‹ Messages [microforme]Chapitre 8 sur 19 · PR TES · texte numérisé non relu

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On dit encore : mais les contribuables deman-

dent des auberges et nous présentent des requêtes à cette fin.

Voyons, soyons de bon compte, que valent ces requêtes ? Par qui sont-elles signées ? Comment a-t-on obtenu ces signatures ? Sur quel motif d’intérêt public sont-elles appuyées ? Quelle influence doivent-elles avoir sur des hommes sérieux, pénétrés de l'importance de leur devoir et qui savent à quoi s’en tenir sur tous ces points ?

D'ailleurs, quand même ces requêtes porteraient les noms de tous les constituants, votre liberté pleine et entière.

elles laissent

On vous demande, on ne peut pas vous commander : si bien que vous restez absolument responsables de votre action,

Vous savez, du reste, comme nous, que la plupart de ceux qui signent ces requêtes le font contre leur gré, par respect humain, Pour suivre les autres, avec le désir secret qu'on en tienne aucun compte, Et puis, vous ne pouvez nier que toutes les épouses et les mères signeraient contre, à deux mains.

Il arrive encore qu'on donne des licences pour

maintenir un soi-disant équilibre entre les partis politiques, en accordant à chacun une auberge, et cela par une sorte de concession mutuelle au sein du conseil municipal. Est-ce assez triste, et faut-il croire qu’on se joue à ce point de l'intérêt public le plus élevé, de l’abaisser aux mesquines exigences de l'esprit de parti ?

La politique, qui devrait rester à la porte de nos organisations locales, ne devrait-elle pas au moins être exclue de ces délibérations où la conscience doit décider seule, et pour le bien commun de toute une paroisse ?

Eofin, on est quelquefois ému d’une sorte de fausse pitié à l'égard de quelqu'un qui, ne sachant que faire ou dédaignant de travailler, décide de tenir auberge.

Il faut bien qu’il vive, dit-on, il a vendu sa terre,

il à abandonné son métier, que voulez-vous qu'il fasse, sinon avoir un hôtel.

Et l'on semble croire que par là mê£ie il a droit à sa licence. Sympathie très mal Flncée, D'abord, parce qu'un individu se trouve dans

une position difficile, souvent par sa faute, ce n'est Pas une raison pour augmenter par lui les occa.

sions déjà trop nombreuses d'intempérance et de désordre.

Ensuite, si cet homme n’a Pu réussir ailleurs, que fera-t-il dans lo commerce des boissons enivrantes qui, pour être honnête et lucratif à la fois, demande encore plus de qualités et de capacité.

Et combien en a-t-on vu de ces pauvres canadiens, fils de cultivateurs respectables, ou d'artisans laborieux qui, après avoir laissé gaspiller ou vendre le bien paternel, ont promené d'une paroisse à l’autre un négoce qui, sans les enrichir, faisait d'eux des agents de démoralisation.

Non, messieurs, il ne peut y avoir de raisons valables, suffisamment sérieuses, d'accorder des licences en plus du nombre strictement suffisant pour votre localité,

Le faire, ce serait manquer au devoir qui vous incombe sur le serment que vous avez prêté ; ce serait ne pas avoir l'intelligence des intérêts qu'on

vous confie, cu n'avoir pas le courage voulu pour les gérer dignement,

Aussi nous garderons-nous de vous faire l'injure de croire que, mis ainsi en présence de la vérité indiscutable, vous ne joindrez pas vos efforts à ceux qui se font actuellement par tout le pays, pour arriver à restreindre dans ses justes limites le commerce si dangereux des boissons enivrantes.

Vous pouvez beaucoup, vous pouvez presque tout, dans l'ordre extérieur du moins, pour maintenir au sein de nos paroisses la pratique de la belle vertu de tempérance, et nous avons confiance que vous ne faillirez pas à votr vérieux devoir.

C'est dire que vous n ionnerez pas plus de vicences qu'il n'en faut, que vous les accorderez toujours à des citoyens respectables, courageux et rigides observateurs des lois et des rè'nents, qui gardent strictement les jours marqués pour le

repos religieux, qui ne vendent pas aux enfants qui n'enivrent pas les gens, qui ne font pas de leur auberge une maison de désordre.

Et vous les refuserez impitoyablement à tous les autres,

Par là, messieurs, vous aurez fait preuve de

sagesse, d'énergie et de vrai patriotisme ; vous aurez bien mérité du bon Dieu et de votre pays, vous aurez justifié la confiance que l'on repose en

vous, et, dans votre paroisse ou votre municipalité, les

familles vous béniront, parce que vous aurez

écarté d'elles ce qui menaçait le plus leur bonheur 4 à et leur prospérité.

Valleyfield, janvier 1906.

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