‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 55 sur 65 · L'ÉTUDE FAIT-ELLE LE BONHEUR DANS TOUTES LES SITUATIONS DE LA VIE · texte numérisé non relu

L'ÉTUDE FAIT-ELLE LE BONHEUR DANS TOUTES LES SITUATIONS DE LA VIE

-€i)sE(B-

Illustres héritiers du sceptre académique, Tous égaux en pouvoir^vous dont la répnl)liqne Offre auK regards surpris de cet accord heureux, Quarante souverains qui sont unis enti'c eux; Souffrez que la Sorbonne, année à la légère, Hasarde contre vous un conihat littéraire.

;U(, iUmTIII: a MKSSIKUIÎS

Le bonnet de docteur cou\re mes cheveux blancs, Kt pour ari^unienter je monte sur les bancs.

Des Neuf Vierges du Pinde éloquens interprètes, Le ciel vous a dotes de ses faveurs secrètes. Vous avez vu les fruits de vos nobles travaux D'un public idolâtre emporter les bravos : Soit que, les yeux en pleurs, sur la scène il contemple Benjamin, Clytemnestre et les héros du Temple ; Que deux amis rivaux , pour corriger Paris , Reproduisent Térence et Plante en leurs écrits ; Soit que vous décriviez, sur le mont d'Aonie, Les doux travaux des champs et les lois d'Uranle ; Que la grave Clio vous prête son burin ; Ou qu'Apollon vous guide, un Homère à la main. Je le sais , une étude et constante et profonde Des triomphes pour vous fut la source féconde. L'étude, à vous entendre, est un divin secours ; De l'existence entière elle embellit le cours... Rebelle sur ce point , pardonnez si ma plume Prouve que ces plaisirs sont mêlés d'amertume ;

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()[\v seml)I;il)le à ce mets du hossn PliiN^irn, li'(''tii(I(; est (NI «Jiaiid mal cou une nu s()ii\ci;iiii hicri. Le besoin de parler m'eut laîne à (îoiitiedire ; Je suis vieux et doeteiir, j)asse/.-m()i mon (h'Iir'e.

Heureux, heureux le temps où les premiers liumains

Du temple de mémoli'e l<»iioraieiit les chemius !

Non pas qu'au sièele d'or ma mnse les couronne

Des éternelles fleurs d'nn printemps monotone;

Non qne je prise fort l'innocence des mœurs,

Qui dans un lourd repos assoupit nos humeurs,

Eteint des passions les flammes inunortelles ;

Il n'est point de grandeur, point de bonheur sans elles.

Humains, j'aime à vous voir, en ce siècle vanté,

Jouir avec excès de votre liberté.

Dans de vieux préjugés votre esprit à la gène

N'était pas en naissant accablé sous la chaîne ;

Vous n'aviez ])oint payé, par d'arides travaux,

Les tristes visions qui troublent nos cerveaux ;

De la nature encor vous respectiez les voiles;

Qui de vous disputait sur le cours des étoiles?

338 KlMTiU: A MKSSILURS

Le fanatisme ardent, qni parle an nom du ciel , Ne gonflait point vos cœurs d'arrogance et de fiel ; Des sectes et des lois dédaignant l'esclavage, Vous réfléchissiez moins, vous sentiez davantage. Votre amour est farouche et tient de la fureur ; Votre prompte justice imprime la terreur ; Mais dans l'aspérité de vos vertus naïves Brillent du naturel les traces primitives. J'admire plus cent fois ce lion furieux Qui, la gueule béante et le sang dans les yeux , Les ongles tressaillant d'une effroyable joie. Suit son instinct féroce et déchire sa proie, Que ces ours baladins, sous le bâton dressés. Étalant aux regards leiu's ongles émoussés , Leur gueule sans honneur, que le fer a flétrie, Attributs impuissans d'une race avilie

Las d\in libre destin, las de sa dignité, L'homme sin^ ses autels plaça la vanité ; Le front chargé d'eniiuis, l'étude prit naissance. Et l'erreur, à sa Aoix , détrôna l'ignorance.

