercié comme vous le gouvernement belge de son accueil et de sa courtoisie. QueUjues mois plus tard, ils revenaient en Belgique : leurs soldats y massacraient des femmes, y égorgeaient des enfants et incendiaient Louvain.

(iOmnient veulent-ils «jue nous n'ayons pas constamment sous les yeux le contraste de ces dcHX tableaux? Comment peuvent-ils penser qu'un reldur d hyjioerisie suftise jamais à ell'aeei les traces sanglantes de la barbarie? Non : la

conscience humaine révoltée ne sera pas dupe des mensonges et des échappatoires. Les Empires du Centre en ont trop fait.

Flottilles de Zeppelins qui jetez, dans la nuit, des bombes explosives sûr les cités endormies, sous-marins qui torpillez traîtreusement les navires de commerce et qui IIa rez à l'abîme des passagers inoffensifs, bandes d'espions stipendiés qui sillonnez le globe et cherchez à semer partout là corruption, soudards grossiers qui fusillez de nobles infirmières, vous vous êtes chargés vousmêmes de montrer aux puissances neutres pour qui et pour quoi, contre qui et contre quoi nous nous battons.

Nous ne combattons pas seulement pour nos nations respectives, pour leur indépendance, leur avenir et leurs traditions; nous ne combattons pas seulement contre des voisins agressifs et contre leurs insolentes 'entreprises; nous combattons contre l'orgueil envahissant et contre la rage iorcenée des ennemis du genre humain.

• Et ce combat, nous le mènerons jusqu'au bout, sûrs que nous sommes d'avoir de plus en plus pour nous l'opinion de tous les iiommes qui pensent. Pendant que vous venez ici rechercher ensemble des solutions de justice, c'est la justice armée qui se bat sous vos drapeaux et sous les nôtres, aux lignes de l'Yser et du Carso, c'est elle qui barre la route de Salonique, pénètre dans Trébizonde et défend glorieusement les avancées «h' Verdun. Elle ne déposera pas le glaive avant

d'avoir réduit le mal à l'impuissance et brisé l'iniquité.

Messieurs, vivent les Alliés !

Réponses aux félicitations de la Chambre des Communes et de la Douma.

Paris, le ii mai.

M. James W. Lowther, speaker de la Chambre des Communes, Londres.

Je vous remercie vous, les honorables membres de la Chambre des Communes, les honorables membres du Conseil de l'empire russe et de la Douma, de votre message, auquel seront très sensibles la nation et l'armée françaises. Les relations de plus en plus intimes entre les représentants des pays alliés sont le signe visible d'une union que rien ne rompra et qui est le meilleur gage de la victoire.

Discours prononcé le 11 mai 1915 à l'inauguration du monument élevé à la mémoire des Auteurs et Compositeurs dramatiques tombés au Champ d'honneur.

Messieurs,

Je vous remercie de vous être rappelé, en ce

I jour de deuil et de fierté, que j'ai été, pendant de

; longues années, le conseil de votre Société, que

j'en suis resté l'ami fidèle et que je n'ai pas perdu

- le droit de partager vos tristesses et vos émotions.

Plus cette cérémonie commémorative est intime

. et familiale, plus il m'est doux d'y avoir été

; convié. Aucun de vos morts ne m'est étranger et

' je veux, comme vous, mon cher Président, (i)

leur apporter à tous mon tribut d'admiration.

Peut-être l'hommage le plus éloquent et le plus digne de leur mémoire serait-il une méditation silencieuse devant le nouveau chef-d'œuvre du grand artiste qui a su faire passer dans le marbre et dans la pierre, avec tous les frémissements de la vie, le pathétique mystère et la sombre beauté de la mort. Il faut bien cependant que la parole s'essaie à exprimer la ferveur de notre culte et la grandeur de notre reconnaissance.

Hélas ! mon cher Président, celui qu'après vous j'aurais voulu pouvoir écouter aujourd'hui, celui qui aurait été si naturellement désigné pour tra-

(i) M. Maxime Lecomle.

fluire ici nos regrets unanimes et notre patriotique ronfiânce, Paul Hervieu n'est plus. Nous lié revéfrons plus parmi nous sa figure pensive. Lui aussi, il a été frappé par la guerre et, s'il n'est pas tombé au Champ d'honneur, il a vécu ses derniers mois dans l'attente ficATeuse de la victoire et s'est endormi dans l'espérance.

Combien de fois, depuis le début des hostilités, ne m'âvait-il pas confié la souffrance que lui causait Son inaction forcée et la généreuse envie qu'il portait aux combattants! Il aurait voulu mourir face à l'ennemi, comme ceux que nous célébrons aujourd'hui.

Mais pourquoi parler de mort? Ni eux, tii lui, ne nous ont quittés. Ils ne survivent pas seulement dans le cODUr de leurs parents et de leurs atnis ; Ils ne survivent pas seulement datis les œuvres qu'ils ont laissées : une parcelle inextinguible de leUr vie restera également attachée aUx œuvres que composera désormais le génie français : car ce sont eux qui auront maîtrisé là tempête qui soufflait sur la llanmie dont ils étaient les gardiens, ce sont eux qui se sont sacrifiés pour que la pensée française ne fût pas étouffée. Ils ont accompli leur mission. IMeurons-les; ne les plaignons pas.

Oui. vos jeunes confrères sont partis pour l'armée avec la mr^me ardeuc et la même foi que les autres Français, ouvriers, bourgeois et paysans, instituteurs ou prêtres, avocats, fonctionnaires ou artistes. Comment un seul citoyen 9e serait-il

mépris sur le sens profond de cette guerre et sur les périls qu'elle faisait courir à la France? C'était la terre natale, la terre héritée de ses parents la terre ensemencée par ses mains, que le cultivateur allait protéger contre 1 envahisseur; c'était l'industrie française que l'artisan courait défendre contre la menace de la domination étrangèrec était la France immatérielle, l'intelligence et la beauté françaises, que l'homme de lettres ou le compositeur de musique, le peintre ou le statuaire, avaient à sauvegarder contre le débordement du flot germanique. La conscience de ce devoir historique a subitement mué en âmes de héros de paisibles âmes de poètes et de penseurs Devant cette levée en masse de l'esprit français Gœthe lui-même n'aurait pu s'empêcher de répéter le mot qu'à propos de Napoléon il disait à Eckermann : . Dans les actes aussi, il y a une force productive. » Certes, l'action de ces braves a une énergie créatrice qui dépasse singulièrement les plus puissants efl"ets de l'imagination humaine • Ils ont créé la France de demain. Où est l'œuvre d'art qui vaut cette réalité?

