ÉPURE A MESSIEURS
Virgile ou Cicéron m'eiiiUunme à son gëiiie ;
Ils me font tour à tour fidèle compagnie.
Que j'aime Cicéron lassé du consulat ,
Préférant Tusculum aux pompes du sénat !
Entouré de faisceaux , je l'admirais dans Home ;
Là , je vois Thomme heureu x qui vaut bien le grand homme.
Le sort nfa-t-il repris ses présens incertains , li'étude moins trompeuse adoucit mes chagrins, De mes sens agités calme l'inquiétude , Dissipe mes ennuis, peuple ma solitude.
O champs de la Neustrie, o fertiles vallons !
Quand la fraîcheur du soir descend du haut des monts ,
Sous des pommiers en fleurs , à l'ombre des vieux chênes ,
Laissez-moi m'éirarer aux bords de vos fontaines !
L'aspect de l'univers m'élève à son auteur;
Il me révèle un dieu, mais un dieu bienfaiteur.
Que c'est bien à mon sens la volupté suprême,
Di: LACADKMIi: IRANClAISi:. 347
D'oublier les humains, de (lesceiulre eu soi-nirine , De li\ei' diuis son eo*ur, tro[) longtein[)s ((jinhatLu, L'inaltérable [)ai\ que donne la \ertu ! Fais-toi doue de te ^aine^e une douée habitude; Oui , eonsaere ta forée à eette noble étude; Elle est digne de Thoninie ; elle mène au bonheur : Apprends, [)our être heureux , à devenir meilleur.
3Iais je vous vois sourire, auguste Aréopage;
(( Docteur, me dites-vous, c'est raisonner en sage :
« Pour vous l'étude obscure a seule des douceurs ;
« Vous rimez cependant en blâmant les Neuf Sœurs... »
J'entends, brûlez mes vers. Dans l'ardeur d'un beau zèle,
Je condanniais la gloire et l'étude avec elle.
Ingrat, je blasphémais; leurs rêves séduisans
D'un orgueilleux espoir caressaient nies vieux ans,
]Me promettaient déjà cette palme éclatante,
Digne prix qu'Apollon par vos mains nous présente;
Dans mon cœur épuisé réveillaient des désirs,
Et réfutaient mes vers en charmant mes loisirs.
348 A MESSli:UKS DE LAC4J)ÉMli: I KANÇAISE.
J'étais heureux enfin ; dans cette triste vie ,
Où de revers si prompts ]a victoire est suivie ,
Où nos plus doux plaisirs deviennent nos bourreaux ,
L'ëtude, après l'amour, est le meilleur des maux.
KPITRE