‹ Messidor, drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux:Chapitre 13 sur 29 · GUILLAUME, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

GUILLAUME, HÉLÈNE

GUILLAUME, à part.

Elle, ô mon Dieu! elle que je n’ose plus aborder, depuis l’affreuse accusation !

HÉLÈNE, à part.

Ah ! la misère d’ètre riche ! le doute affreux qui ronge tout ! L’aimer comme je l’aime, et ne pas savoir si, sans ma fortune, il m’aimerait!... (Doucement.) Guillaume...

GUILLAUME, sans l’entendre, à part.

Son père aurait tué le mien. Non, non! c’est un cauchemar atroce!

HÉLÈNE, doucement.

Guillaume...

GUILLAUME

Elle m’appelle, rien ne doit, rien ne peut nous séparer... (il la rejoint.) Hélène..., Hélène..., Hélène...

HÉLÈNE

Qu’avez-vous? pourquoi vous écartez-vous, depuis

le jour où la soif m’a forcée d’entrer dans votre demeure ?

GUILLAUME

Mais rien ! je n’ai rien, je vous le jure! Des mauvais rêves, des choses qu’on ne peut même dire... Plus rien n’existe, et nous voilà, et il n’y a que nous deux !

HÉLÈNE, souriant, répétant.

Il n’y a que nous deux !

GUILLAUME

Te souviens-tu, Hélène? Autrefois, à seize ans, nous allions en camarades, au milieu des roches, manger des myrtilles en juillet et des mûres en septembre. Ah! les grands festins, où nos bouches rieuses se rencontraient, mordant au même fruit, dans un baiser !

HÉLÈNE

Un jour que nous avions trouvé des framboises, nous avons dressé la table sur une pierre blanche. Et ce tut ce jour- là, après avoir bu à la source, que nous nous sommes embrassés, en nous jurant de nous aimer toujours.

GUILLAUME

Toujours, toujours ! Il n’est par le monde qu’une femme.

HÉLÈNE

Il n’est qu’un homme par le monde.

Toi seul feras de moi l’épouse heureuse, la mère féconde.

GUILLAUME

Oui, cela doit être pour que l'éternelle vie triomphe.

HÉLÈNE

Et pour que l’amour donne sa vivante moisson de bonheur.

GUILLAUME, la prenant dans ses bras.

Ah! chère épouse, je t’aime depuis que mon cœur bat, je t’aime parce que tu es Tunique, la prédestinée, l’adorée, je t’aime pour que naissent de nous d’autres amours et d’autres joies, éternellement!

HÉLÈNE, passionnée.

Je t’aime, cher époux, ah! je t’aime de tout mon être qui s’est créé de toi, je t’aime afin que tu m’aimes plus encore et que je vive, je t’aime comme je respire,

de toute ma santé et de tout mon espoir T (iis se baisent

au visage, puis se séparent.)

GUILLAUME

Il faut en finir, il faut nous marier

SI

HÉLÈNE, sortant comme d’un rêve.

Nous marier... Oui..., oui..., nous marier.

GUILLAUME

J’irai, je parlerai, il faudra bien qu’on nous marie.

HÉLÈNE, gagnée par le doute et l’angoisse.

Nous marier, nous marier... Tous sont venus déjà. Tous se coudoient, se ruent à ma porte, veulent aussi se marier.

GUILLAUME

Ils n’aiment que ton or... Moi, je t’aime.

HÉLÈNE

Tu m’aimes, tu m’aimes... (Éclatant en larmes.) Ah! cet or maudit, qui me gâte jusqu’à mon amour!

(Véronique paraît dans le fond et écoute.)

GUILLAUME, frémissant.

Mais tu sais que c’est toi seule que je veux, toi pauvre, toi les mains vides et douces, telle que te voilà... Tu ne doutes pas de moi?

HELENE, désespérée, en proie au doute.

Si, je doute de toi, comme je doute des autres... Est-ce que je puis savoir, lorsque je ne rencontre que cupidité et que mensonge?

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