Monter la garde autour de nos traditions littéraires, veiller, l'épée à la main, sur notre langue et sur nos méthodes intellectuelles, quel légitime orgueil pour des écrivains! Et comme ce grand rôle s'agrandit encore, lorsqu'on est appelé à le jouer dans la phase suprême d'une lutte engagée depuis tant de siècles, entre deux civilisations opposées! Vos confrères ont pu, avant de mourir

se remémorer quelques épisodes de ce conflit millénaire.

Ils se sont rappelé les années glorieuses oii la langue française, en son universalité triomphante, véhiculait à travers l'Allemagne toutes nos idées nationales ; ils se sont rappelé les efforts violents et maladroits qu'ont fait plus tard, pour s'affranchir de cette influence salutaire, nos voisins enivrés d'une gloire capiteuse; ils se sont rappelé les lentes et insidieuses tentatives auxquelles a fini par se livrer l'Allemagne pour insinuer chez nous et chez les autres peuples sa façon de penser, sa conception de l'histoire, ses procédés scientifiques et jusqu'à son goût barbare du colossal et du désordonné.

Ils ont revu, dans les brumes lointaines du moyen âge, la fleur printanière de notre littérature féodale et chevaleresque transplantée aux champs germaniques, nos fabliaux, nos lais, nos chansons de geste traduits et imités au delà du Rhin, les légendes celtiques et les vieux récits de la France mérovingienne marquant d'une ineffaçable empreinte Gudsen et lesNiebelungen, l'Allemagne initiée à l'art ogival et épelant « la Bible d'Amiens » sous la direction de nos Cisterciens, Trêves, Cologne, Magdebourg , Fribourg - en - Brisgau, prenant ouvertement pour modèles de leurs cathédrales les immortels monuments que, plus tard, dans un accès de rage jalouse, les armées impériales chercheront systématiquement à détruire sous la pluie de leurs obus incendiaires.

Ils ont revu, dans la lumière du. xvii* et du xviii* siècle, l'àme de la France rayonnant plus vivement encore sur l'Europe centrale, Corneille et Racine, Molière et Regnard, Voltaire et Marivaux, fournissant matière à tout le théâtre allemand, un roi de Prusse se piquant de poésie française, un Gluck demandant à Paris l'inspiration et la consécration de ses opéras, un Gœthe adolescent hésitant entre les routes divergentes des deux civilisations, comme un jeune demi-dieu entre le vice et la vertu.

Puis, ils ont revu, dans la fumée des canons de Rossbach, le commencement de la morgue prussienne; ils ont revu la rapide croissance de l'hostilité tudesque, la vive campagne des Lessing et des Herder contre les lettres françaises, les prétentions graduelles de l'esprit allemand au monopole du sérieux et de la profondeur, la révolte fomentée contre les règles et les disciplines de cet esprit méditerranéen dont Nietzsche s'elforcera vainement un jour de montrer à l'Allemagne la supériorité esthétique et rationnelle.

Ils ont revu la longue impuissance de ce mouvement germanique, les hommages involontaires rendus par les plus grands écrivains de l'Allemagne aux maîtres qu'ils voulaient détrôner, Gœthe reconnaissant qu'il doit à la France une large part de son génie, Schiller traduisant la Phèdre de Racine et empruntant à Diderot la formule de ses premiers drames, les pièces de Picard, d'Andrieux, d'Alexandre Duval, mises

en coupes réglées par Iflland et Kotzebue, le pillage de notre littérature si savamment organisé que déjà Méphistophélès risque cette observation, aussi juste au sens propre qu'au sens figuré : c Le vrai Allemand déteste les Français ; mais il aime à boire leurs "slns. »

Et si, de ces temps éloignés, vos confrères ont reporté leur pensée sur une époque plus récente, ils ont encore eu lieu, sans doute, de se réjouir de la vogue qua obtenue et longtemps conservée chez nos ennemis notre théâtre da xix' siècle et ils ont reconnu, sur la scène allemande conlemporainc, à travers des masques transparents, une multitude de personnages familiers. ]\Iais, en même temps, ils ont compris que. dans son aveugle besoin de souveraineté universelle, le nouvel empire germanique ne se bornait pas à dépêcher par le monde ses colons, ses financiers, ses hommes à tout faire; qu'il travaillait à nous enlever les parties les plus vénérables et les plus précieuses de notre patrimoine moral, à supplanter peu à peu notre culture, à dépouiller notre littérature de ses prérogatives séculaires et notre langue de son prestige.

La vaillance de vos morts n'aura pas été stérile. Leur sang versé oppose dorénavant un obstacle infranchissable à ces vaniteuses offensives du pangermanisme intellectuel, conduites par les pâles épigones des Hegel et des Gervinus. Soigneusement exaltés, les souvenirs de 1866 et de 1870 soutenaient l'essor ambitieux de l'impérialisme :

ils sont à jamais abolis par les batailles de la Marne, de l'Yser et de Verdun. Le dieu allemand s'est retiré dans ses nuages. Il ne nous reste qu'à achever notre victoire sur les ennemis de tout ce que nous aimons. C'est affaire de patience, de travail et de volonté.

Messieurs, j'ai eu, tout récemment encore, la sensation très nette des services que rendent à la ci\àlisation latine vos confrères mobilisés. Je m'étais arrêté^ en Alsace, sur la tombe de l'un d'eux. Le cimetière où il dort s'étage en terrasses au flanc d'un contrefort vosgien : des croix de bois, couvertes de couronnes fraîches, s'aliarnent sur chaque palier; les tertres sont jonchés de fleur-s et de feuillages ; un grand drapeau tricolore, hissé à un long màt, flotte sur le dernier sommeil des bons Français que leurs compaiînons d'armes ont pieusement conduits à ce champ de repos. En bas, dans la vallée, toute verdoyante et animée d'eaux vives qui courent vers le Rhin, les habitants fraternisent, au bruit du canon, avec les troupes françaises ; les villages et les bourgs ont laspect du bien-être et de la confiance: les filles d'Alsace piquent la cocarde aux trois couleurs sur leurs grands nœuds de soie noire : les enfants, dans les écoles, chantent la Marseillaise et récitent, au mépris de Lessing et de son Traité de la Fable, les plus charmantes pages de La Fontaine. Et, dans la jolie symétrie française de ces tombes militaires, dans le réveil de ce pays si lonstemps opprimé par l'Allemagne, dans la magnifique

allure des troupes qui occupent ces marches reconquises, dans la joie de celle en/ance qui sourit au retour de notre génie national, j'ai trouvé, messieurs, comme une signification symbolique et j'ai répété au fond de moi-même : « Honneur à ceux qui reposent ici ! lis ont sauvé le sens de la composition et de l'harmonie, l'art de la forme et des proportions élégantes, le goût de l'ordre et de la mesure; ils ont- sauvé la grâce et la pureté de l'idée française. »

Discours prononcé le dimanche 14 mai 1916 en remet tant la croix de la Légion d'honneur à MM. Simon, maire de Nancy, et Jambois, conseiller général.

