‹ Messages [microforme]Chapitre 2 sur 19 · D 14 MESSAGES · texte numérisé non relu

D 14 MESSAGES

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il ne se porte pas, sous l'influence de l'ivresse, à ces excès qui ont leur dénouement devant la justice criminelle,

Car on le sait, la grande pourvoyeuse des asiles, des prisons, des bagnes et de l'échafaud lui-même, c'est par-dessus tout la boisson, l'intempérance.

Avons-nous trop chargé le tableau ? Pour le peindre, nous avons emprunté le pinceau et les couleurs employés par les Pères de l'Église qui déjà, de leur temps, avaient à combattre un si redoutable ennemi.

Saint Hilaire nous dit que l'intempérance jette le corps dans un excès ignoble, enlève la raison à l'intelligence, la parole à la langue, la mémoire à l'esprit ; aux pieds la faculté de marcher ; elle inflige une espèce de mort à cet être qui est pourtant plein de santé.

Un autre, saint Laurent Justinien, a des expressions encore plus dures. Par l'ivrognerie, dit-il, la constitution est affaiblie, les flammes de la débauche sont allumées, la raison est détruite et la ports ou-

verte aux crimes et aux meurtres de toutes sortes,

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L'ivrognerie fait dire des Paroles insensées de mé-

disance et de folie ; l'intelligence est hébétée, la

maturité de la pensée disparaît, une joie folle la | remplace, renverse toutes les barrières et mène à ‘toutes les corruptions.

Or, nous le répétons avec amertume, l'intempé-

, rance fait depuis quelques années des progrès in- : quiétants,

Et si l'on se rassure en disant que peu nombreux | sont les ivrognes invétérés, arrivés au fond de cet : abime d'iniquité et de turpitude que nous venons de | décrire, nous répondrons que le danger est le même 1 pour tous ceux qui s’adonnent à l'abus des liqueurs enivrantes, et qu'aucun ne saurait se flatter de fixer | lui-même les limites où s'arrêteront ses excès.

$ Voilà pourquoi nous estimons que c'est plus que : jamais notre devoir impérieux de faire appel à

* toutes les bonnes volontés, atin qu’elles se liguent

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contre le démon de l'intempérance pour le co battre avec énergie et avec succès.

Vos pasteurs élèvent souvent la voix pour vc signaler les dangers auxquels sont plus particul rement exposées les paroisses dont ils ont la charg et dans des retraites fréquentes, de zélés missio naires viennent à leur tour faire appel à vot religion et à votre courage dans cette lutte, où faut en effet compter d’abord sur la grâce de Die puis ensuite sur le désintéressement et sur le cara tère viril de tous ceux qui ont à cet égard une re ponsabilité sociale à porter.

On vous prêche avec force le mal spirituel, | mort des âmes causée par l'ivrognerie.

On vous rappelle ces paroles par lesquelles l'E: prit-Saint flétrit ce vice d'autant plus odieux qu’ est la source à laquelle s’alimentent toutes les mau vaises passions.

“A qui dira-t-on malédiction ! Pour qui les que relles et les pièges ? sinon pour ceux qui pàssen: leur temps à boire... Il se ruineront. . . l'ouvrie sujet au vin ne deviendra jamais riche... l'intem.

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pérance est pleine de désordres. elle produit la colère et l'emportement et attire de grandes ruines, Elle a tué bien des hommes ” ().

“ Malheur à vous qui vous levez le matin ne songeant qu'à boire, pour porter l'ivresse jusqu'au soir ” (2).

“ Malheur à vous qui mettez votre gloire à supporter la boisson et votre force à remplir des verres de liqueurs enivrantes (3).

Car l'intempérance rend le cœur aussi dur que la pierre ; elle provoque la colère de Dieu ”.

“ Elle réduit l’homme au rang des bêtes de somme ”.

“ Ne vous livrez done pas aux excès de vin (4), car les ivrognes ne possèderont pas le royaume de Dieu ” (5).

Et tout en dénonçant un désordre qui est “ la

(1) Prov. Eccl, (2) Is, var.

(3) Eccl,, xxvr.

(4) Ephés., v, 18.

(5) 1 Cor., vi, 10.

honte des mœurs, le déshonneur de la vie, la ruine de l'honnêteté, le poison des âmes ” (6), on vous expose les beautés de la vertu de tempérance, dont l'apôtre a donné la loi fondamentale en disant : soit que Vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout à la gloire de Dieu.

Les prédicateurs font plus encore, et c’est ici particulièrement que nous désirons leur donner tout l'appui qui peut venir de la parole du premier pasteur.

Quand le prêtre, préposé au salut des âmes dans une paroisse dont la charge lui a été dûment confiée, s'élève contre la multiplication trop facile et trop grande des auberges, contre la mauvaise tenue de certaines d’entre elles, contre la facilité exagérée avec laquelle on les fréquente dans l'unique but do boire et parfois de s'enivrer, nous vous le déclarons solennellement, il a cent fois raison de le faire, et en cela il remplit le devoir qui lui incombe en sa qualité de ministre de Dieu et de gardien de vos âmes.

