GUILLAUME, LE BERGER
LE BERGER
Salut, Guillaume !
GUILLAUME
Ah! c’est toi, berger! Te voilà descendu de la montagne.
LE BERGER
Oui, je suis rentré ce matin, avec les bêtes, au village. Là-haut, sur les sommets, le vent devient dur, la tempête souffle déjà des rafales de neige. Et les troupeaux, sous la rudesse du ciel, ne trouveraient plus leur vie ; et leur gardien les a ramenés dans les étables.
GUILLAUME
Heureux de rentrer, lui aussi, n’est-ce pas?
LE BERGER
Oh ! non. On est bien, là-haut, tout seul avec les bêtes, pendant des jours et des jours, à ne parler avec personne, à respirer un air que personne ne respire.
GUILLAUME
Mais tu ne fais rien, ne t’ennuies-tu pas?
LE BERGER
Jamais! Je conduis mon troupeau, je regarde à mes
pieds se dérouler les plaines sans bornes, je regarde au-dessus de ma tête, à l’infini, les nuages passer; et c’est un rêve, une besogne que jamais je n’épuise.
Puis, quand je redescends, quelles tristesses parmi vous! Tout va mal ici. Depuis ce matin, je n’entends que des plaintes et des colères. La misère a grandi, la faim est venue, la révolte va gronder. N’est-ce point dans cette clairière que les hommes se sont donné rendez-vous, pour causer et s’entendre?
GUILLAUME
Oui, tout à l’heure, à la nuit, nous devons nous réunir, Mathias a eu celte idée.
LE BERGER
Ah ! lamentable troupeau, toujours souffrant et affamé, toujours en lutfe pour la vie! On m’a dit que, chez la Dorothée, qui se meurt, l’enfant n’avait pas mangé depuis hier... (Hélène paraît dans le fond.) Et, tiens ! voici la demoiselle de l’usine qui se rend chez la pauvre femme... Le rendez-vous est dans cette clairière. Je
reviendrai. (Il s’ea va. — Hélène, en voyant que Guillaume reste seul,, s’est arrêtée.)