Messieurs, en conférant la Légion d'honneur à MM. Simon et Jambois, le Gouvernement de la RépiU^lique n'a pas seulement voulu honorer le dévouement et le courage de deux bons citoyens: il a eu l'intention de rendre, en même temps, un hommage plus général à la ville de Nancy et aux vaillantes populations des départements ravagés par la guerre.

Depuis près de vingt-deux mois, vous avez, messieurs, connu de cruelles épreuves! elles vous ont trouvés calmes et résolus. Vôtre conseil municipal, ou sont représentées les opinions les plus diverses, u répondu au vou de tous ses adn)inistrés en réalisant cette union sacrée, dont j ai sonné le rappel le jour où l'Allemagne s'est jetée sur nos frontières et qui a si complètement déjoué

les prévisions do nos ennemis. Le maintien de celle heureuse coucorde ne vous a coûté aucun effort. Notre Lorraine obligée, depuis tant d'années, à rester sur un perpétuel qui- vive, a toujours aisément compris les grandes nécessités nationales.

Avant l'attaque allemande, elle était peut-être plus fermement attachée à la paix qu'aucune autre province française. Malgré le démembrement dont elle sentait la douleur persistante, elle se serait reproché tout geste agressif ou toute parole imprudente comme un crime contre l'humanité. Elle mesurait mieux que personne les risques d'un conflit. Elle se rappelait les horreurs de l'invasion. Elle savait qu'une guerre nouvelle, non seulement mettrait en deuil les familles lorraines comme les autres familles françaises, mais dévasterait nos terres, détruirait nos foyers, profanerait nos souvenirs les plus chers et couvrirait de ruines nos eanqiagnes désolées. Comment n'aurait-elle pas souhaité (|ue de tels désastres lui fussent épargnés?

Son amour de la paix ne lempèchait pas cependant d'être prête à supporter, s'il le fallait, toutes ces calamités et toutes ces souffrances. Elle s'est immédiatement trouvée à la hauteur de ses devoirs. Vieille capitale lorraine, Nancy a donné l'exemple de la bravoure et du sang-froid.

En une heure d'angoisse, vous avez entendu, messieurs, l'insolente approche de l'ennemi. Ivre d'un succès éphémère, l'armée allemande se pro-

mettait déjà d'encadrer dans ia délicieuse arcliitecture de la place Stanislas raiitomatisme arrogant d'un de ses défilés. Elle a dû battre en retraite devant nos troupes victorieuses, évacuer Lunéville et se tapir prudemment au delà du Grand-Couronné.

La fureur qu'a excitée cette déconvenue ne s'est pas encore apaisée. Avions et zeppelins ont, d'abord, tenté de prendre sur Nancy de véritables revanches; puis des obus de gros calibre ont été lancés à longue distance sur de paisibles demeures et sont venus tuer des entants jusque dans les bras de leurs mères. Désespérant de pénétrer dans la ville, l'ennemi s'est acharné sur elle, comme si, pour se dédommager de n'avoir pu la souiller, il éprouvait le vif besoin de la mutiler.

Hélas ! Nancy sait qu'elle n'est pas seule à subir de *tels outrages. Elle partage le sort des autres villes martyres. A vivre ainsi dans la continuelle intimité du danger, elle a pris une physionomie plus grave. Mais sa coniîance n'est pas ébranlée et sa patience ne se lasse point.

Ce n'est pas ici qu'on pourrait oublier les leçons de la guerre. Elles n'y laissent aucune trêve à l'esprit; elles le tiennent constamment en éveil: elles le détournent à la fois de cet optimisme inactif, qui est une forme inerte et passive de la vie, et de ce pessimisme morbide, qui paralyse l'action ou la fait dégénérer en vaine agitation.

Si jamais, par impossible, un Français se sentait lléchir, il trouverait dans le spectacle de vos

vertus de quoi relever son courage et retremper sa volonté. Mais personne ne fléchira. La France tout entière a entendu la voix de Nancy et de ses sœurs captives ou suppliciées; et la France tout entière leur répond : « Comptez sur moi. Je ne prendrai pas de repos avant l'achèvement de la victoire. Par les héros de la Marne, de l'Yser et de Verdun, je vous jure que vous serez délivrées; je vous jure que vous serez vengées. »

Allocution aux réfugiés lorrains hospitalisés à la caserne Moïitor de Nancy (même jour).

Messieurs, c'est avec une vive émotion que je reviens aujourd'hui dans cette caserne, transformée en cité hospitalière, et que j'y retrouve tant (le centaines de réfugiés lorrains. J'avais gardé de ma dernière visite un souvenir attendri (i) ; celui que j'emporterai de cette réunion ne restera pas moins profondément gravé dans mon cœur.

A vous tous, qui avez dû. abandonner vos communes envahies par l'ennemi ou détruites par les obus; — à vous, messieurs, que l'âge avait empêchés de prendre les armes et qui portez loin de vos domiciles te poids des années alourdi par la soufï'ranec; — à vous, mesdames, que vos maris et vos fds ont quittées pour défendre le pays et qui n'avez |)as la consolation de pouvoir envelopper dans l'atmosphère apaisante du foyer

iP Voir plus haut, p. 8, note i.

flomeslique vos inquiétudes et vos deuils; t- à vous, mes enfants, qui vivez, depuis de longs mois, en dehors de vos horizons familiers et qui, malgré tous les soins dont vous êtes entourés, éprouvez ici quelque chose des tristesses de l'exil; — à vous tous, j'exprime les sympathies de la France et je renouvelle ses promesses de sollicitude et de protection.

Si nombreux que vous ayez été recueillis dans ces vastes bâtiments, vous ne représentez qu'une bien faible partie des victimes de l'invasion. Vos frères de douleur sont dispersés sur tous les points du territoire et il n'est pas un département qui n'en abrite plusieurs milliers. Partout ils sont, comme vous, patients et résignés; ils attendent, avec une tranquille confiance, l'heure de la délivrance et des réparations nécessaires.

Mais, comme tous ceux qu'a frappés la guerre, comme les familles qui ont donné à la patrie le sang de leurs enfants, ils entendent que leurs sacrifices ne restent pas stériles. Après avoir été si longtemps chassés de leur terre natale, ils désirent, du moins, y trouver au retour la pleine sécurité du lendemain.