(6) S. Augustin,

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| partout

Et ceux-là portent devant Dieu et sur leur salut éternel une responsabilité bien redoutable, qui opposent au zèle du pasteur l’inertic voulue, ou, plus encore, un mauvais vouloir arrêté et positif.

Mais que dire des citoyens qui, sous des prétextes absolument futiles, par des raisonnements faux et subversifs de tout bon ordre, cherchent à contrecarrer l'action pastorale alors qu’elle ne s'exerce qus pour le bien spirituel et pour la prospérité bien entendue de toute une paroisse,

Admettons que, la plupart du temps du moins, il y a plutôt insouciance que malice, sympathie mal placée, ou mieux encore, aveuglement de l'esprit, et manière déplorable de comprendre l'intérêt public.

Toujours est-il que, de l’aveu du plus grand nombre, les occasions de boire et même de boire avec excès, do s'enivrer, se multiplient d’une façon qui effraie tous ceux que préoccupent le bon ordre social et l'avenir du pays.

Mais puisque les bons citoyens, et grâce à Dieu,

c'est la généralité, pensent comme nous, pourquoi

n'agiraient-ils pes avec nous en commençant par

eux-mêmes et en opposant aux progrès de l’inter pérance une réaction devenue absolument urgent

Voyons, Pourquoi ne se peut-il conclure un ma ché sans qu'il soit scellé par la boisson ? pourqu ne pouvez-vous recevoir un ami sans lui faire l'ir jure de supposer apparemment qu'il vient surtou Pour goûter vos liqueurs !

Pourquoi, cultivateurs, dans les Concours agrico les, après qu’on vous a dit comment il faut travail. ler, et comment il faut pratiquer l’économie pour réussir dans votre noble profession, pourquoi, disons. nous, gaspilier sur le champ le plus clair de votre profit par des invitations répétées où l'on boit ensemble, souvent jusqu'à l'excès ?

Pourquoi, au temps des élections, vous faire cette injure atroce d’inonder nOS Campagnes de boissons enivrantes, alors qu'on vient solliciter des suffrages que vous devez donner dans la parfaite lucidité de votre esprit et la pleine Conscience de votre devoir ?

Pourquoi même cette consommation domestique exagérée qui va parfois jusqu’à faire des boissons enivrantes l’article le plus chargé du budget familial ?

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Pouvons-nous encore ne pas dénoncer avec vigueur ces excursions, surtout du dimanche, dans lesquelles l'intempérance, ouvertement favorisée, devient la cause de désordres éclatants, de rixes sanglantes, et qui promènent le scandale d’une localité à une autre ?

Vous le voyez, nous ne parlons que des choses qui se passent trop commruément parmi nous et qui, par leur caractère trop général, contribuent puissamment à entretenir et à développer l'intempérance.

Nous voudrions n'avoir pas à signaler des désordres moins fréquents mais beaucoup plus graves commis par ces jeunes gens. i. l'espric léger, qui se plaisent à tendre des pièges pour y faire tomber leurs amis, pour leur faire manquer à des engagements pris devant Dieu, pour les faire boire malgré eux, et après les avoir enivrés, en faire l'objet de leurs cruelles moqueries.

Ils ont répété le crime de Caïn tuant son frère, et il leur sera demandé âme pour âme.

Les bons citoyens comprennent que l'intempé-

MECSAGES

rance est une piaie sociale, et que bien loin de cher-

cher à l’étendre en multipliant les occasions, il faut au contraire travailler à la restreindre et même à la fermer si c’est possible,

Voilà pourquoi ils sauront faire appel à leurs convictions pour les affirmer sans crainte quand ils seront appelés à se prononcer, soit sur une pétition qu'on leur présente pour obtenir leur signature, leur consentement en vue d'ouvrir une nouvelle auberge nullement indispensable ; soit quand il s'agira de choisir ceux d’entre eux auxquels seront dévolus les intérêts généraux d'une ville, d’un village ou d’une paroisse,

Ils savent que le bien moral d'une population doit tout primer, et que leurs mandataires doivent être les échos et les porte-voix de leurs sentiments ; et ils sauront accomplir leur devoir en remettant la gestion de leurs affaires communes aux mains de personnes intègres, qui seront les champions décidés

de la grande cause de la tempérance chrétienne.

Et les élus du peuple, s'ils sont vraiment intelligents et dignes du mandat qu'ils avaient brigué et que le vote populaire leur a confié, fidèles à leurs promesses, en hommes d'honneur et de conscience, sauront faire planer au-dessus de leurs préférences ou de leurs sympathies personnelles, malgré toutes les intrigues et tous les vaine subterfuges, le souci coustant du bon ordre public et de la bonne renommée de leurs constituants.

Se souvenant qu'ils auront à rendre un compte sévère de leur administration et de chacun de leurs votes, ils ne se retrancheront point derrière de misérables sophismes pour laisser faire, et encore moins

pour augmenter la déplorable besogne de l'intempérance.

Parce que le crédit collectif et la réputation d’une paroisse ou d’une ville dépendent de la prospérité et du bon renom des citoyens eux-mêmes, ils feront tout en leur pouvoir pour les maintenir et ne pas les compromettre en favorisant, de quelque manière que ce soit, l'intempérance qui jette le discrédit et

attire le mépris sur les localités où elle établit son empire,

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