‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 24 sur 65 · LORD BYRON · texte numérisé non relu

LORD BYRON

Kt déjà sur le dos de ces monstres ranipans Du bec vengeur de l'aigle il imprimait la trace ; Puis, le front dans les cieux de lumière inondés Les yeux sur le soleil , les ongles sur la foudre, Il dit à ces serpens qui sifflaient dans la poudre (( Que suis-je ? répondez, w

Tel fut ton noble essor, Byron ; et quelle vie ,

Vieille de gloire en un matin , D'un bruit plus imposant, d'un éclat plus soudain

Irrita la mort et l'envie ?

Par de lâches clameurs quel génie insulté

Dans son obscurité première , Changea plus promptement et sa nuit en lumière,

Et son siècle en postérité ?

Poètes, respectez les prêtres et les femmes, Ces terrestres divinités !

Connue dans les célestes âmes ,

loni) r.vnoN ij.

li'oiitraiie est inimoi'trl fhms Irnrs caMiis iiilf(''s. Un temple, f|ir()n mutile *, a re<Miellli \ oltaire : Vain re(u<;e, et l'écho des londies de la chaire, Que le prêtre accoutume à maudire un grand n<jm , Tonne encor pour chasser son ombre solitaire Des noirs caveaux du Panthéon.

Byron, tu préféras, sous le ciel d'Jbérie, Des roses de Cadix l'éclat et les couleurs

Aux attraits de ces nobles fleurs Pâles comme le ciel de ta froide patrie ** ; De là tes jours de deuil , de là tes longs malheurs ! Des vierges d'Albion la beauté méprisée

• Allusion à cclU' belle inscriplion, (im'oîi avait cftactV sur le tïonlon iiii l';iiillitM»ii : AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANT!:. La n'-volulioii (le IHiiO a remlu IImonument aux j^raiids liomme.'s , et rétabli ^in^^ri|)li(tn.

" Who round the norlli Ibr p.iler (biines woiihl st'ck?

How poor llu'ir forms appcar ! how lan^uid, wan, and wi'.d.

(illil ItE-HlROll), (jnld (

IJO LOUI) BYRON.

Te poui'suivit jusqu'au oercueji Et de l'Augleterre abusée Tu fus le niépi'is et l'orgueil.

Eu vaiu leurs veux ardeus dévoraieut tes ouvrages ; L'auteur, par sou exil , expia ses outrages ; Et tu u'as reucoutré sous des eieux diff'éreus , Des créueaux de Chillou aux débris de Mégare , Des gouffres d'Abvdos aux eaeliots de Ferrare , Que sujets d'accuser les dieux et les tyraus.

Victime de l'orgueil , tu chautas les victimes

Qu'il immole sur ses autels ; Eutouré de débris qui racojitaieut des crimes .

Tu peiguis de grauds crimiuels.

Rebelle à sou malheur, tou ame iudépeudaute N'eu put saus désespoir porter le joug de fer :

Persécuté comme le Daute,

(]omiue lui tu rêvas l'eufer.

hOHI) \A \\{)\. I'J:

f/Kmopc doit t'iihsoudre, en l.iii(;ant rniiatluMiU'

Sur tes tristes iniitnhMirs.

L;i yloirc n'appaitient (ju aii\ taleiis ciéateuis ;

Sois iiiimoi'tel : lu fus toi-niriiK*.

Il brille d'un éelat (jue rien ne peut ternir, Ce tableau de la Grèee au eereueil deseendue, Oui n'a ])lus de vivant (pie le grand sou\enir

De sa gloire à jamais perdue.

Contemple/ une lemme, avant cpie le linceul * Kn tombant sui' son l'rojit l)rise votie espérance Le jour de son trépas, ce premiei* jour du deuil Ou le dangei' finit, oii le néant eonuuenee :

• Totii |«* iiiondt' n>mi ..H ces lu-nux vers de lord Lyroii :

Ile wlio lialh l)enl liim o'er Ihe dend Kre llie {'w>\ d:i> ol d.Mlli is R.-d , The (ir>l d.irk d.iv oC iiollrn^iic^v I lie l.ivi oT diinm'r :ilid di«-li"i'«»- rir.