Leurs vœux seront exaucés, La France ne livreta pas ses tils aux dangers de nouvelles agressions. Les empires du Centre, hantés par le remord, d'avoir déchaîné la guerre, épouvantés par l'indignation et par la haine qu'ils ont soulevées dans le genre humain, essayent aujourd'hui de faire croire an monde que les alliés sont seuls

responsables de la prolongation des hostilités. Lourde ironie qui ne trompe personne. Ni directement, ni indirectement, nos ennemis ne nous ont offert la paix. Mais nous ne voulons pas qu'ils nous l'offrent : nous voulons qu'ils nous la demandent : nous ne voulons pas sul)ir leurs conditions : nous voulons leur imposer les nôtres ; nous ne voulons pas une paix qui laisserait F Allemagne impériale maîtresse de recommencer la guerre et qui suspendrait sur l'Europe une menace éternelle : nous voulons une paix qui reçoive du droit restauré de sérieuses garanties d'équilibre et de stabilité.

Tant que celte paix-là ne nous sera point assurée, tant que nos ennemis ne se reconnaîtront pas vaincus, nous ne cesserons pas de combattre.

Allocution prononcée à l'Elysée, le 22 mai 1916, à la réception des membres du Conseil de l'empire de Russie et de la Douma.

Soyez les bienvenus, messieurs, sur cette terre de France, où fraternisent déjà vos soldats et les nôtres. Vos bataillons apportaient, il y a quelques jours, à nos amures un témoignage de camaraderie militaire. Vous venez, h, votre tour, nous exprimer fidèlement la pensée de votre grand pays. Cette double preuve d'amitié touchera profondément tous les c(rurs français.

Si nous avions été maîtres des événements, nous célébrerions ensemble aujourd'hui, dans lu paix et dans la joie, le vingt-cinquième anniver-

saire de la date mémorable où nos deux peuples se son* rapprochés et ont posé les premières bases d'une alliance indestructible. Le Gouvernement de la République compte encore, parmi ses membres les plus éminents, les hommes d'Etat clairvoyants qui. avec votre noble souverain, l'empereur Alexandre îll, ont préparé ces anciens accords. En nouant des liens étroits entre la Russie et la France, ils n'ont eu d'autre volonté que d'assurer l'équilibre des puissances et de travailler à la paix générale.

A aucun moment, l'alliance franco-russe n'a été détournée de cet objet initial. Jamais elle n'a eu de pointe dirigée contre personne. Plusieurs fois, elle a contribué à écarter des risques de guerre. Lorsqu'on! éclaté les incidents de Tanger ou d'Agadir, lorsqu'à été consommée l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, à toutes les heures critiques, nos deux Gouvernements ont trouvé dans leur confiante intimité la principale force de leur diplomatie pacifique.

Pendant les deux longues phases des guerres balkaniques, la Russie et la France, en parfaite entente avec l'Angleterre, ont donné des preuves constantes de leur esprit de conciliation et ont elles-mêmes organisé la collaboration de l'Europe dans l'espoir de conjurer l'extension du conflit.

Mais les empires du Centre poursuivaient secrètement la réalisation de leurs desseins belliqueux. En 1913, l'Autriche essayait vainement d'associer rilalie à un attentat contre la Serbie ; en 1914.

elle trouvait dans le crime de Sarajevo une nouvelle occasion de chercher non seulement à humilier, mais à écraser sa voisine; et, au moment où semblaient réglées toutes les grandes questions internationales, un assassinat, odieux certes, mais n'engageant aucune responsabilité publique, mettait aux prises, malgré vous et malgré nous, la plupart des puissances européennes.

Quels calculs, messieurs, et quels raffinements dans les préparatifs de cette agression! J'étais allé, comme mes honorables prédécesseurs, rendre la visite traditionnelle du Président de la République* française à votre auguste empereur; je devais, au retour, m'arrèter comme eux aussi dans les trois pays Scandinaves et y porter l'assurance de l'amitié française; j'étais accompagné du président du Conseil, ministre des Affaires étrangères. Si nous avions connu l'ultimatum autrichien pendant notre séjour en Russie, les deux Gouvernements alliés, se trouvant en contact -**><i^ immédiat, auraient pu se concerter plus vite et plus aisément sur les mesures à prendre pour éviter une conflagration. Mais la note comminatoire du Rallplatz fut remise assez tard à Belgrade pour que nous n'en fussions pas informés avant notre départ, et ce n'est qu'en mer, et par la télégraphie sans fil, que nous perçûmes, de très loin, les premiers grondements de l'orage. A Peterhof et à Gronstadt, nous n'avions échangé que des paroles de paix; nous avions proclamé publiquement, avec autant de fermeté que jamais,

notre commune résolution de maintenir l'union des deux pays ; nous n'avions pu pressentir ni les termes ni l'esprit d'un document qui n'avait pas de précédent dans 1 histoire ; et lorsque je pris congé de Sa Majesté, c'est avec une sereine confiance en l'avenir qu'elle me promit aimablement de venir en France dans le cours de l'année suivante. Quelques jours après, malgré les efforts combinés à distance par l'Angleterre, la France et la Russie, malgré des tentatives renouvelées de médiation, les empires du Centre précipitaient la catastrophe.

Excusez-moi, messieurs, d'évoquer aujourd'hui ces souvenirs personnels. Mais comment votre présence ne me rappellerait-elle pas le chaleureux accueil que votre empereur et vos compatriotes ont fait naguère au représentant de la France? Vous êtes nos hôtes dans des circonstances plus émouvantes et plus tragiques. Longtemps unis dnns la paix, nous voici maintenant unis dans la guerre; mais, dans la guerre même, c'est pour la paix que nous restons unis. On nous a forcés à nous battre ; nous nous battrons bravement jusqu'à ce que, par une victoire définitive, nous ayons rétabli le droit et garanti la tranquillité du monde.

Condoléances au roi d'Angleterre à la nouvelle de la perte du croiseur Hampshire.

Paris, le 6 juin 1916.

Sa-Majeaté le roi cV Angleterre , Londres.

J'apprends avec une vive douleur que le croiseur à bord duquel lord Kitcliener se rendait en Russie, avec son état-major et M. O'Beirne, a été coulé ^ans la traversée de la mer du Nord. Je souhaite encore que, malgré les premières nouvelles reçues, les passagers aient pu être sauvés. Si par malheur il en a été autrement, toute la France s'associera au deuil de l'Angleterre et de l empire britannique. J'avais eu plusieurs fois l'occasion de m'entretenir avec lord Kitchener et j'avais hautement apprécié ses éminentes qualités. J'exprime mes profondes sympathies à Votre Majesté et je la prie de croire à mon fidèle attachement.

Félicitations sur la victoire russe.

s juin iyi6.

