‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 54 sur 65 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Eli L'HONÎHiîLJK DF, riEHR?! COP.NFUL:-:

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Deux siècles ont passé, depuis ([ue [)ai'mi vous, De lui-inênie iiiconiui eoiniiie il l'était de tous, Un jeune lioniirie parut, c[ue l'amour fit poète. De ses premiers transports élcxpient interprète, Plein du démon des vers (pii s'éveillait en lui , Poète saus modèle, il mareliait sans appui.

• Ce (lisc()iir.> lui coiniKtsc ;i roccasioii di' l.i xmsiriplioii oiivorti' par l;i Sooiixr lilm- (riMuiihilioii (If Hoiicii , pour élever un monumeiil ;i l;i i;loire du i;r;iinl (lonieillo.

IVIH DISCOUKS \]^ LHOyyVAW

<» Ses [)areils à deux fois ne se font pas connaître. >)

Où les maîtres manquaient Inentôt il fut un maître.

[i franchit la carrière , et d'un pas de géant ,

A la cime du Pinde élancé du néant,

Il y grava son nom qu'on ignorait la veille.

Ce jeune homme inconiui, c'était le grand Corneille

Deux siècles ont passé , des siècles passeront Sans flétrir les lauriers qui surchargent son front ; Leurs rameaux vieil lissa ns se couvrent d'un feuillage Dont l'immortalité reverdit d'âge en âge.

TjC théâtre, ennobli par ses pompeux travaux,

Vit naître , après les siens , des chefs-d'œuvre Jiouveaux ,

Du Menteur, de Cinna, postérité sublime.

Ils ont trouvé pour eux l'avenir unanime :

De Molière en courroux le vers accusateur

[mprima Tinfamie au front de l'Imposteur ;

Ra('ine, dont ,load l'animait le génie,

A des coiHîerts du (;iel révèle l'li;uiii()tii<*,

Kt Corneille pourtant, eet astre radieux,

Qui leur tra(;a la route et leur f)uvrit les eieux ,

Vous ap|)araît plus ^^raud, plus heari qu'à son aurore,

Entouré des rayons du jour qu'il lit éelore.

Que n'a-t-on point osé contre ces noms fameux.? Mais cet obscur nuai^e est tombé derrière eux , Comme on voit, près du but, s'abaisser la poussière Qui nous dérobe un char vainqueur dans la carrière. De leur trône affermi cpii pourrait renverser Ceux que l'Iùn^ope admire et n'a pu surpasser? Quand un peuple nouveau de ri meurs en déinence Tenterait d'ébranler leur renonnnée innnense. On verrait tous ces nains, sans haleine et sans voix, En soulevant le roc, retomber sous son poids; Dussent-ils, pour tromper le bon goût qui réclame, Des éclairs de Brébeuf ressusciter la flamme, Évoquer Chapelain des ombres du tombeau, Et de Ronsard éteint lallumer le flambeau.

330 BTSCOURS EN L'HONNKUR

Non qu'on doive enchaîner la généreuse audace Qui vent frayer sa route et conquérir sa place. Corneille eût excité cet élan créateur.

S'il est encor nouveau, c'est qu'il fut novateur. Liberté de mieux faire à qui suit son exemple ! Mais renier sa gloire, aux portes de son temple ; Mais blasphémer d'en bas le Dieu sur son autel ; Insulter, quand on jneurt, ce qui reste immortel ; Quiconque l'oserait, pour prix d'un tel outrage. Marqué d'un ridicule égal à son courage, Trait, avec Cotin d'éternel souvenir.

Egayer de son nom les railleurs à venir. Vous, qui pour enflammer les talens dont la France Sent frémir dans son sein la féconde espérance , Vous, qui des mêmes fleurs entourez tous les ans L'autel ou vos aieux ont porté leurs présens, A votre vieux Corneille offrez un digne hommage. Les murs qui l'ont xu naître attendaient son image ; Paris, tous les Français, tout un peuple jaloux Veut de lui rendre honneur s'honorer avec vous. C'est ainsi cpi'à Stratford l'Angleterre idolâtre

(^oiirormîMt dans ShaUspcai' Ir j)( rc du I In'at i r Juliette*, (Ml sou nom , s'ai rachaiil du ('ciciicil , Otiiello tout saiij^laiit près d'Opliclic eu deuil , Macbeth , qui sur leurs pas s'avaii(;ait d'un air soinl)r<*, De leur eoitége au^iisle eu\ irouuaieut sou oinhre. Garriek , des speiîtiiteurs éehauiïait les transports... Notre Garriek n'est j)lus ; mais du moins, chez les morts. Si Corneille l'a \[\ d'un lac de Ti'asiniène Menacer devant lui 1 ario^anee romaine, Enivré de ses vers, Corneille, en l'admirant , A pleuré de plaisir et s'est senti plus <>rand.

Ah ! qu'il pleure d'orgueil en se voyant renaître Dans le marbre animé par le ciseau d un maître ! Que David nous le rende avec ce vaste front, Creusé par les travaux de son esprit tecond, Oii rayonnait la gloire, oi^i siégeait la pensée, Kt d'où la tragédie un jour s'est élancée. Simple dans sa grandeur, 1 «lir calme et l'œil ardent, Que ce soit lui, qu'il vive, et ([u'en le regardant On croie entendre eiicor ces vers rem[>lis de llamme,

332 DISCOURS EIN L'IIOININLUR

Dont le bon sens sublime élève, agrandit l'ame, Ressuscite l'honneur dans un cœur abattu : Proverbes éternels dictés par la a ertu ; Morale populaire à force de génie , Et que ses actions n'ont jamais démentie ! Venez donc , offrez-lui vos vœux reconnaissans ; Offrez-lui vos tributs, orateurs : quels accens Plus brûlans que les siens, de plus d'idolâtrie Ont eml)rasé les cœurs au nom de la patrie ? Vous aussi , magistrats ; c'est lui qui tant de fois Entoura de respect l'autorité des lois.

Venez , généreux fds, en qui l'affront d'un père Ferait encor du Cid bouillonner la colère ; Pour les lui présenter, Rodrigue attend vos dons. Vous, qui les yeux en pleurs à ses nobles leçons. Sentez de pardonner la magnanime en^ie.

Rois, à lui rejidre hommage Auguste vous convie. Et vous, guerriers, et vous qui trouvez des appas Dans ce l)ruit glorieux que laisse un beau trépas, Venez au vieil Horace apporter votre offrande. Venez, jeunes beautés, Chimène la demande. Accourez tous , Corneille a charmé vos loisirs ; Payez, en un seul jour, deux cents ans de plaisirs.

Vos a|)|)laiulisst'in(*ns f(f)nt tressaillir sa < nidn- :

Aj)[)el('' pai" \os ciis, liciirciix de h's cntciKlrr,

Pour jouir (le sa gloire, il descend j)arini nous.

Il vient, honneur à lui ! Fievez-vous, ]eve/.-^()us !...

Aux aeelaniations d'une foule ravie,

Les rois se sont levés poui- lionorei* sa \ ie :

Eh bien ! (\[\ h leur exemple, énui d nn saint tianspoit ,

Tje peuj)le, devant lui, se lève après sa mort.

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