j)i: i;acaj)i:.>iii: i lUNTAist. 3.T)

l/lioimiK' a (lil : * <( Je sai.^ loiil cl | ai toul dclinl ; (c J'ai j)()iii' loi la raison, |)oiir honic I inliiii. (( IjV'tiidc iiic ra\ it à des haulcurs siihliiiics : (c [)v ce <^lol)(î ('toiiiK* j'ai sondé I(îs abinics * (c Cet élément snhtil donl il lonle entonté , (( Ce feu , de tous les corps le j)riiK'ipe saci'é, c( L'onde qui les nourrit de ses flots salutaires, c( N'ont pu contre mes yeux défendre leurs m\ stères. c( Rst-il quelques secrets cachés au fond des cieux, « Que n'ait point pénétrés mon regard curieux ?... w -Moins lier de sa raison , il eut mieux dit peut-être : « J'ai su tout expliquer, ne pouvant tout coiuiaîti'e. » Ij'insensé ! quels combats il s'épuise à livrer, Pour détruire un mensonge ou pour le consac^rer ! Que d'efforts malheureux , que de veilles stériles ! Qu'il érige à grands frais de systèmes fragiles ! lUolémée, illustré par cent travaux divers**.

* Locutus sum in corde mco, dicens: Ecce magnus elTectus sum, et prnccessi oninr> sapientià qui fuerunl anle me in Jérusalem : et mens mea contemplata est nuilta sapienin-, et didici.

Dedique cor nieum ut scirem prudenliani alque cloctrinam , orrores et stulliliam; et agnovi quod in his quoque esset labor et aflllctio spirilûs. (Ecci.esiastes, cap. i.)

** Ptoléniée, surnomme le Très-Sage et le Divin, supposa rexi>teuce (rnii dernier ciel de cristal qui imprimait le mouvement à tous les autre. .

3U) i':piti{e a messie nus

Dans lin ciel de cristal fait tourner l'univers. D'autres, soumettant tout aux lois de Polymnie^ , Des cercles étoiles ont noté Fliarmonie. Si le temps nous éclaire et les a réfutés , Le temps de mille erreurs a fait des vérités . Tout le savoir humain n'est qu'un grand labyrinthe. L'étude nous conduit dans cette obscure enceinte ; De son fil embrouillé, qui s'allonge toujours , On suit péniblement les tortueux détours ; Le voyageur perdu marche de doute en doute, Et sans se retrouver expire sur la route.

> A peine un faible enfaut, échappé du berceau,

A brisé ces liens qui révoltaient Rousseau,

Les Quatre-Facultés, dont la voix l'endoctrine,

Epouvantent ses yeux de leur manteau d'hermine.

Certes j quand la frayeur hâte ses premiers pas,

* On connaît les idées des anciens sur Tharmonie des corps célestes. Pytliagore et ses disciples avaient représenté par les sept notes de la musique les sept planètes alors connui s.

Di: i;a(:ai)i:>iik thançaisk. 341

IjC cluMuiii (ju'il parcourt a pour lui peu (r;ij)pas. Ne inau(lissi(*/-\()iis point Sopliock* et Stésiclioïc*, Ouand, leurs vers à la nialn , vous ignoriez encore Que vous (le\ ie/ un jour clie/ nos derniers ne\cu\ Leur disputer Thonneur d'être maudits connue eux?

Mais du collège enfin foulez aux pieds les cliaines.

0 liberté ! sans toi les plaisirs sont des peines !

Quel destin vous attend , si de la vérité

Le flambeau redoutable est par vous présenté !

(^)ue de [)etits esprits, jaloux des noms célèbres,

Prendront contre le jour parti pour les ténèbres !

Leur nombre dangereux fait leur autorité :

l^es sots depuis Adam sont en majorité.

La divinité même inspire Anaxagore*;

D'un exil flétrissant l'arrêt le déshonore.

Les rcA es d'Aristote abusaient nos aieux :

* Anuxagoro souiiiil le premier qu'une intelligence divine avait présidé à rarrangemeiii do l'univers. Les prières (\c. Périclès, son élève et son ;inii, ne purent lui épargner la liouli' d'être clujssé d'Athènes, connue un impie.

342 ÉlMTKi: A MKSSIKUKS

Galilée indigné change l'ordre des cieux. Sans pitié loin du centre il rejette la terre, Du soleil par sa marche il la rend tributahe. N'a-t-il pas expié par trois ans de prison L'inexcusable tort d'avoir trop tôt raison ?

Répondez : qne servit aux maîtres de la lyre

De suivre les écarts d'un iiiunortel délire ?

Faut-]] d'un serd exemple attrister vos regards?

Le siècle de Louis, le siècle des beanx-arts.