Sa Majesté Nicolas 11, Empereur de Russie, Grand Quartier général russe.

La belle victoire remportée par la Russie apporte, dans l'ensemble des opérations concertées entre les états-majors alliés, une puissante contribution au succès commun. Pendant que,

devant Verdun, les troupes françaises résistent, avec un courage indomptable, aux assauts répétés des Allemands, les vaillants soldats de Votre ^Majesté infligent à nos ennemis un sanglant échec. La France a tressailli de joie à cette heureuse nouvelle et je prie Votre Majesté de recevoir, pour Elle et son armée, mes plus vives félicitations.

Télégramme au roi Qeorge après la bataille navale.

Sa Majesté le Roi d'Angleterre, Londres.

Maintenant que sont réunis tous les renseignements authentiques sur la grande bataille qu'une partie de la flotte britannique a livrée à la flotte allemande, la grandeur des résultats obtenus par les braves marins de Votre Majesté apparaît en un jour éclatant.

Le loyal souci de la vérité dont a fait preuve l'Amirauté anglaise rend aujourd'hui plus évidentes encore les heureuses conséquences du succès remporté. Je prie Votre Majesté de recevoir, en même temps que mes sympathies pour les familles en deuil, l'expression de ma profonde admiration pour les victorieux combattants.

Discours prononcé, le vendredi 14 juillet 19lô, â l'occasion de là rehiise dés diplôihes d'honneur aux familles des oificiérs, sous-officiôrs et soldats liiortS poiir la patrie.

MïstiAiifes, Messieurs,

Le Gouvernement de la République a pensé qu'à cette date où la France avait coiitumé de célébrer tous les ans, dans les joies de la paix, l'orii^iiie de ses libertés politiques, elle voudrait encore, malgré les tristesses de la guet-re, respecter une Iraditioii qui donne une forme sensible à la conscience nationale et à l'unité de la patrie. ^

Rien, sans doUte^ ne pouvait niieux répondre aux sctitiments du pays qu'Un simple iiommîlg^e pieuseinent rendu, dans la sévérité dune cérémonie railitaircj aux soldats (^ui sont morts à l'elinenli et aux familles qui portent le deuil de ces braves avec une si noble résignation.

En distt-ibuailt aujolu'd'liui ces premiers diplômes commémoratifs; devant les régiments des troupes alliées et devant la population parisieime, — pendant que, dans tous les dépaltemeiits de Franbe, rctentiftsefit égaleinent les noms dé (jueltiiifes-uhs des ofïiciers et des hommes qiii, dès le début de.s hostilités; sont Ibmbés sur les cham|)s de bataille, ■ — nous nous sommes seulement proposé d'exprimer» en des solennités graves et symboUipies,

la reconnai.s5;ance que gardera la nation aux généreux enfants qui sont morts pour la sauver.

A la voix de la patrie en danger, ils se sont levés, ils ont couru aux armes, ils se sont précipités aux frontières, les jeunes c.omme les aînés, les fils comme les pères, ceux qui, leur service terminé, avaient repris la vie tranquille du foyer domestique, comme ceux qui s'exerçaient encore dans les casernes et dans les camps, ceux qui travaillaient à l'usine comme ceux qui cultivaient les champs, ceux qui enseignaient la jeunesse comme ceux qui collaboraient à l'administration de la justice, ceux qui pratiquaient un culte religieux comme ceux qui ne priaient pas dans les temples, ceux qui étaient nés sous le ciel du Midi comme ceux qui avaient 'grandi sur les rives de l'Océan ou dans le voisinage de l'étranger.

Tous ont rivalisé de courage, d'ardeur et d'abnégation ; tous sont dignes de vivre éternellement dans la mémoire de leurs concitoyens. Ils ont versé leur sang pour une cause sublime, le salut de la patrie et l'avenir de l'humanité, et, s'ils sont morts avant d'avoir connu la victoire finale, ils ont eu, du moins, la consolation de l'avoir pressentie et préparée.

Au moment où, frappés d'une balle ou d'un éclat d'obus, ils ont vu approcher la mort, — la mort sereine et glorieuse qui accompagne les drapeaux au combat, — ils ont eu, dans une minute d'émotion suprême, un tendre souvenir pour ceux et celles qu'ils aimaient ; ils ont eu aussi, n'eu

doutons pas, une fidèle pensée pour la France à laquelle ils donnaient leur vie et qu'ils ont entrevue maîtrisant les armées allemandes, se rçlevant de ses blessures et se consacrant de nouveau, dans une paix féconde, aux travaux dont l'a détournée l'agression de l'ennemi.

Avant même que se fussent complètement réalisées leurs espérances, ils ont pu, en mourant, se dire que jamais cette France n'avait brillé, parmi les nations, d'un éclat plus pur. que jamais elle n'avait mieux mérité l'admiration du genre humain et que, fille de tant de siècles, héritière d'une si haute renommée, elle avait encore trouvé dans l'héroïsme de ses soldats un surcroît de grandeur et de beauté.

Vous à qui cette guerre formidable, enfantée par l'exécrable folie de l'impérialisme austro-allemand, a infligé des pertes douloureuses, laissezmoi déposer à vos pieds le tribut de la sympathie publique. Vous aussi, vous avez, à l'égal de vos morts, des droits imprescriptibles à la gratitude du pays ; vous aussi, vous avez contribué à hausser la France dans l'estime universelle. Vieux parents qui aviez concentré dans l'amour de votre fils vos meilleures raisons de vivre, jeunes femmes qui appuyiez votre faiblesse gracieuse au bras d'un mari que vous ne reverrez plus, adolescents qui vous plaisiez à confier vos rêves d'avenir à un père qui ne reviendra point, tous, vous avez sacrifié à l'inexorable devoir les plus chers objets de votre affection. Vous avez supporté ces déchi-

remfents iiitilties, sans bruit, sans ôslcntalion, sans amertume, hon pas dans tm fcsprit de réttoiicemerit fataliste, liiàis avec la volonté calmé et réfléfcllie de payer une dette à la patrie menacée. Vous avez, par votre exemple, t* appelé au monde ce que vaut la Fi'ance, quelles sont ses ressources d'action et ses richesses de cœiit'. Petlddllt trop d'années, elle avait été calomiiiéie par ses ennemis éi pat" ses rivaux; pendant trop d'aiinées, elle avait été méfconnue par ses aiilis et peUt-être par clle-mèitie. Vous avez rétabli pour toujours, dans la Ititnière de la vérité, sa iîgurt: de fieMé sôllvtlfaine et de mâle énergie.

