‹ Messidor, drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux:Chapitre 22 sur 29 · GASPARD, HÉLÈNE, GUILLAUME, LA FOULE · texte numérisé non relu

GASPARD, HÉLÈNE, GUILLAUME, LA FOULE

LA FOULE

Justice! Justice! Nous souffrons trop, notre misère est trop grande !

(Guillaume s’arrête, la foule se range en une masse compacte, toujours menaçante. Gaspard est debout, eh avant de la machine, et Hélène se tient derrière lui, immobile et pâle, attendant.)

GASPARD, la voix haute et ferme.

Qui êtes-vous?

GUILLAUME

Nous sommes des misérables dont la souffrance a fini par lasser le courage.

GASPARD

Que voulez-vous?

GUILLAUME

Nous voulons qu’un seul n’ait pas le droit de prendre aux autres la fortune de la terre, qui est notre mère à tous.

GASPARD, gaiement.

Eh ! mon ami, est-il défendu d’avoir plus d’intelligence et d’activité que les autres?

GUILLAUME

Il est défendu de prendre à son voisin l’eau qui passe et qui fait vivre.

GASPARD

Mais c’est l’eau qui, d’elle-même, est venue à moi, pareille à la femme désirée, qui va au plus fort, à celui qui la fécondera.

GUILLAUME

Vous l’avez retenue, vous nous l’avez volée.

GASPARD, de plus en plus gaiement.

Ce sont des histoires !... (A la fouie.) Voyons, mes amis, je suis content, dressons là des tables et fêtons le bon accord, en buvant tous à la santé de la machine neuve.

LA FOULE, exaspérée.

Non, non! il faut que l’eau délivrée charrie de nouveau l’or devant nos portes... A l’œuvre! à l’œuvre!

(La foule menaçante se rapproche, et Gaspard est forcé de reculer.)

HÉLÈNE, se jetant devant son père.

Et moi, Guillaume?

GUILLAUME

Hélène! (Elle reste devant son père, et Guillaume retient la foule.)

HÉLÈNE

Personne ne passera... Pas un brin de paille ici ne sera dérangé, ou bien je serai morte!

GUILLAUME

Mais c’est la justice, la fraternité, c’est l’amour que nous apportons!

HÉLÈNE

Vous ne passerez pas.

GUILLAUME

Hélène, il faut que l’or soit anéanti pour que les larmes cessent... Moi, j’en meurs. Voulez-vous donc ma mort?

HÉLÈNE

Je veux que la volonté de mon père soit faite... Vous

ne passerez pas. (A ce moment, un tumulte éclate. Mathias, qui est entré en scène avec quelques exaspérés, à figures louches, s’avance. La neige se met à tomber lentement, de plus en plus épaisse.)

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