N'accorda qu'à regret, vauicu par la prière,

Du pain au grand Corneille, une tombe à Molière.

Nourrissez donc le feu de vos nobles désirs ;

Immolez à l'étude, état, repos, plaisirs ;

Veillez, jeunes auteurs, pour qu'un join- d'injustice

De dix ans de travail renverse l'édifice.

Je veux qu'un beau succès couroiuie votre orgueil ;

Un peuple d'ennemis vous suit jusqu'au cercueil.

Triste sort des lalens! La noire calomnie

Flétrit de ses poisons le laurier du génie ;

Mille insectes impurs en rongent les rameaux,

i)i: i;\(:ai)i:>iii: rKAXivfsi:. .ri.i

Mt, ("Oininc le cvprc'S, c'est liiihic (l<v^ toiîiht'îiiix.

Vo;is, (|irA|)oll()ii clioisit pour slrger dans son tcmpir,

Os('i*ais-je eu passant \()US citer votre exemple?

()uc di) l'ois la critique a de sou trait (!rnel

l^nieiue jns(prau vif votre cœur paternel !

One de fois I indii>ence au fond de votre asile,

Sans fen , dnrant l'Iiiver, fixa sou doniicile,

Qnand vons u'osiez encore, humbles daus votre or^neil ,

Aspirer aux lioiuieurs de rimiuortel fauteuil !

Mais sortez, direz-vous, du temple de mémoire ; Cessez d'uuir l'étude à l'amour de la gloire... Vous m'avez prévenu; c'est dans robsciuité (^ue l'étude est un pas vers la félicité. La vérité m'attire, et, soigneux de me taire, Je la cherche, la trouve, et la cache au \ ulgaire... La cacher! à ce mot vous répondez soudain , Comme l'eût fait Caton dans le sénat romain :

M\ i:iMTIîK A Mi:ssii:uRS

(c La cacher ! il le faut, ^i sa clarté peut nuire;

« Mais au pied du bûcher dût-elle te conduire,

ce Si tu conçois l'espoir d'être utile aux humains,

« Parle ! aux fers des tyrans cours présenter tes mains.

ce Parle , c'est ton devoir ; philosophe , à quel titre

(( Du bonheur des mortels te rendrais-tu l'arbitre?

(c Tu pâlis... De quel droit priver des malheureux

(c De ce dépôt sacré qui t'est commis pour eux ?

(C La gloire n'est, dis-tu, qu'une illustre fumée ?

(C II s'agit d'une dette, et non de renommée.

« Parle au prix de tes jours; le sacrifice est grand ,

<< Mais tu te l'imposais toi-même en t'éclairaut.

(C Ton honneur^ ton pays, le monde le réclame;

c( Meurs donc infortuné pour ne pas vivre infâme. ^^

L'alternative est grave, et, parmi vous, je crois Qu'on eût vu Fontenelle hésiter sur le choix. Un auteur fut souvent brûlé pour un bon livre ; Il est beau d'être lu, mais il est doux de vivre. Je suis sexagénaire et crains de m'exposer; Que j'arrive à cent ans, et je veux tout oser.

I)i: f/ACADI'MIK riJA.NÇVISi:

Voila mon seiitiiiient, McssitMirs, imî vous dt-plaise. .le le redis eiicor, rcLraiielié clans ma thèse: (lomtne ee roi .fanus (ju'adoia rnni\eis, l/étiide oUVe a mes veux den\ visa|^es divers. L'un est houlïi d'ori»neil , mais [)ale de tristesse; L'autre, calme et riant, resseml)le à la Saj^esse. Le sage (|ui la suit, ])rom[)t à se modérer, Sait boire dans sa coupe et ne pas s'enivrer. Quel que soit de nos jours ou l'éclat ou le noadjre, L'existence de l'homme est le rêve d'une om!)re*: \ eux-tu donc l'embellir ce rêve passager? Pourquoi chercher au loin un bojdieur mensonger? Livre-toi tout entier à la douceur secrète D'ensevelir ta vie au fond d'une retraite. Sans t'épuiser en soins, sans te perdre en projets , Laisse errer ton esprit sur la fleur des objets. Repoussant loin du mien l'aliment qui l'accable, Je cherche à le nourrir d'une science aimable. J'exerce ma raison avec timidité ; J'adore sans orgueil la sainte vérité.

E>4'.à; i'vap «vûow-ci. (Pindabk.)

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