A Vous surtout, niesdames, j'adresse les i'enierciemcnts émus et respectueux du pays. Vblis avez mbiitré ce qii'il y a, chez la femme française, de flaniriiô intérieure et d'éléVation morale ; vôiis aV^z prouvé, une fois de pllis, qu'elle deiiieUrri à jamais la sûre gardienlie de nos traditions et l'ilispitatrice des grandes vertlis populaires.

Lés ï^rançais avaient trop souvent doniié là ihésurë de leur bi'avohi'e pour qtie pérsoniie osiU mettre cli dbUte lélit' valeur militait'é. !Mais, Sur la fois de je ne sais quelles lég^endés. On lés c^oyait incapables dés loiigs désfeeins et dés éfîbHs obstinés. JDeu^c ans ôiil passé sans ébrahléi' lélii' K'solutioh et fetths enlanier leiil' constahcé. Ils oht ù;iivd6 totilés les-c[iialités qu'oïl leur recOHliaiissait; ils y ont ajdiité tOiltefe celles que leut* réruf^âiérlt i'irijhstiéé el lé parti pHs.

(lèèi parcb qu'ils se sont révélée patients él

opiujàîros qu'ils Q|it, dus maintenant, déjoué les plans des puissances de proip. Surprise par ime attaque l)rut^}e, la France s'pst ^^pidement resgiaisie. Svir la Marne et auv J'Y^Çr, elle ^ \ictQrieusement arrêté et refoulé le flot de l'Invasion, i^vep l'aide de ses alliés, elle a emprisonné l'ennemi dans un cerple de fer, 4'eau et de feu, qn U a vainement essî^yé de percer pu d'élargir, et qui commence à se resserrer ^ur lui. Pendant qu'il se débattait contre nptre étreinte, nous nous sommes organisés pour fournir sans cesse aux coiubçit-r tants des canons et des obus; le Gouvernenient, les Chambres, les qonin^issipns on(; stimulé les raJ)ricatipns nécessaires; les ateliers se spnt ?eniplis d'ouvriers et d'puvpières ; les fours se spnt allumés; des usines neuves se sont construites; les machines multipliées se SPnt mises en mouvement; la production s'est- accrue ' jamais trop, jamais iisse?! Mais le pays a cpmpris, et le bra^lp est donné.

De leur côté, nos Alliés put emplpyé les inpis qui passaient à former des armées, 4 les équiper, à les pourvoir d'artillerie et de munitions, f^g Jiussie, secondée par les puissances de l'EnlenlP s'est efforcée de donner à ses troupes mfij^niflqiies le matériel qui leur avait manqué d^ns Ips tierrÏTr blés rencontres de l'^in dernier; l'Italie a développé ses moyens de défense ; l'Angleterre i| réalisé le prodige de f^ire sortir de terre des divisipns nouvelles, splendidps de jeunesse et d'entrain.

Les effets de la persévérance française n'ont pas été moins décisifs dans la coordination des efforts militaires. C'est parce que nous avons opposé une résistance invincible, non seulement au choc des armées allemandes, mais aux propagandes suspectes et aux campagnes de démoralisation, que les états-majors ont pu établir entre eux des accords de plus en plus précis, que les Gouvernements se sont plus étroitement rapprochés et que l'action commune a pris, avec le temps, sous d'heureuses impulsions, plus de force et d'efficacité.

Autant le pays a été, pendant ces longs mois, admirable de patience, de recueillement et de sang-froid, autant nos généraux, nos officiers, nos sous-officiers et nos soldats, — que la France aime à unir dans ses éloges, comme ils sont unis dans la gloire des combats, — ont droit qu'il leur soit réservé, aux plus belles pages de notre histoire, un souvenir impérissable.

Ce n'est pas exagérer, par erreur d'optique, l'importance des événements actuels et l'héroïsme dont l'armée française donne l'exemple continu que de constater que jamais, dans les annales du globe, on n'a vu, au milieu de circonstances si tragiques, une telle dépense de vigueur morale, une telle puissance d'exaltation collective, une telle hauteur d'idéal.

Que, durant d'interminables semaines, sous les feux concentrés d'une artillerie de tous calibres, sur un terrain raviné par les pluies et

labouré par les obus, nos bataillons, relevant le défi de l'ennemi, aient défendu pied à pied les avancées de Verdun, sans même savoir, avant ces derniers jours, que leur endurance et leur stoïcisme allaient faciliter ailleurs les opérations combinées des troupes alliées, c'est un spectacle dont la grandeur épique dépasse tout ce qu'avait jusqu'ici connu l'humanité. Comme tant d'autres, hélas! de nos villes du Nord et de l'Est, Verdun n'est plus guère qu'un monceau de ruines; mais, sur les pierres noircies de ses maisons incendiées, l'armée allemande a déjà vu, de loin, planer la victoire française.

Les Empires du Centre ne sauraient, en effet, garder aucune illusion sur la possibilité de réduire les Alliés à merci et d'arracher à leur lassitude une paix qui ne serait, pour le militarisme prussien, qu'un stratagème destiné à masquer les préparatifs d'une nouvelle agression. Vainement nos ennemis se penchent-ils vsur cette carie mililaire, qu'ils invoquaient naguère avec une orgueilleuse satisfaction; ils s'aperçoivent maintenant avec inquiétude que sur la Somme comme sur le Styr, au pied des Carpathes comme au sommet des Alpes, les lignes de cette carte changeante se sont déjà sensiblement déplacées; et ils savent bien d'ailleurs, qu'il faut, pour la compléter, y joindre la carte des mers qui leur sont fermées et des colonies qui leur sont prises-, et ils savent bien aussi que la force des nations belligérantes se calcule moins d'après la position géographique

des tranchées de campagne que d'après l'état des troupes combattantes et des réserves, leur capacité de résistance et d'offensive, la température morale des peuples et des armées.

Nous ne faiblirions pas, quant à nous, alors même que nous lutterions pour riionneup seul; mais nous luttons pour l'honneur et pour la vie. Être ou ne pas être, voilà le poiornant problème qui s'impose à la conscience des grandes nations européennes; et, pour une libre çlémocratie comme la nôtre, ce serait ne plus être que de végéter péniblement dans l'ombre étouffante et malsaine d'un empire germanique assez fort pour étendre sur l'Europe entière sa lourde hégémonie.

Non! par le deuil des familles françaises, par le long supplice de nos régions occupées, par le sang de nos soldats, non, noi^s ne laisserons pas nos souffrances amollir nos volontés. Plus nouq avons horreur de la guerre, plus nous devons travailloy passionnément à en empêcher le retour, plus nous devons souhaiter et vouloir que la paix nous apporte, avec la restitution totale de nos provinces envahies — envahies hier ou enval]ies depuis quarante-six ans — la réparation des droits violés aux dépens de la France ou de ses alliés et les garanties nécessaires à la sauvegarde délinitive de notre indépendance nationale.