128 I ORD RYRO^.

Quelle triste doueeur ! quel eharme attendrissant !

Que de mélancolie, et pouitant que de grâee

Dans ses lèvres sans vie où la pâleur descend 1

Connue votre œil avide admire en frémissant

l^e calme de ses traits dont la fonne s'efface ,

I^a morne volupté de son sein pâlissant !

Du corps inanimé l'aspect glace votre ame ;

Pour vous-même attendri , vous lisez vos destins

Dans l'immobilité de ses beaux yeux éteints.

Ils ont séduit, pleuré, lancé des traits de flamme,

Et les voilà sans feux , sans larmes , sans regard !

Pour qu'il vous reste un doute, il est déjà trop tard ;

Mais l'espoir un moment suspendit votre crainte,

Tant sa tète repose avec sérénité !

Tant la main de la mort s'est doucement empreinte

Sur ce paisible front par elle respecté,

Où la vie en fuyant a laissé la beauté !

C'est la Grèce, as-tu dit, c'est la Grèce opprimée ; l.a Grèce belle encor, mais froide, inanimée ; La Grèce morte ! . . . Arrête , et regarde ses yeux ;

Ijtiw paupière lon<^t(Mii])s fVi met*

Se rouvre à la elarte des eieux.

Rej^arde, elle s'anime ; éeoute, sous ses chaînes

Son corps l'réniit et s'est dressé.

Ce pur san^, cpie le fer a tant de fois versé , l^our se répandie eiu^or houillonne dans ses veines;

Son front qui reprend sa fierté, Pale d'un long trépas, menace et se relève ;

Son bras s'allonge, et cherche un glaive ; Elle vit, elle parle, elle a dit : Liberté !

Morte, tn l'admirais ; vivante, qu'elle est belle 1

Tu ne peux résister à son cri (|ui t'appelle.

Tu cours , tu la revois , mais c'est en expirant.

Oh ! qui pourrait des Grecs retracer les alarmes ,

Les vœux, les chants de deuil mêlés au bruit des armes.^

Autour de la croix sainte, au pied des monts eriant,

Le peuple confondait , dans l'ardeur de son zèle,

Son antique croyance avec sa foi nouvelle,

Invoquait tous ses dieux , et criait en pleurant :

30 LORD BYROIN.

« Vent qui donnes la vie à des fleurs immortelles , <t Toi, par qui le laurier vieillit sans se flétrir ; (c Vent qui souffles du Pinde, accours, étends tes ailes ; ce Ton plus beau laurier va mourir !

ce Flots purs, où s'abreuvait la poésie antique, « Childe-Harold sur vos bords revient pour succomber ; (( Versez votre rosée à ce front héroïque (( Que la mort seule a pu courber.

(c Dieux rivaux, de nos pleurs séchez la source amère ; (c Dieu vainqueur de Satan, dieu vainqueur de Python , (( Renouvelez pour lui les jours nombreux d'Homère (C Et la vieillesse de Milton ! »

U)\\\) HYllO.N. m

N'im oqiiez pas les vents , insensés que vous êtes ! Leur souffle aime à flétrir la palme des poètes,

Tandis ([u'il mûrit les poisons ! N'invoquez pas les flots des fontaines sacrées ; Ils brûlent tôt ou tard les lèvres inspirées

Pour qui semblaient couler leurs dons ! N'invoquez pas les dieux ; ils dorment; la mort veille. Pour peu qu'un bruit de gloire ait dénoncé vos jours

A son impitoyable oreille,

La mort entend ; les dieux sont sourds !

Il n'est plus ! il n'est plus ! Toi qui fus sa patrie, Pleure, ingrate Albion : l'exil paya ses chants. Berceau de ses aïeux*, pleure, antique Neustrie;

* La famille de lord Byron est originaire de Normandie : ses aïeux suivIreiU en Angleterre Guillaume-le-Conquéraul.

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