‹ Messages, discours, allocutions, lettres et télégrammesChapitre 6 sur 8 · LA LEÇON DU SOUVENIR · texte numérisé non relu

LA LEÇON DU SOUVENIR

Deux ans ont passé; mais, au milieu des fatigues et des périls, ces souvenirs, mes amis, sont restés brfdants dans vos esprits. Ne les laissez pas s'éteindre. Ce sont eux qui donnent à cette guerre sa claire signification et qui mettent en lumière la beauté de votre tâciie.

D'un instinct sfrr, la France, la France mutilée, qui, depuis quarante-quatre ans, imposait silence à sa douleur, a compris, en 1914, que l'ennemi qui se jetait sur elle, aveuglé par l'orgueil et fanatisé par la haine, n'avait ni grief à faire

valoir, ni droit à soutenir, ni menace à écarter.

Cest en vain qu'aujourd'iiui les agresseurs tentent effrontément de falsifier l'Histoire. Ils ont étéj d'abord, moins fourbes ou plus cyniques. A l'heure oîi ils se flattaient de ne voir dans les iraités garantis par eux que de vils cliifTons de papier, ils acceptaient eux-mêmes, avec une insolente franchise, la responsabilité de leur crime.

Le peuple français ne s'y est pas trompé ; il s'est senti en état de légitime défense et il a réalisé, d'un mouvement spontané, cette union sacrée, qui est là condition maîtresse de la victoire et qui a trouvé, dans la magnifique séaiice parlementaire du 4 août, une consécration grandiose. La guerre est immédiatement devenue, dans toute la force dn terme, une guerre nationale. Il n'est pas un Français qui ait fermé l'oreille à la voix de la patrie.

En même temps que vous étiez tous appelés à protéger nos frontières et à sauver notre terre natale, vous àvieZ conscience de d'avoir {)à9 seulement à lutter pour des intéfêts matériels. Voils alliez défendre vos foyers ; vous alliez défendre aussi tout ce qui constitue la France, c'est-à-dire un ensemble de traditions, d'idées et de forces morales, conservées et développées par une nation qui ne veut pas mourir.

Et comme, parmi ces idées françaises, l'une des plus anciennes et des plus vivaces est l'horreur de l'injustice, la violence faite à la Serbie et l'invasion de la Belgique ont encore accru l'élan de

votre patriotisme et fortifié votre résolution de vaincre.

Vous vous êtes dit que la cause dont vous deveniez les champions vous dépassait tous, qu'elle dépassait la France elle-même, qu'elle embrassait réellement la civilisation et l'humanité; et c'est une nouvelle croisade que vous avez entreprise, une croisade pour le droit des gens et pour la liberté des peuples.

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