Réponses au^i^ félicitations poqr le \4 Jifillet.

(A un télégramme daté de Corfou le i3 juillet 1916. '>

A S. M. le roi Pierre de Serbie.

En prenant part à la célébration de notre fête nationale, Votre Majesté, qui a si vaillamment combattu autrefois sous nos drapeaux, a donné à la France un nouveau témoignage d'amitié dont je la remercie vivement.

' Je la prie de recevoir, pour elle et la noble Serbie, mes souhaits les plus fervents.

A Son Altesse Royule le prince Ale.y(indre de Serbie,

La France et Paris qui ont gardé un si vivant souvenir de la visite de Votre Altesse Royale sont très touchés de votre télégramme.

Nos troupes seront fières de coopérer avec les vôtres à la libération de la Serbie.

Je prie Votre Altesse de vouloir bien exprimer à la vaillante armée serbe mes félicitations et mes vœux.

Général Douglas Haig^ commandant en chef de l'armée britannique.

Je vous remei'cic. mo|i cher Générai, des yau^ i\\\e vous a(|r(î§sez ù U^ Frftiice et je vous prie

d'être, auprès de la vaillante armée britannique, l'interprète de ma vive admiration.

Les beaux succès qu'elle vient de remporter et qui se sont, ce matin même, si brillamment développés, ont eu un profond écho dans le cœur de tous les Français.

Celles de vos magnifiques troupes, qui ont défilé aujourd'hui avec nos Alliés dans les rues de Paris, ont recueilli sur tout leur passage de vibrants témoignages du sentiment public. Je suis heureux de saisir cette occasion de a^ous transmettre, à vous et à elles, mes chaleureuses félicitations.

Au tsar Nicolas II.

Je remercie Votre Majesté des vœux quelle forme pour la France, des félicitations quelle adresse à notre armée et de l'autorisation qu'elle a bien voulu donner à quelques-unes des magnifiques troupes russes de participer, aujourd'hui, à notre Fête nationale. La population parisienne leur a témoigné par ses vivais l'admiration enthousiaste que leur inspire la victorieuse vaillance des soldats de Votre Majesté. La France a comme la Russie une confiance active et résolue dans le succès final.

Au roi Nicolas de Monténégro, à Vichy.

Je remercie Votre Majesté des vœux qu'elle adresse à la France. Je la prie de recevoir tout ceux que je forme pour Elle et pour le vaillauL

peuple monténégrin. La France, qui a conscience de lutter avec ses Alliés pour le droit et la liberté des nations, connaît toute la grandeur de la tâche qu'elle accomplit et ne se reposera point avant de l'avoir victorieusement terminée.

Au. roi Albert I".

Je remercie vivement Votre Majesté d'avoir autorisé des troupes belges à rehausser par leur présence l'éclat de notre Fête nationale. La réception que le peuple de Paris a faite aux valeureux soldats de Votre Majesté leur a prouvé que la France ne sépare pas la cause de la Belgique de la sienne propre et qu'elle est résolue à poursuivre énergiquement avec nos Alliés la lutte contre l'ennemi commun jusqu'à la victoire définitive du droit.

Au ministre de la Guerre, général Roques.

Paris, le 14 juillet.

Mon cuer Ministre,

Les troupes françaises et alliées, qui sont venues, entre deux combats, participer à la célébration de notre Fête nationale, ont reçu de la population parisienne un accueil digne de leur vaillance, et de leur splendide allure.

Aux braves bataillons français qui ont défilé devant nous au milieu de leurs frères d'armes, je vous prie de vouloir bien transmettre, en même

— iiu —

temps que l'hDmmap:e 4c mou éniQtion patriulique, l'expressiQu de la coufiance et de l'admirar: tion uationales. •

QvQyoi, mon pber Ministre, à mps seutimeuts dévoués.

Félicitations au tsar.

Paris, 28 juillet 1916.

Sa Majesté l'empereur de Russie, Grand Quartier général russe.

Je prie Yotre Majesté de recevoir nips pli|s vives félici^filions pour la prise d'Eraindjai^. J^es succès que les vaillantes arméps russes conliuuciit à rerqpQfter sur tous les théâtres de leurs opératious rejouissent ici les brayes sqldats qui se l^attept, aux côtés des hjeUes troupps britanniques, pour le triomphe de la cause commuue. La France est, comme la Russie et comme nos Alliés, plus résolue que jamais à poursuivre, contre tous nos ennemis, jusqu'à la victoire définitive, la guerre que Ips Jilmpires du Centre ont imposée à l'Europe.

Allocution du 18 juillet 1916, ^u.\ n^emltires parl^mentairps d^s pottiinioos fint^nuiquies.

Messieurs,

C'est avec recounaissanco et avec joie (pu* 1»^ Ffgnpe reçoit anjonv(4'luii ^fint d'hpipmcs éminenls, vepus de tous It^ii points ihf nuuulf' p<»ur appuvtev aux Aljiéslems m(i.:uk tVî^(.eruelH.

Votre présence à Paris marque une nouvelle cl importante étape Sur la voie glorieuse que l'empite britailiiique et la France parcourent en ce moment côte à côte.

ElisemblCj îious nous acheminons vers là victoire du droit et de la liberté ; ensemble aussi nous marchons, d'uti pas sur, à un avenir d'union étroite et de féconde collaboration.

Avant la gueri'e, nous nous étions déjà rapprochés dans une cordiale entente et nos peuples avaient heureusement appris à se colinaître et à s'estirtler.

Mais, eli affrontant les mêmes périls, en eueillâht les mêmes lauriers, en versant le meilleur de leur saiig pour une même cause sacrée^ nos vaillantes armées ont noué entré nos nations des liens plus intimes encore que rien désormaii? ne saurait briser;

Je volis remercie de noUs offrir un nouveail témoignage de Cette indissoluble amitié.

Ce n'est pas seulemeht la métropole britannique, ce sont toutes les parties de votre immchsé et indivisible empire qui iiolis donnent toits les jours des preuves éclatantes de leul-s sentiments uiiaiiimes.

L'Angleterre a éprouvé une fois de plus, dans des elrconstrtuces décisives, lé loyalisme chevaleresque de SCS colonies et de ses dominions. Dès le début de la guerre, leur esprit de solidarité s'est manifesté sous l^s formes les plus émouvantes et ce fijt un spectacle Ihagnilhiue que^/h^

voir vos gouvernements et vos assemblées rivaliser d'empressement et de générosité dans le concours militaire, naval et financier que vous avez ofi'ert à votre mère patrie.

Mais vous ne vous êtes pas contentés de vous grouper autour d'elle comme une grande famille qui s'assemble pour défendre le foyer domestique : vous avez témoigné aux Alliés une sympathie agissante, dont j'ai cent fois constaté les effets bienfaisants.

Du Canada, de l'Australie, de l'Afrique du Sud, de la Nouvelle-Zélande, de Terre-Neuve, de tout l'empire, me sont venues sans cesse des lettres touchantes, des vœux ardents, de larges offrandes pour nos régions envahies, pour nos blessés, nos veuves et nos orphelins.

Hier encore, après le généreux envoi que la Nouvelle-Galles du Sud avait fait à nos populations du Nord et de l'Est, n'était-ce pas l'Etat de Victoria qui célébrait notre Fête nationale et recueillait des millions de souscriptions au profit de la Croix-Rouge française?

Entre nos pays, il n'y a plus de distance, l'espace disparaît, les antipodes se confondent : nous sommes à jamais unis par la pensée et par le cœur.

Laissez-moi profiter de votre aimable visite pour vous dire : Merci, merci au nom de la France! (i)

(i) Ati nom do la i]élé{jation, M. N A. Belcourt, sénateur

Lettre du 4 août 1916, aux armées.

Pour la seconde fois, mes amis, nous avons à commémorer ensemble un émouvant anniversaire. Nous avons vécu, il y a deux ans, des heures inoubliables. Depuis lors, deux parties de l'humanité sont aux prises et s'entrechoquent dans des ruisseaux de sang. Les Empires qui ont déchaîné cette effroyable catastrophe n'ont pas encore complètement expié. Mais la Justice est en marche.

RAPPELEZ- vous 1

Rappelez-vous ce matin du 24 juillet 1914» oh, en se réveillant, le monde étonné apprenait brusquement que l'Autriche avait envoyé à la Serbie une note menaçante et n'avait laissé à ce petit Etat qu'un délai de deux jours pour s'exécuter.

Il y avait près d'un mois que l'archiduc héritier et sa femme étaient morts, victimes d'un odieux attentat dans une province que l'Empire s'était annexée depuis bientôt six ans. Les meurtriers étaient sujets de l' Autriche-Hongrie. On s'attendait à ce qu'il leur fût infligé, à eux et à leurs complices, un châtiment mérité. Le gouvernement serbe avait, comme tous les représentants des puissances, exprimé sa réprobation contre l'assassinat. Rien ne faisait présager que

d'Ottawa, ancien président de la Chambre des Communes, a répoildTi au Président de lu République en ^rmes chaleureux.

de ce douloureux incident dût sortir une guerre générale.

L Autriche avait soigneusement caché son dessein. Penddiit qu'elle endoriilait, au murmure de patbles doucereuses, la vigilance de l'Europe, elle JDi'éparait dans l'ombre le texte injurieux de son ultimatum.

Èilë avait tout calculé pour (jué la violence des tdrhies ehipêchàt la Serbie dt céder, et pour (Jtlë la brièveté du délai etilevàt aUx auttes nations la l^ossibilité d'inteivenir.

Sur les conseils de la France, de rAng:leterre et de la Russie, la Serbie eut cependant labnégatioii de s'humilier devant sa puissante voisine. Sa l'épouse eût désarmé lés esprits les plus Jjrévenus. Mais l'Autriche, qui avait coihpté silr un teflife et qui s'était promis de trouver dans la réslfeiarice du goiivehiement setbe liii prétexte pdûf oecùfier Belgrade, dédaigna, de pat-ti pris, les fconcessions faites, Rappela soh mitùstt'e et Commença iitimédiatement de thobiliser.

Ra|îplelez-vous encôie, ines àlilis : aussitôt l'Alibiliagne, ttUi alîcfctttit de ilire qu'elle n'avait pas coimd d'avanee la note de soh alliée, met aUtaht d'ënltjrfessénléht îl jUstifiet^ ht démâlchè aUtfichieuue ^lué si elle l'dVait elle-hièfiie iristîii'ée.

tiri simple ihol de Ëerlin eût rdppolé Vienne à là Hiodéhitibh. Le ttlot h'est pas dit.

Trois jours s'écoulent, jours sans fln. Jours d'atielilé et de lièVt'e. Âugleterre. Ftàriee, Russie, Italie, se concertent pour essayer d'arrêter l'An-

triche sur la pente fatale. Rien n'y fait. Déjà, dans les provinces germaniques des deux empires centraux, retentissent partout les accents de la Wacht am Rhein et du Deiitschland iiber ailes. Le 28 juillet, la guerre est déclarée à la Serbie.

Si révoltée qu'elle soit par l'iniquité de cette agression, la France reste calme; elle ne désespère pas encore de circonscrire l'incendie ; elle s'attache à la paix avec obstination; elle s'ingénie à chercher des solutions conciliantes; elle associe étroitement ses efforts à l'action modératrice du Gouvernement britannique.

•Pi appelez-vous, rappelez-vous toujours. La France se heurte au parti pris des empires centraux. Ce n'est plus seulement le « brillant second » qui tire l'épée; c'est l'Allemagne elle-même qui s'arme; d'importants mouvements de troupes sont signalés dans la région de Francfort ; de son côté, l'Autriche généralise sa mobilisation et transporte de la cavalerie à la frontière russe.

La Russie se trouve forcée de parer au danger et de prendre des précautions militaires. Sur le champ, l'Allemagne l'interpelle et la somme d'assister, les bras croisés, à ces préparatifs belliqueux. La Russie ne croit pas pouvoir se condamner à une telle abdication. L'Allemagne lui déclare la guerre, le samedi i"^ août, à sept heures du soir.

Le lendemain, à l'aube, sans que la France ait fait un geste de provocation, les troupes allemandes pénètrent sur le territoire luxembour-

— lie —

geoia et iïanchissenl nos tïontières près de Cirey et de LoDg^-y. A la fin de la journée, l'empire d'Allemagne, consommant le forfait, adresse mi ultimatnm à la Belgique.

Il lie reste plus qu'à couronner, par le mensonge et le parjure, cette œuvre de folie impérialiste. Le 3 août, la neutralité belge est violée et l'Allemagne déclare la guerre à la France en prétextant, d'un ton grave et péremptoire, que des avions français ont survolé l'Eiffel et Nuremberg, Xomellc absurde, dont l'invraisemblance sautait aux yeux et dont nos ennemis ont été forcés récemment de reconnaître la fausseté. Mais, dans cette invention même, comment ne pas voir l'aveu que l'empire germanique n'avait aucun motif avouable d'attaquer la France et que, pour essayer d'excuser son oflensive précipitée, il ramassait au hasard les plus sottes calomnies.

Page 1